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Tu m’as souvent dit que pour exister il fallait accepter de se dénuder, de mettre à nu ce qui nous reflétait.  Se laisser toucher, ôter nos vêtements pour que nos corps se rencontrent, se goûtent, vivent. Tu m’as souvent affirmé que loin des sentiments, existait un monde d’instants, d’instincts où les caresses parlent, où les corps n’ont nul besoin de superficialités pour être soi.

Tu me l’as souvent dit oui. 

Tu m’as fait croire à ton odeur, à ton contact, à ta douceur. Tu m’as fait croire que lorsque ta peau touchait la mienne, le feu du désir consumait notre envie.
Tu m’as fait croire longtemps que l’amour s’approchait de cette réalité.

Et puis, j’ai déchanté. 

Les fils de soie qui me recouvraient, ne tenaient plus guère d’importance à tes yeux. Tu avais été, je n’étais plus. Je disparaissais.
Doucement, tu me recouvrais. Comme un hiver long et froid, je remettais mes bonnets. Je ne goutais plus tes caresses, ne sentais plus ta main chaude sur ma poitrine et mon ventre froid. Je ne me dénudais plus. Je me revêtais, mon corps se rhabillait.

Marbre veineux, corps de pierre. Erodée. Le tailleur œuvrait.  

Je t’ai recroisé, vu. Souvent. Tu étais accompagné. Ta main dans la main d’une autre. Ton corps sur le corps d’une autre. Je t’ai vu te déshabiller, te dénuder, te laisser toucher jusqu’à rencontrer la jouissance de ce contact.

Tu ne me goûtais plus. Je n’existais plus. L’amour s’était envolé loin des fils de satin ou de soie, loin de cette rencontre qui n’avait été que superficielle. Un jour, une nuit qui avait duré un quart de nos instants de vies.  

J’avais oublié combien l’amour était cruel, combien le fait de tout donner, de se mettre à nue pour un instant volé pouvait être loin des sentiments, de l’enchantement. J’avais oublié que la douleur est tenace, que de s’offrir ne reflétait rien d’autre qu’un caprice du désir. J’avais oublié que le corps devait être comme l’âme, secret, à l’abri, divulgué dans l’intimité, la grâce du moment, du désir.  

J’avais omis que sous le marbre veineux et froid se cache le fil de soi. J’avais oublié qu’une main peut devenir la plus belle des caresses et réchauffer, au sein d’un hiver froid, mon âme, mon corps, œuvrait délicatement et faire naitre un fils de moi.

 

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 (petit cadeau pour le 200ème atelier d’écritures de chez Leilonna sur une photo de Romaric Cazaux et Nathalie Magrez) 

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