Et au milieu coule la rivière

  

Eté 2007 : Ce jour là nous avions pris la route. Dans la voiture, seulement nous deux et un vieux tube que tu chantonnais. Par la fenêtre, la campagne défilait. Des champs à perte de vue : blés moissonnés, foins chaumés, sorgho en grappes. La température extérieure avoisinait les 38° et nous étouffions dans l’habitacle.  Entre nous, pas un mot, la voix nasillarde sortant de la radio comblait le vide et dénouait les fils invisibles, les mots qui ne se disaient pas. La vitesse nous grisait. La route nous brûlait. Je somnolais.

Au détour d’un virage, le village se dévoilât. Je mis ma main sur la poignée pour descendre du véhicule. Elle était si fine, si petite et sans force que j’eue du mal à appuyer sur ce morceau de fer blanc. Toi, de l’autre côté, tu attendais patiemment. Tu avais ton sourire en coin. Moi, j’étais fatigué. La chaleur et le trajet m’avait épuisé. Je somnolais debout, sans force, éreinté par des rêves déjà oubliés. Tu m’aidas à ouvrir la portière. Mes baskets touchèrent le chemin caillouteux.
J’avais oublié que tu étais si grand et moi si petit. Tes yeux bleus, ta tignasse poivre et sel tranchaient sous ce ciel azur. C’était beau à voir et même en levant ma tête pour te regarder, tu n’éclipsais pas le soleil. Au contraire. Tu étais mon astre. Celui qui me contait des histoires.

Sans un mot, sans un geste, tu te mis à marcher. Tes jambes survolaient l’herbe jaunie par le manque d’eau. Moi, je te suivais en courant. Je riais de te voir si heureux de me préparer une surprise. Cela était si rare dans notre famille. Je ne savais quoi en penser.
Puis tu t’arrêtas. Mes pas se heurtèrent aux tiens. Tu me pris la main gauche.
Elle demeurait petite, si petite, si fine dans la tienne.
Tu me montras la rivière, les poissons, la crique invisible aux yeux des autres. Tu me fis découvrir l’amour de la vie, l’amour de ce qui nous entoure. Ta main dans la mienne et la mienne dans la tienne. Main dans la main. Pied contre pied. Mon rire et le tien. Nos yeux. Nos mains.

 

Hiver 2015 : Nous sommes en plein hiver, je sors de la voiture. Dans ma main s’est déposée une autre main. Si petite, si fine.  La sienne. Elle me tient, me regarde et au détour du chemin qui descend vers la rivière, je lui raconte l’histoire de notre grand père qui m’avait appris à pêcher les poissons par les yeux et à écouter le bruit de l’eau comme on écoute un refrain.

Dans ses yeux, des étoiles.
Sur son visage, un sourire.
Et dans ma main, la sienne.
Celle de ma sœur.
Si petite, si fine.

Et moi, maintenant si grand.

 

sans-titre

 

Petite participation pour les 4 ans de l’atelier de Leilonna sur une photo de Marion Pluss. Encore merci pour ces mots que tu nous fais déposer dans les rires et la création. C’est un chouette moment sans prétention. Merci.

 

Une photo, des mots
Atelier d’écritures
Brickàbook

Le blog du petit carré jaune