boubat-florence-sous-la-neige-1950« Boubat et moi avons un point commun : il a fait plusieurs fois le tour de la terre et ne suis jamais sorti de ma chambre. Or nous avons vu les mêmes choses et les mêmes gens. Lorsque je regarde ses images, j’ai l’impression de recevoir enfin de mes nouvelles, de bonnes nouvelles reçues de l’étranger. Je peux passer un long temps devant chaque image. Je n’ai pas si souvent l’occasion de me rencontrer. »

Deux grands maitres : un de la plume, un de la photographie. Deux âmes sensibles, deux êtres complémentaires et humanistes. Deux douceurs lumineuses. Deux astres. Christian Bobin et Edouard Boubat. Un chant empreint d’une lumineuse beauté, d’une grâce naturelle. Comment ne pas ressentir cette union dans l’écriture et l’image.

 « La photo c'est un instant de lumière, un moment où les personnages ont été devant nous. Je ne me pose pas la question de savoir si une photo est bonne ou mauvaise. Ce qui est important c'est qu'il y ait un "élan". Que je saisisse quelque chose à la prise de vue et que je sois saisi après par cette chose. Le plus important dans une photo, c'est donc qu'elle crève les yeux. Qu'elle soit techniquement bonne ou mauvaise n'est alors pas si important. Ce n'est pas l'appareil qui fait la photo, mais l'œil ». (Edouard Boubat)

Boubat c’est le doux bruit du chant pelliculé, la juste ouverture du diaphragme qui rend l’univers humain, tendre, beau. Un cerisier japonais, une pluie de pétales, une femme qui ouvre ses mains pour les recevoir les genoux à terre dans un champ que l’on devine rosé. Simplicité et beauté. Doux bruit d’une pluie florale  et odorante sur un corps frêle et oh combien vivant. Une image de vie, un ange passe, le silence de l’âme. Tendre délicatesse.
Comme une caresse il nous livre une vision du monde, une image de la vie, une plume tendre de ce qui nous entoure : travail des champs, un chat sur un fauteuil, univers de la rue, enfants au coquillage, paysages sublimes, hommes et femmes, femmes et hommes, et toute la vie qui s’ébaudie sous nos yeux ; arbres, mousses, sables, fleuves, chaises : tant d’objets ayant une âme. Un monde paisible, un monde sain et pourtant si on regarde bien chaque cliché, une construction, une recherche de la bonne image, de la bonne écriture visuelle. Rien n’est laissé au hasard : cadrage, lumière, ouverture. Les images de Boubat sont immortelles. La plume de Bobin l’est tout autant.

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« Parce qu’il est photographe, il ne faut pas imaginer Boubat un appareil entre les mains, en proie à l’obsession de l’image prochaine. […] Appuyer sur la touche de l’appareil, cela n’a rien de sorcier. Ce qui est mystérieux, ce n’est pas ce que nous faisons, c’est ce que nous nous abstenons de faire – cette vie immobile dont notre vie agissante n’est que l’escorte un peu bruyante. Tout vient de là. Tout sort de ce temps silencieux, de ces heures négligées et de cette vie blanche. Tout en sort comme le diable de sa boîte – la justesse, la beauté et l’amour ». (Christian Bobin)

Bobin c’est le silence, la grâce absolue. C’est la feuille d’un arbre qui se remplit d’une écriture tout en rondeur. C’est le feutre qui glisse sur le tissu d’une petite robe noire, c’est la voix qui se perd dans le murmure du vent. Bobin c’est la beauté des consonnes entremêlées aux voyelles formant le mot « amour ». Bobin, c’est un chat qui se cache tendrement sous un drap étendu sur le bras d’un fauteuil. Il est le seul à écrire sur le bonheur et la grâce du silence, sur les notes et les feuilles d’un arbre bruissant au gré du temps. La pluie a l’odeur de la terre et sous ses yeux se perdent les infinies couleurs d’un gris perlé, souris. Toute une palette de mots, tout un univers d’images.

« la confiance est la matière première de celui qui regarde : c’est en elle que grandit la lumière. La confiance est la capacité enfantine d’aller cers ce que l’on ne connaît pas comme si on le reconnaissait. « Tu viens d’apparaître devant moi et je sais qu’aucun mal ne peut me venir de to puisque je t’aime, et c’est comme si je t’aimais depuis toujours. » La confiance est cette racine minuscule par laquelle le vivant entre en résonnance avec toute la vie – avec les autres hommes, les autres femmes, comme avec l’air qui baigne la terre ou le silence qui creuse un ciel. Sans confiance, plus de lien et plus de jour. Sans elle, rien. »

Bobin – Boubat, Boubat – Bobin « Donne- moi quelque chose qui ne meure pas ». Deux hommes de paix, deux hommes humains, deux hommes célébrant la vie.

A retrouver sur esprit nomade un très beau portrait d’Edouard Boubat.

 

Donne-moi quelque chose qui ne meure pas
Bobin – Boubat
Gallimard

 

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