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« On se chez moi, on s’appréhension.
Elle se cheveux déliés, je me chemise légèrement déboutonnée. On se distance respectable pour le moment, on se musique de chambre sans danse de salon.
La pendule se tic-tac, je me tactique : je la cil et vœu en frôlement de joue. Elle me sourire puis se soupirs.
On ne se mensonge pas. Elle et Martin, Delphine et je. Mais nous, ici et uniquement. On se silencieusement, on se délices de l’instant.
Elle se saphir dans le regard, paupières précieuses et clignements.
Je la lèvres. Enfin. » 

 

Hop hop on arrête tout et on se plonge immédiatement dans ce court récit poétique de Loïc Demey. On le lit et on se rapproche de ce qu’est un poème, de ce qu’est le sens premier du mot écrire. Plus rien d’important d’autres que cette lecture.
Plus rien d’important que le mot, la force de la phrase, de sa construction. Fulgurance de la poésie, de la musique, de l’amour de la prose.
On lit ce récit, on plonge dans un style où « 
au commencement était le verbe » et on se laisse prendre par la main et les yeux dans ce « je, d’un accident ou d’amour. » de Loïc Demey. Sublime fulgurance d’un jeu de je, du jeu de l’amour et de ses dérapages. Grandiose. 

L’été. Le mois d’Août. Jardin du Luxembourg. Chaises vertes et bateau miniatures. Bassin d’eau. Chaleur. Insolation. Lecture en poche. Lui. Hadrien. Elle. Adèle. « Instinctivement je pas vers elle ». Attirance mutuelle. Jardin en terrasse, terrasse en café. Thé vert.
Attente patiente. Coup de téléphone, SMS. Rien d’Adèle. Rien qu’Adèle.
Tout se désordre, désaccord entre corps et tête. Pensée déboulonnée, éruption incontrôlable. Accident dans le fossé. Perte de repères, langage désaccordé. Corps en tête, tête en corps. Paris et ses rues, ses ponts, la Seine.
Lui Hadrien avec Delpine. Elle Adèle avec Martin. Dérapage, dégivrage. Réchauffement climatique.
Retrouvaille. Approche. « Elle me soleil et m’étoiles, je me des astres à venir ». Attirance insoutenable, ronds de jambe, volutes en fumée. Corps en trésor, rencontre et pulsions. Accords en chambre mineur. Soupirs, lèvres, lèche.  

Ainsi commence une histoire qui nous mène dans les pages du déraisonnable connu. Fraicheur, ravissement, humour et surtout une lecture aventureuse où les verbes sautent, disparaissent pour construire une petite chose qui se lit avec délice.
On prend corps, on grandit au fur et à mesure de la lecture, des mots additionnés les uns après les autres et qui nous mènent à tourner fébrilement la page, à sauter de pensée en pensée, d’idées en  discours où le langage devient décousu. Est-ce l’accident de voiture ou l’accident d’amour ?
Mais que serait l’amour sans ce jeu de désaccord, de l'accord, de recherche des mots, de langueurs imparfaites et de retrouvailles caniculaires. Que serait l’amour sans ce « je » du hasard, sans l’accident qui mène droit au fossé et fait abolir les règles écrites, gravés, institués.  

On ne sait pas si on lit un récit, un poème ou une nouvelle. On lit une histoire écrite admirablement par Loïc Demey et on en redemande. On frise l’apoplexie, la syncope. On se dit que ce mec est génial d’avoir trouvé une telle tournure verbale, une tournure où la phrase est d’une force incroyable, d’une maitrise superbe alors qu’il en manque son principal : le verbe. Ce mot qui donne l’action, le sens primaire du texte.
Une écriture d’une grande perfection qui montre que savoir écrire n’est pas à la portée de tout à chacun, savoir donner cette impulsion, cette ouverture est vraiment belle, espiègle et précieuse. Irrémédiablement séduisant.  

Un récit court qui donne envie de le relire dès le premier verbe posé, le dernier mot lu. Fort.

 

«  On se rituels : je me samedi chez ses parents, elle se dimanche chez les miens. On se calme plat. Je me morne, elle se plaint. Elle se train-train, je me ligne droite. On se routine, on se déroute. Dans le fossé »
« Elle me peau, je la pulpe des doigts. On s’épiderme »

  

Je, d’un accident ou d’amour
Loïc Demey
Cheyne Editeur