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« Anatole traine toujours derrière lui sa petite casserole. Elle lui est tombée dessus un jour… on ne sait pas très bien pourquoi. A cause de cette petite casserole, Anatole n’est plus tout à fait comme les autres. » 

Il nous arrive tous de trainer des casseroles, de vieux chaudrons, des vieilles poêles. Cependant certain(e)s plus que d’autres trainent ces récipients qui deviennent des véritables handicaps tant elles sont lourdes, gênantes et bruyantes. Ces casseroles se révèlent toutes à la fois être des vrais et belles qualités et des grands et véritables inconvénients voire défauts pour celles et ceux qui les regardent comme telles, des casseroles, des instruments au fond qui accrochent les recettes, la vie. Une casserole comme un aperçu de ce qui n’est pas normal, de ce qui traine et entrave la marche, ce qui se voit trop, ce qui rend l’autre différent. Une casserole trop grande pour un cœur trop petit mais trop petite pour un cœur trop grand.

C’est ce qui arrive à Anatole.

Anatole est un petit garçon qui « traine derrière lui sa petite casserole ». Marchant comme il peut avec, Anatole prodigue son affection à qui la veut, la prend. Il donne et a besoin de beaucoup d’amour que cela en devient presque gênant pour certain, son entourage qui parfois n’arrive pas à combler ce vide affectif.
Car outre le fait qu’Anatole est généreux, il est aussi et surtout sensible et remplit de qualités humaines. Son sens artistique en fait un enfant ouvert au monde, surdoué  mais différent et c’est cette différence, cette sensibilité, cette fragilité de cœur qui en fait son handicap.

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En effet, cette casserole remplit de bonté fait un bruit énorme, un boum-boum, un crrr-crrrr qui alerte les passants, les chiens. Cela en devient inquiétant et lui complique passablement la vie. Sa marche en devient pénible, lourde et son sourire, qui l’accompagne depuis toujours, se perd dans le dédale des trous qu’il rencontre et coince cette maudite casserole dans les obstacles qu’il trouve sur son chemin.
Ces positions d’échec l’empêchent d’être un enfant comme les autres, un enfant qui pourraient lui aussi chanter naturellement « pirouette-cacahouète », monter sur une échelle sans être bon dernier, être la risée ou se faire punir.
Dur constat pour un enfant à la sensibilité exacerbée qui doit en faire deux fois plus pour passer inaperçu, pour y arriver.

Alors Anatole aimerait bien se débarrasser de sa petite casserole rouge colère, rouge chagrin. « Mais c’est impossible. La petite casserole est là et on ne peut rien y faire ». Elle demeure accrocher à sa main comme un boulet au pied. Elle pèse lourd de fragilité, tellement lourde à porter qu’Anatole décide de se cacher, disparaitre, devenir petit, entrer dans l’ombre, se rendre transparent afin qu’on l’oublie, ne le voit plus et que surtout on ne lui demande plus rien. 

« Heureusement,  les choses ne sont pas aussi simples ». Et il suffit de croiser une personne extraordinaire qui regarde Anatole pour ce qu’il est, qui lui apprend à utiliser sa casserole et à en  faire un véritable trésor, un pont qui enjambe les obstacles qu’il rencontre sur son chemin, qui lui montre ses points forts, l’aide à s’exprimer, à développer sa créativité, lui dit qu’il est doué, qu’il peut enfin faire de cette casserole une véritable force et apprendre à vivre avec, à l’aimer, à montrer qu’il est certes différent mais toujours le même, toujours lui, un enfant ultra-affectif, ultra sensible, un enfant au cœur grand comme une casserole qu’il sait maintenant porter avec lui.

 

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Je ne vous en dirai pas plus sur ce livre jeunesse qui est un merveilleux livre à posséder dans son cœur.

Destiné aux enfants, il se lit et se découvre à tout âge, se forge dans le cœur de celles et ceux qui se sentent des Anatole en puissance, ces enfants qui sont considérés des fois comme surdoués ou autistes et en situation d’échec car différents des autres.
Un sujet délicat à traiter qui devient sous la plume et le trait d’Isabelle Carrier un véritable baume, une pommade contre les bleus à l’âme et dédramatise l’handicap en en faisant une véritable force humaine. Avec bienveillance et amour, elle dessine aux crayons de couleur un Anatole doux, sensible et beau, tolérant, humain.

On traine tous des casseroles, des petits ou grands échecs qui nous empoisonnent la vie, nous mettent un fil à la patte et entravent notre parcours, nous plongent la tête la première au fond du trou.
Et il arrive parfois que sur notre chemin, nous rencontrions des personnes extraordinaires (des fois il en suffit juste d’une mais alors quel beau cadeau). Une personne qui nous donne cette envie de sortir la tête du gouffre dans lequel nous moisissons, une personne qui nous regarde tel(le) que nous sommes, avec nos fragilités, nos handicaps, nos boulets.
Une personne qui nous montre nos possibles, nous donne la possibilité d’exprimer nos ressentis, notre créativité. Une personne qui nous libère d’un poids, nous apprend à regarder notre échec comme d’une passerelle, un possible chemin tout en continuant à être nous, cet enfant qui demeure dans notre cœur, cet adulte au besoin d’affection et d’amour.

 

La petite casserole dAnatole- Pils Mc (Isabelle Carrier)

 

Merci à cette personne.

 

La petite casserole d’Anatole
Isabelle Carrier

Bilboquet