9782809710960_1_75

« Vapeurs printanières
Dissoute dans l’air
La lumière du soleil »

 

Je me suis souvent demandée comment vivait un chat avant d’un avoir un. Ce qu’il pouvait ressentir, à quoi il pensait, quels étaient ses murmures, chuchotements qu’il poussait, comment faisait-il pour attendre si patiemment devant un papillon et d’un seul coup se décider à jouer avec ? Je me demandais quel était cet animal aux poils soyeux, mouchetés, écaillés, unis. Qu’est ce qu’était un félin ?

Bref je me posais la question « et si moi-même j’étais un chat ».

C’est ce Minami Shinbô a fait dans ce petit livre de haïkus. Il s’est mis dans la tête de notre tigre domestiqué à l’allure si paisible et apaisé. Sans tomber dans la caricature extrême, il illustre avec douceur et espièglerie à nous attacher à cet animal. Et il a réussi le tour de passe-souris à nous faire rire, sourire,  amuser. Sous forme de haïkus, il dresse le portrait fidèle de la vie d’un chat à travers les saisons de sa vie. C’est  beau, serein, tendre et rieur. C’est le caractère matou de nos félins, sa surprenante candeur et cet apaisement serein qu’il dégage, cet attachement félin qu’il  en ressort.

 

« Toute une étendue
D’herbes gratouille-chat
Pour moi tout seul »

On jouit avec lui de la nature qui s’étale devant nos yeux. On sent l’herbe nous frôler, le vent nous chatouiller les poils et moustaches, on court inlassablement après les papillons et abeilles qui d’un coup de dard nous font ressembler à l’abominable chat des neiges. Les gouttières sont nos repères de nuit, les balcons nos lieux privilégiés pour chanter nos miaous qui réveillent nos maîtres.
Observations, curiosités, nous pensons (nous les chats) que la nature a été conçue pour nous. Nous nous aventurons comme pour mieux en connaître toutes les branches de lilas (que nous raffolons), de noisetiers. Nous folâtrons, butinons les fleurs, observons le vol des oiseaux en poussant des petits miaulements d’impatience patiente.
Dans la journée, nous nous allongeons ventre remplit des sardines chapardées, au soleil, repus d’un repas gourmet et gourmand. Le bruit des feuilles caressées par un doux vent nous berce.

 

« Dans un coin ensoleillé
Le ventre plein
Et de cinq – et de sept – et de cinq »

Nous nous grattons le dos dans la poussière d’une allée de pins. Les yeux bien ouverts, la vie nous chante son air d’été. Elle s’écoule en nous qui sommes nés au printemps sous les douces fleurs d’un paulownia. Elégant et poète, nos pas se posent sur les feuilles et pétales tombés de l’arbre. Nous puisons nos miaous dans les vers de Natsume Sôseki. 

« Seriez-vous des sages
Revenus d’une vie antérieure ?
Fleurs de paulownia. » 

Puis l’automne arrive. Les feuilles jaunissent et nous nous allongeons à l’ombre des bonites. La lune limpide dans le ciel nous donne la force et la joie de vivre. Nous y puisons notre force, notre courage, nos vies félines.
Nous sommes chats à l’âge adulte et nous nous promenons sur les toits, dans les herbes hautes. Les pigeons autour de nous volent et nous remercions nos maîtres des repas qu’ils nous offrent en frôlant leurs jambes. Chaudement, nous apprécions leurs caresses tout en gardant notre instinct. Chats nous sommes, félins nous restons.

« Dans l’immensité du ciel
Pas un nuage
La lune en plein jour » 

Puis l’hiver. Nous retrouvons avec quiétude la douceur des foyers. Nos corps s’allongent près des radiateurs et autres feux de cheminées. Nous qui attrapions les pigeons, nous les regardons voler maintenant. Nous nous cachons dans l’âtre, cherchons des coins sombres et silencieux tout en continuant à vouloir la présence réconfortante de ceux qui nous prodiguent les caresses et autres tendresses. Friands nous en sommes. Le corps épuisé, nous nous calons contre nos maitres.
La nuit chuchote, on dort apaisé de nos vies bien remplies. 

Et ainsi passent nos pas de velours. De branches en branches, les papillons volent et le corbeau se pose sur la branche du cerisier enneigé. Nous nous endormons au pied de la beauté de ses fleurs, de son odeur, conscient de notre vie et de notre sagesse.

« Sur les cerisiers
La tâche noire
D’un corbeau » 

Douceur et tendresse, beauté et grâce, rire et sagesse c’est ce que nous donne à lire et regarder Minami Shinô. C’est bon et beau. C’est félin et lumineux. C’est la vie et l’amour que l’on ressent, donne pour ces tigres qui nous le rendent avec leur bonté et leur liberté, leur esprit au miaulement près.

 

 

Haïkus du chat
Minami Shinbô
Editions Philippe Picquier

 

IMG_0197