Il est dur de retrouver les mots qui s’écrivent sur la feuille, s’impriment sur le papier. Il est dur de retrouver le chemin de l’écriture après cette date qui reste gravée en nous : vendredi  13 novembre. Je ne sais comment vous parler de toutes ces émotions qui me traversent. En moi, existe un bouillonnement, un désordre entre une envie de souffler, de réapprendre à respirer et ce besoin inépuisable de croire encore plus fort en la vie. 

Je ne sais pas l’exprimer mais il y a eu un avant et un après Charlie. Il y a encore plus un avant et un après vendredi 13 novembre, un vendredi Bataclan, un vendredi Voltaire.  

Je regarde par la fenêtre la vie s’écouler.  

Comment oublier cette date où j’ai ressenti une palette de peurs, de frayeurs, d’anéantissements, de vies, de volontés, de libertés couler en moi ? Comment expliquer ce qui m’habite, cette force, cette soif de vivre qui m’habillent encore plus aujourd’hui.
D’abord terrassée, anéantie, dans l’attente, mes yeux sont restés secs. Mais au fond de moi, mon cœur battait sans discontinuité. Le sang coulait dans mes veines. La vie filtrait par tous mes organes. J’étais brouillard, brume, terre humide en friche, terreau boueux. La peine me plombait les pieds,  vie en ruine, immondice de pensées anéantissantes. 

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Et puis s’est insinuée une volonté, autre chose que l’envie ou le besoin. Debout, j’étais. Debout, je suis. Comme un devoir de crier le mot liberté, comme une promesse que je me fais, que je fais au monde entier, que la terreur et la haine ne peuvent continuer à couler, qu’il est un devoir de rallumer une à une les étoiles et les cœurs brisés, que le terrorisme ne peut continuellement gagner. Comme un devoir, une promesse de vivre, encore plus, de croire en la pluralité de l’homme, en sa beauté, son courage de faire de ce monde un monde fraternel, humaniste, un monde où la terreur ne doit pas continuer à tuer.  

Il est temps oui de rallumer les étoiles et de créer un monde où les mots ne seront pas des balles, où les images ne seront pas des icones guerrières, où les paroles ne deviendront pas des armes.  

Je veux offrir à nos enfants un monde où le mot Amour est possible, sincère, vrai. Je veux offrir à nos enfants le mot Paix dans sa plus belle croyance, vérité. Je veux pouvoir les voir marcher debout sans fléchir devant des illuminés, des fous d’une croyance en un dieu idolâtré.
Je sais qu’il y aura des journées où les à-quoi-bon, les peut-être, les épuisements divers et variés me feront douter. Mais il y aura toujours en moi ces mots qui se sont gravés, tatoués dans mon âme, de garder ses valeurs, de défendre la liberté, la vie, de croire en l’homme, en l’amour de vivre un monde humaniste, un monde où chacun doit vivre en paix, dans la croyance de dieux s’il le souhaite mais pas d’illuminés. 
 

Liberté, je crois en ton nom. Paix, je crois en tes lettres. Vie je crois en toi. Plus que jamais.

Charlie n’est pas mort. Paris non plus. Un pays est debout. Le Monde aussi. Debout. Tournant dans le manège de la vie. Pour croire en ce nom de liberté, en l’amour, en la vie et offrir à nos enfants autres choses que des possibles, les voir rire, courir derrière un ballon, marcher dans la rue sans craindre d’une balle pas perdue. Aimer, s’aimer, crier les noms de Liberté, Paix, Fraternité, Amour... Continuer. Reprendre le crayon, le laisser s’emparer du papier et poursuivre à tourner dans ce vaste monde en chantant, riant, vivant, aimant.  Ecrire ton nom : Liberté.

 

Reprendre le crayon
Ma bib à mots
Le blog du petit carré jaune

(Crédit Photo Edouard Boubat)

The little Marilyn Paris 1975 Edouard Boubat