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C'est l'histoire de la femme que j'aime (et elle a un cancer).

Je ne vous parlerai pas de ce petit livre rouge sang, rouge crabe. Je ne vous en dirai aucun mot. Ma bouche se tait, je caresse mes cicatrices, les cicatrices de vie. Ce n'est pas moi mais une autre qui ai lu l'histoire de Benoit DSPREZ. Ce n'est pas moi qui est vécu ce chemin d'étoiles et de rayons lumineux qui s'infiltrent dans le corps mais ma soeur. Je n'étais qu'une simple main sur son épaule, une personne insufflant l'air vital, celle qui prend soin de l'autre, tendrement, doucement. Juste là.

Surtout ne pas faire remonter toutes les émotions, toutes les images vues, ressenties, regardées. Surtout garder ses moments comme un album-photo du temps qui passe. Se concentrer sur l'image, comme une radiothérapie d'un instant de vie. Et se souvenir à jamais de ce bonnet d'hiver et de ce crâne chauve qui était le plus beau symbole de vie. Un sourire.

Alors juste quelques mots que je lui dédie aujourd'hui. Des mots que j'aurais du lui faire parvenir beaucoup plus tôt, juste pour lui dire que je l'aime même si depuis la vie nous a éloignées des chemins de jeunesse. Juste pour lui dire que ce sourire et ce crâne dégarni font parti de mes souvenirs des plus émouvants. Des souvenirs qui nous ont unies soeur à soeur encore maintenant.

" On ne m’a pas prévenu, laissé le choix. Paniqué, perdu, je les ai autorisé à introduire ce tube, ce cathéter qui sera ma bouche de résilience. C’est par là que circuleront les liquides qui combattront les ennemis de mon corps.
On me présente le plan de bataille. J’avance dans le désert. Je n’y vois plus rien, il fait chaud mais je tremble, je gèle. J’aimerai dire à mes cellules amies « eh venez c’est la fête par ici » mais je ne suis que tumeur. Mon corps s’ouvre. Perforations. Cicatrices. Et le liquide qu’on injecte. 

J’apprends à ne plus retenir. J’apprends à vomir mon corps, à regarder partir les traces de ce que l’on a introduit en lui. Je me révolte, me rebelle. Je rentre en résistance de vie. Je m’arme et la plus belle grenade se fixe sur mes lèvres en forme de virgule. Je souris face au miroir qui me renvoie une image au crane dégarni. Chauve, je suis."

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photo Benoit Desprez

 

Et rendez-vous sur chez Mirontaine qui est juste merveilleuse. Voilà je voulais te dire aussi merci pour cela Paolina, merci pour ces mots que tu as écrit et que je n'arriverai jamais à dire.

Et merci à Benoit Desprez. Je retiens tous vos mots, maux, clichés, regards, photos et je ressens toutes les cicatrices qui forment, déforment, cicatrisent un couple. D'une larme de mes yeux glisse un sourire de gratitude. 
Du fond des coutures restantes qui laissent filtrer au fil des chemins, la douce lumière de la vie : Merci. Vous m'avez fait un peu pleurer, beaucoup sourire. Et gardez votre regard et votre trait tels qu'ils sont : magnifiquement beaux, tendres, rieurs, émouvants.

 Merci Benoit.

 

Chauve(s)
Benoit Desprez
La boite à bulles
Le blog du petit carré jaune