Cela fait un bout de temps que j’ai envie de vous parler d’« Album » de Marie Hélène Lafon. Cela fait un bout de temps que je ne sais comment mettre des mots sur ce que j’ai lu, ressenti.
Vous écrire un billet bien lisse, bien propre… je ne sais pas le faire. Vous dire que ce recueil m’a fait aimer encore plus cette auteure, cela je pourrais mais je ne serai pas à la hauteur de ces quelques mots écrits sur un cahier.

Je ne serai pas à la hauteur pour vous décrire toute la poésie, toute la beauté d’un monde loin des villes, loin du bruit, loin de tout machiavélisme.

Je serai loin de cet abécédaire qui se découvre à hauteur d’une colline recouverte d’une herbe tendre où viennent paitre les vaches ; je serai loin des petits riens qui font de grandes rivières, des choses, des chemins, de l’amour, du velours de la vie, de la lumière ressentie. Je serai loin des maisons qui nous apportent le réconfort par les sourires de celles et ceux qui y demeurent ; je serai loin des chiens qui aboient à l’orée des portes à garder. Je serai loin des nuages qui parsèment le ciel de leur coton rêveur.

Je serai loin oui de la sidérante beauté de ce recueil de mots, de lettres, d’émotions.

Alors ce soir, je n’écrirai pas, je ne vous dirai rien de plus que lisez ce petit livre de Marie Hélène Lafon et laissez vous prendre par la main, marchez dans ces chemins d’un Cantal où la poésie vient mettre un pansement sur les fadeurs de la vie.

 

« Odeurs.

Elles accompagnent.
Elles sont d’enfance profonde, de haute mémoire, définitives.
Mon pays sent la nuit d’hiver sertie d’étoiles. Il sent les eaux vives et grises. Il sent la fumée.
Il sent le vent, le silence.
Il a le goût de foin coupé et de terre travailleuse.
Il a le gout sauvage.
Goût de petit-lait, de saucisson pleine peau, de pain et de fromage, goût de soupe.
Goût de pierre chaude, de soleil lent, goût du soir. Goût de rosée.
Il sent la bouse, sèche ou molle, racornie à point pour le pissenlit, ou fraîchement piétinée sur la route bleue.
Il sent l’herbe grasse, et la vache, les deux mélangées.
Il sent l’ardoise suite, le narcisse blanc, la feuille mouillée.
Il sent l’absence, il sent le départ.

Il est à flairer, à humer, à prendre ou à laisser, à recommencer toujours, à respirer les yeux fermés. »

 

Album
Marie Hélène Lafon
Buchet-Chastel

 

 

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