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«  A la première lecture, j’avais aimé la simplicité de ces trois carnets, le quotidien qu’ils décrivaient. Le récit de nos journées ensemble, les petits et les grands évènements de sa vie et de la mienne. Tous ces souvenirs, livrés ainsi, me bouleversaient. En les relisant, je découvris qu’ils étaient aussi emplis de petites phrases sur la vie, glissées ça et là comme autant de clés et de pistes de réflexion. Aujourd’hui je me dis que dans ces carnets, il y a tout ce qu’elle m’a apporté. »

 

Il y a des livres que l’on a peur d’ouvrir parce que certaines images gardées sont ces moments où la vie s’est arrêtée.
Il y a des livres qui sont bon comme ces souvenirs qui s’amassent en nous, qui sont nos trésors d’enfant, d’adulte.
Et puis un jour, on ouvre l’album  retrouvé et les photos conservées, ces images-bonheurs. Ces mots écrits qui sont la base de notre personnalité, ce que nous sommes, ce quelque chose de fragile, sensible mais bon comme un fil transmis entre eux et nous.  Ce quelque chose que l’on appelle l’amour, qui aide à grandir sans que l’on s’en aperçoive, remarque, qui est là, dans notre cœur, nos souvenirs et qui y demeurent bien au chaud.

 

 « Son visage penché vers moi, souriant, son regard bienveillant, le col de son chemisier boutonné, sa peau douce, ferme, peu ridée. Elle est petite, porte des lunettes dont les verres foncent au soleil, ses mollets sont galbés, sans varicosités. Elle marche d’un pas alerte, a souvent les mains et les pieds glacés. […] Parler avec elle, sentir qu’elle m’écoute avec une attention sans faille, m’apaise. Elle est ma colonne vertébrale. Mon repère. »

Bientôt deux ans qu’elle n’est plus là. Bientôt deux ans et tant de souvenirs qui restent en mémoire, en vie, tapis dans un coin du cœur, qui ressurgissent à la vue d’un dessert, d’une histoire qu’elle conte à ses enfants, une chanson qui jaillit et lui glisse un sourire sur son visage.  
Bientôt deux ans que la narratrice a l’impression d’être « la gardienne d’un temps » où elle était encore là, des trésors que sa grand-mère lui a légué pour la rendre plus forte, la faire devenir femme, lui transmettre son courage, ses valeurs, sa foi en elle, sa confiance en sa vie, en son choix de vie.  Bientôt deux ans et tant de choses qui lui reviennent à la vue des carnets qu’elle a retrouvé au détour d’un inventaire légué.
Un inventaire à la Prévert. Un inventaire de cette femme qui lui a écrit pendant de années sans divulguer les mots consignés dans ces trois petits livrets. Ces mots sont son regard qu’elle porte sur elle, sa petite fille, son amour inconditionnel qu’elle lui transmet, toutes ses choses qu’elle ne lui a jamais dite : le deuil d’un mari disparu trop tôt, la force d’une mère qui a élevé seule son enfant, la douleur des maladies traversées. Une femme mer-veilleuse, une femme extraordinaire.
Bientôt deux ans et les souvenirs qui reviennent en lisant ces mots écrits pour elle : les promenades sur la plage, les allées du jardin des Plantes à Paris, les chemises de nuit fleuries et les chaussettes chaudes pour pieds froids, les nuits passées à jacasser comme deux copines, Souriceau et Souricette, tout l’amour qui irradie dans ses pages, l’amour d’une grand-mère pour sa petite fille. Cette légèreté qu’elle lui  adresse, cette force et confiance en elle qu’elle lui transmet et cela malgré les joues pâles, les mains qui hésitent, l’isolement, la maladie.

Au fur et à mesure de lecture, le chagrin devient moins lourd. La beauté et la douceur entrent. Et c’est beau, tendre, bon comme un bon gâteau aux yaourts ou une tarte aux pommes du jardin de mémé.

C’est doux comme tous ces souvenirs qui ressurgissent en nous, tous ces détails qui ont dessiné notre enfance, toutes les complicités qui ont étoilé notre chemin et nous ont donné des repères, des constellations lumineuses, ces envies de sourire, de tendre vers eux nos mains et de les embrasser, être nous aussi des petits-enfants-veilleurs.
Etendre entre eux et nous ce fil fragile et le léguer à notre tour, transmettre ce qu’ils nous ont montré, donné sans compter, leurs beautés, leurs sourires et surtout leurs regards de confiance en nos vies.

 

Un très beau texte intime de Sophie Lemp et qui devient universel, qui est nous. Un texte qui porte, qui rend la vie plus légère, un vrai cri-parole-sourire d’amour, le cri que l’on pousse à la naissance et qui est celui de la vie qui germe en nous. 
Un texte loin d’être sirupeux mais au contraire d’une vraie force, d’un vrai regard, de mains qui se posent, s’enlacent, nous font avancer, cheminer, devenir peut être à notre tour ses saintes que l’on ne voit pas bien.
Un texte comme une boite en fer-blanc, celle qui regorge de morceaux de vie multicolore.

 

« Un amour inconditionnel.
Une grande confiance.
Un regard franc, toujours empreint de tendresse.
La connaissance d’une autre vie, moins facile que la mienne.
La valeur des choses, de l’argent. Apprendre à ne pas trop gaspiller.
Une enfance colorée, légère malgré les douleurs.
Le plaisir d’écouter des histoires et d’en raconter.
Le goût de lire.
Une imagination débordante.
Savoir s’émerveiller des joies quotidiennes – une belle vue, un plat délicieux, le bouquet final d’un feu d’artifice, le rire d’un enfant.

Ce que j’aime, c’est voir ton visage sérieux et soudain un sourire et tout s’illumine, tes yeux brillants, une fossette se creuse dans ta joue, tu deviens « lumineuse », je ne sais pas dire autre chose, je voudrais que tu ne perdes jamais cette lumière. »

 

A retrouver chez Charlotte, la tentatrice de ce magnifique livre. Merci encore une fois chère insatiable (et surtout restes-y)

 

Le fil
Sophie Lemp
Edition de Fallois
Le blog du petit carré jaune

 

Amélie les Crayons - Les saintes