piscine

Une couverture d’un monde imaginaire dans les yeux globuleux d’un enfant au bonnet de bain blanc comme neige. Un bleu translucide. Un crayonné doux, à peine esquissé mais qui pourtant souligne, surligne les formes. Du bleu, du gris, du blanc… le monde du silence. Des touches de rouges, des formes crâniennes dépourvus d’os, la nageoire protéiforme, aléatoire tantôt voilier tantôt gouvernail ou hublot. 

On rentre dans l’univers de JyHyeon Lee sur la pointe des pieds, l’esprit remplit de douceurs, de poésie  et de mots silencieux. Juste ce bleu qui nous attire, ce bleu translucide, ce monde du silence oui. 

A peine le livre entrouvert, l’eau arrive à nous. On ressent cette jouissance de la sentir nous envahir, nous imprégner. Légèreté, fluidité. Peu de mouvements, on se laisse porter. 
On ouvre, on tourne la première page. Happée. Chut. Sans un mot on se laisse dériver. Nul besoin de parler, d’écrire, la vie se glisse dans le corps de cet enfant au bonnet de bain blanc, debout devant le bassin d’une piscine municipale. Il est seul, le visage  fermé et silencieux. Peu de chose émane de lui. Blanc, translucide comme ce fond enneigé, cette page blanche. Se fondre oui, être invisible aux yeux de tous y compris de lui. Crayonné sensible, fragile, la mine à la fois grasse et tendre.
Et puis on continue cette lecture silencieuse.

Seul face au bassin. Toujours seul. Encore seul. L’immensité face à lui, petit bonhomme timide, fragile. Petit bonhomme qui hésite à se jeter dans l’eau. Et pourtant on le sent avoir cette envie, l’envie de nager mais ce rectangle semble inaccessible, froid. Personne d’autre que lui. Aucun être humain pour le déranger, lui ordonner l’ordre d’aller nager. Juste lui et le bassin vide. Tout vide.

 

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D'un seul coup, une horde d’enfants sauvages et bruyants se précipitent. Leurs armes : bouées, mastodontes aquatiques, bonnets de bain aux parures étoilées, ballons et cris de joie d’aller se baigner. Envahisseurs de bassins, notre petit bonhomme se sent désemparé, encore plus intimidé devant cette invasion. Que faire ? Les rejoindre ? Plonger à son tour ? Repartir illico parce que ce bruit là ne lui ressemble pas ? Que faire oui ? L’excitation de l’aventure le gagne…. Timidement il plonge et commence alors le plus beau voyage aquatique qu’il soit. 

Un univers à la Jule Verne et ses vingt mille lieues sous les mers, un soupçon d’Alice aux pays des merveilles, un monde du silence qui nous invite à prendre le temps, à refléter sa vie dans un monde imaginaire loin du tumulte de la surface, des cris et des excitations de ceux qui ne font que passer, chahuter.  

Ecouter le bruissement de l’eau, voir un bélouga au doux regard venir nager à ses côtés, se laisser surprendre par ce monde du silence aux formes multicolores et imprévisibles ; entrer dans la magie de la nage sous marine. Rencontrer des poissons jamais vu, des hippocampes à la tête en trompette, des requins baleines au sourire espiègle, des crevettes crabes, des manchots pas pingouins.
Entrer comme par magie oui, voir la poésie et entendre le souffle de l’eau, la beauté de notre monde imaginaire. Ne pas faire de bruit, rester silencieux. Nul besoin de parole pour dire que ce monde là est beau, bien plus beau que notre monde en noir et blanc. Notre imaginaire, notre curiosité nous poussent à tourner les pages et à rentrer tête la première dans l’univers de JiHyeon Lee. 
 

Une belle invitation poétique et en douceur à plonger à la rencontre d’autres mondes, univers et à laisser l’imaginaire rendre la vie belle. Une ode à ne pas rester à la surface de l’eau mais à écouter la vie du monde du silence.

 

 

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Merci Gaëlle de m'avoir fait découvrir ce merveilleux album.

 

 

La piscine (Pool)
Jihyeon Lee
Kaléidoscope