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« Mon amour,

Soudain la lumière est devenue jaune.
On dirait qu’une tornade va s’abattre sur Paris. Notre cour ressemble à une scène de théâtre qui attend ses acteurs et son metteur en scène.
Tu viens juste de partir. Le ciel va éclater. C’est long, un mois.
Quand j’étais petite, cette lumière me terrifiait et s’accompagnait du mot typhon. C’était la dernière lumière que l’on voyait avant de mourir. Tess dort dans mes bras. Elle n’a pas peur. Son sommeil est si profond qu’elle me paraît ailleurs.
C’est long un mois. Est-ce que nous nous reconnaîtrons quand tu rentreras ?

­[…]

Ma fée,

L’avion va décoller. Tu n’as pas répondu à mes textos. J’en ai  envoyé cinq. Peut-être que tu dors. J’espère que tout va bien avec Tess. […]
Mon corps crépite d‘un mélange d’euphorie, de trac et d’envie d’en découdre. Besoin d’en parler à tout le monde, de hurler dans l’avion que ça y est. J’y suis enfin. […]
Dans ma tête, j’ai des images de toi, hurlant pour donner naissance à Tess. Je ne peux les oublier. Tu ne seras jamais plus la même dans mes yeux. A partir de maintenant, tu incarnes la puissance. Je te vois auréolée, ma fée, comme les peintures du Moyen-âge. »

 

Cela fait bientôt 2 semaines que j’ai fini le roman de Julie Bonnie « Mon amour, ». Deux semaines où je tente de trouver les mots, de trouver l’accroche qui vous donnera l’envie de lire ce livre, de tourner les pages, de happer les mots, de vous retrouver dans le corps de cette fée, dans la peau de cet amour.
« Mon amour, »… comme une évidence cette virgule. « Mon amour, » et tant de mots pensés, dits, entendus dans un coin de sa mémoire. Tant de choses que l’on rêve de dire à l’autre, que l’on crève de partager avec lui, avec elle, avec celui que l’on aime. « Mon amour, » : une longue correspondance non dite - non écrite entre deux âmes qui s’aiment, une parenthèse infinie, une virgule comme une respiration. « Mon amour, »…

 

Elle, « ma fée » vient tout juste d’accoucher avec toute cette part d’émotions que déclenche l’arrivée d’un enfant dans un couple. Une fille, une petite Tess. 4 jours. 4 jours et déjà toute cette fusion, cette passion qui jaillit, nait sous ses yeux, à chaque minute, chaque seconde. Cette inéluctable et insatiable corde, ce cordon, qui relie la mère à son enfant. Tess, ce petit bout de chair, de soi, « Je ne sais pas si tu as réalisé à quel point Tess es belle. Cela me fascine d’avoir fabriqué tes yeux. Elle a tes yeux. Ce sont mes organes qui l’ont  façonnée. Ils ont élaboré des os, des muscles, une peau, des yeux – tes yeux -, des cheveux, un sexe, des fesses, deux bras, deux jambes, un cordon ombilical – qui va bientôt tomber -, un foie, une rate, un cœur qui tellement vite, une bouche sans dents pour téter,  nez et vingt doigts, dix aux mains, dix aux pieds. » 

Lui, « mon amour ». Père depuis 4 petits jours, jazzman, pianiste, il s’envole pour effectuer une tournée mondiale. La tournée de ses rêves, celle qui va enfin le révéler aux yeux du monde entier, elle qui effacera à tout jamais le nom trop célèbre de son père. Celle qui lui donnera la légitimité aux yeux  de tous et surtout des siens. Il monte dans un avion qui le mènera d’abord en Europe puis aux Etats Unis, au Canada et au Mexique. Un mois loin de Tess, loin de sa fée. Un mois, un tout petit mois. Loin d’elles.

 

Je ne sais comment vous dire que ce roman m’a bouleversée. Il a laissé en moi un vaste sillon et une écriture sensible, bouleversante. Il est l’image d’un jeune couple mais aussi l’image que l’on se fait d’un enfant qui arrive et mélange les cartes qui étaient bien établies. Tess, cette petite fille, cette petite fée, ce petit bout de soi. Tess ce prolongement de notre vie, de nos croyances, de nos envies. Notre chair, nos os, notre peau. Cette fusion qui nous relie, nous lie au-delà des mots et des souffles. Tess. 

Un roman comme une épée à tout jamais plantée dans les cœurs. Un roman comme un long monologue intérieur, celui qu’il nous arrive de faire le soir lorsque la journée s’achève et que l’on pense à celui (celle) qui est loin et que l’on aimerait avoir à ces côtés parce qu’il est le père (la mère) de son enfant, parce qu’on aimerait partager avec lui (elle) notre journée, notre vie, notre joie ou chagrin. Et puis, la vie, un mois, un tout petit mois…  Juste un mois. 

Je ne vous dirais rien d’autre mais lisez « mon amour, » de Julie Bonnie. Elle y livre nos passions, nos doutes, nos peurs, nos trahisons, nos fusions, les corps qui s’emmêlent, s’entremêlent, la solitude, les solitudes comme rarement ils ont été écrits, retranscrist.
« Mon amour, » n’est pas qu’un roman sur la maternité. Il est un roman sur la passion, les passions, l’art, la vie, l’amour et ce que tous nous fuyons, avons peur dans les recoins de nos âmes et nos cœurs : la solitude. 

Un magnifique et vibrant roman. Un somptueux livre. Une écriture toute en finesse et en retenue. Un monde de possibles/impossibles. Une trotteuse. Des désirs. Des rencontres. Des regards. La musique. La vie. L'amour. Et « almost blue » de Chet Baker.

 

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Chet Baker - Almost blue

 

Mon amour,
Julie Bonnie
Grasset