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«  J’ai pris le p’tit bonheur
L’ai mis sous mes haillons
J’ai dit: " Faut pas qu’il meure,
Viens-t’en dans ma maison".
Alors le p’tit bonheur
A fait sa guérison
Sur le bord de mon cœur
Y avait une chanson.
Mes jours, mes nuits, mes peines, mes deuils, mon mal, tout fut oublié;
Ma vie de désœuvré, j’avais dégoût d’la r’commencer,
Quand il pleuvait dehors ou qu’mes amis m’faisaient des peines,
J’prenais mon p’tit bonheur et j’lui disais: "C’est toi ma reine". »

(Félix Leclerc - Le petit bonheur)

 J’aimerai vous parler d’un livre. J’aimerai vous en parler tout doucement, comme l’émotion qu’il m’a procurée, comme ce doux moment dans lequel j’étais lorsque je m’enroulais dans ces pages. J’aimerai vous parler d’un livre que je n’arrive pas à chroniquer tellement il restera auprès de moi très longtemps, tellement il m’a emmené loin, sur d’autres berges, vers d’autres iles, sur d’autres chemins.
J’aimerai oui, vous parler d’un roman qui ne fait pas de bruit, ne nous exhorte pas à crier ou bouger pour vivre plus vite et plus fort,  nous révolter. Au contraire.
J’aimerai vous parler d’un roman qui rend le temps de s’arrêter dans chaque village traversé, dans chaque page lue, auprès de chaque personne croisée.  Oui j’aimerai vous parler de ce livre qui  fait le tour du monde, le tour du Québec, le tour de mon cœur. J’aimerai mais je ne saurai. 

Il y a des livres qui laissent une empreinte en nous, un goût de sirop d’érable, un trésor de richesses. Il y a des livres que l’on ressortira de la bibliothèque pour se poser délicatement dans nos sacs, sur notre table de chevet… Des livres qui ne nous quitterons pas. Comme un baume sur les cœurs, une petite musique de fanfare, une chanson douce, un air qui nous dit «  c’est mon p’tit bonheur ». 

Oui il y a des livres comme ça.  

Des livres que l’on a envie de dire : « lisez le » et puis non. Non ne le lisez pas. Laissez le moi. Ne faites pas de bruit. Laissez-moi le savourer encore et encore. Laissez-moi tourner en silence les pages et fredonner ces airs entendus, me souvenir de la force et la beauté des mots, des livres. Ne le lisez pas ou alors approchez vous de mon épaule, tendez l’oreille doucement que je vous dépose les mots le plus silencieusement possible.
Tendez l’oreille, écoutez bien.
Ecoutez bien toute cette vie qui résonne, entendez la musique des feuilles tombant en automne, ramassez à pleins poumons l’air qui s’infiltre dans vos poumons malgré l’âge, la maladie, l’humeur qui vagabondent. Ecoutez, entendez, savourez et aimez. Aimez ce temps qui va lentement, qui erre, se perd dans les confins d’un pays aux douces couleurs. Savourez ce fleuve qui s’égare entre deux méandres pour mieux réapparaitre au détour de la route, du chemin. Regardez ces oiseaux qui s’ébattent au loin, construisent tendrement leur nid. Et apprenez à regarder l’autre, doucement. Apprenez à l’aimer tendrement. Sans jugement. Sans question. Sans précipitation.

Alors surtout laissez moi encore lire ce livre. Ne me le prenez pas. Ne cherchez pas à vous précipiter pour connaitre la fin. Laissez-moi encore poursuivre cette « tournée d’automne » de Jacques Poulin. Silencieuse. En toute beauté. Comme un magnifique roman sur la beauté des livres, sur la beauté des gens, sur la vie et tous ces petits bonheurs qu’on ramasse sur son chemin. Ses petits bonheurs qui nous habillent, nous vêtissent, nous guérissent et nous rendent le sourire.

 

« C'est vrai que les livres nous protègent, dit-il, mais leur protection ne dure pas éternellement. C'est un peu comme les rêves. Un jour où l'autre la vie nous rattrape. »

  

La tournée d’automne
Jacques Poulin
Babel - Acte Sud

 

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