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« Dans l’ile de Kysuhu, juste au pied du mont d’Osa , s’étendait une grande filature de soie. Son propriétaire avait une fille qui était très belle. Il faisait tisser pour elle les plus beaux kimonos de toute la province. Mais celui qu’elle préférait était le premier qu’il lui avait offert : le kimono des chats.
Ce kimono, très doux et ronronnant, avait été confectionné avec soin par le meilleur tisseur de la filature, secrètement épris de la belle. Mais elle caressait les chats de son kimono toute la journée sans lui consentir le moindre regard. »

Bon sang, que j’ai aimé cette bande dessinée si belle de Nancy Peña. Bon sang quelle douceur, poésie, onirisme, spiritualité, exploration, aventure. Et je me demande comment cette artiste a réussi à m’embarquer dans une histoire aussi improbable que la quête du Graal au pays du tissu imprimé. Magnifique « chat du kimono ». Somptueuse histoire. Du grand grand 7ème art. 

 

Je ne sais comment vous en parler tant elle évoque de choses, de rêves, de départs, de ce quelque chose qui se nomme poésie picturale. On y rencontre la fantaisie, la beauté, la douceur d’une l’étoffe de soie, la malice d’un chat, l’âme vagabonde de l’animal, la quête de l’amour, l’aventure aux quatre coins du globe, les récits, la littérature, la part d’enfance et toute cette poésie.

 

Tout part d’une belle et d’un kimono confectionné sur mesure par un tisserand du Japon tradionnel pour la dame de ses rêves. Tout part de cet homme qui par jalousie de ne pas être vu, aimé par la dite belle, va transformer ce kimono aux fils d’or en un objet d’onirisme, d’aventure et d’amour. Tout va partir d'une quête de mulots, de rats, de grue qui ornent le sein recouvert du kimono de la belle. 
Ce vêtement de soie orné de chats facétieux et malicieux va nous embarquer dans un tour du monde en passant du Japon en Europe et plus précisément l’Angleterre Victorienne via Les Indes. On y croisera des marins-pêcheurs au long cours amoureux d’un fantasme félin, une Alice au pays pas si merveilleux, un lapin aux allures d’un commerçant d’un tripot de cartes, un receleur qui vend des enfants pour se refaire d’une partie de poker perdue, un Sherlock Holmes complètement camé à l’héroïne, un bon docteur Watson qui court Londres et ses ruelles malfamées pour trouver un kimono à sa tendre épouse, la famille Barnes au grand complet (enfant, femme, mari volage, maitresse), Bonnard et Toulouse Lautrec en proie à une querelle à la fine épée poétique verbale… 

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Bref un vrai conte initiatique, un voyage envoutant, un récit composé de plusieurs histoires qui nous embarque au-delà de toute classification. Ce que nous pourrions qualifier de bande dessinée n’est qu’en fait un prétexte à laquelle nous a amené à nous plonger Nancy Peña. C’est une vraie poésie tant dans le récit que dans l’illustration.

Un crayon doux, fin, racé où le chat du dit kimono se balade de tissus imprimés aux motifs orientaux en tissu à carreaux, de fibres de soie en fibres de laine. Dit comme cela, je vous perds. Et pourtant… On perd oui ce chat, fil conducteur du récit, pour mieux le retrouver et rencontrer des personnages, une histoire qui semble se découdre puis se recomposer. Tout est à regarder, voir. Tout est à lire, à s’imprégner. C’est à la fois de l’art naïf d’une grande maitrise et une illustration graphique somptueuse.
C’est envoutant et tant par le dessin, lorsque nous passons de kimono en kimono, de tissus à fleurs en tissus à damiers, que dans le récit.

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Nancy Peña a composé un objet qui va de l’estampe japonise à la traditionnelle bande dessinée tout en utilisant un crayon à la mine particulièrement fluide, racée, belle, fine. Elle utilise tous les codes du genre et va jusqu’à oser décrire un passage de film des années vingt, une histoire sans parole mais pas sans cris. Extraordinaire.

Un sublime conte oriental nous embarquant dans les plus grands voyages interdits. Bravo. Je m’empresse de revenir vous parler de la suite avec Tea Party.

 

Le Chat du Kimono
Nancy Peña
La boite à bulles