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« Le lendemain, dans la cuisine, Citronnette tourne en rond. Cette fois, il lui faut une idée plus merveilleuse encore qu’un chocolat chaud. Elle hésite…
Voilà ! Elle va faire une tarte magnifique, avec les prunes du vieux prunier, du miel, des amandes écrasées, du beurre, de la farine, du sucre roux, le jaune d’un œuf. Dans le ventre du four, ça va glouglouter et puis fondre et puis ronfloter, croustiller, devenir tout doré et, à la fin, s’illuminer.
Un soleil, de l’air et des feuilles. Ça va devenir un cadeau. »

 

Angélique Villeneuve, pour moi, c’est « ces fleurs d’hiver »,  ce roman qui m’a chaviré. C’est cette délicatesse que l’on ressent dans ces mots, ces personnages. C’est la beauté et la fragilité de la vie, la grâce d’un rayon de soleil, un fil qui vous sert de tricot, de pull, gilet, les jours où il fait un peu plus gris.
Angélique Villeneuve, c’est l’auteure faite femme, des petits mots qui a leur manière vous glissent des baumes de joie, de bonheur, de bonté, de douceur dont vous avez besoin au moment où vous les découvrez. C’est l’art de la dentelle au point de joie. Et c’est exquis à lire, bon, tendre, doux, sincère et gourmand. Enfin surtout lorsqu’elle nous parle d’un festin. Le festin de Citronnette.

 

Ingrédients :

150 gr d’amitié
100 bon gr de douceur
120 gr de tendresse
40 gr de mystère
Un bon litre de bonheur,
Des fruits de lumière
Un bon gros chat pour chatouiller cette recette
Mélangez, touillez et laissez cuire à feu doux les mots savoureux.

Angélique Villeneuve est une grande cuisinière à n’en pas douter. 

 

Imaginez un jardin extraordinaire où poussent une multitude d’herbes sauvages, des arbres fruitiers somptueux, un jardin où personne ne pousse la porte, y compris Citronnette, jolie femme au manteau pois jaune et au couvre chef vert citron. Car Citronnette a en elle cette timidité des gens bons et généreux, celle qui fait de ces personnes, des êtres beaux à croiser au détour d’une pierre, celle qui fait qu’il est bon de partager un morceau de tarte, une citronnade maison, du pain ou une portion de frites maison.
Imaginez oui un jardin et dans ce jardin extraordinaire, une ombre qui s’avance, s’aventure, se déplacent derrière les arbres. Une ombre ronde. Quelqu’un serait-il entré dans l’antre bucolique de Citronette sans lui demander sa permission ?
Prenant son courage et sa timidité à deux mains, notre jolie femme au manteau à pois jaune ouvre sa porte et s’aventure à petit pas feutrés dans son jardin aux herbes mouillées par la rosée matinale.  

Mais qui a bien pu entrer ? Qui a bien pu déposer ce grand chapeau noir ? Qui est ce rocher rond, gris et râpeux qui semble écorcher par la vie ? Comment a-t-il pu rouler jusque sur cette pelouse où il semble vouloir se cacher, se terrer ? Et pourquoi tant de grognements, de ronchonnements de sa part ? Pourquoi ne semble-t-il pas content ?  Et à qui appartient ce nez pointu que l’on distingue derrière le vieux prunier ? 

En compagnie de son chat à la queue poissonneuse (abus de thons ou de sardines… ? Angélique il va falloir nous éclaircir ce mystère) et à l’œil velouté d’une tache rousse, Citronnette s’en retourne à petits pas pressés, dans sa maison tranquille où elle s’enferme pour réfléchir dans sa cuisine aux carreaux gris et au sol jaune rainuré. Une jolie cuisine où il fait bon se poser. Une jolie cuisine où il fait bon sortir une deuxième tasse fumante qui sent bon la crème, la vanille et l’offrir à cet inconnu qui se cache derrière le prunier. Une tasse de chocolat qui « sent bon comme un grand baiser » (parce que oui les baisers, ça sent drôlement bon).
Une jolie cuisine où il fait bon desserrer son cœur pour laisser  entrer quelque chose, un souffle, une odeur, partager les prunes du vieux prunier, sortir du placard les ingrédients  et confectionner une tarte magnifique, un festin remplit de joie, de tendresse, de bonté. Un festin qui rassemble tous ces inconnus, ce rocher grincheux qui se polit pour devenir galet, ce nez pointu aux poils doux et soyeux, ce chapeau noir et long qui ne demande qu’à être porté.  

Un festin qui ouvre grand les yeux, les cœurs, met les ventres en harmonie. Un vrai festin où retrousser ses manches et sortir ses biscottos (petit clin  d'oeil à une jolie petite grenouille blonde comme un jaune d'oeuf et au sourire ravag-coeur) devient un vrai plaisir, une ode à la fraternité, à ouvrir sa porte à ceux qui passent, n’osent pas. Un festin où il fait bon donner son cœur, tourner dans la marmite de tendresse, la cuillère en corne de vache, verser, incorporer, choisir, découper, caresser les ingrédients pour faire de ce diner, un plat unique. Un plat où l’amitié est chantée, partagée, où la solitude s’envole comme la fumée s’évapore de la marmite fumante.  

Encore une fois notre cuisinière a su marier les mots. Un ouvrage comme une recette de cuisine, des mots que l’on sort de son plumier, des phrases que l’on rajoute tantôt sucrées, tantôt épicées. Cet amour à préparer un livre comme on prépare un repas à partager avec ces personnes que l’on aime, celle que l’on ne connait pas mais que nous ne demandons qu’à connaitre.  Une vraie ode aux petits riens, à ces petits cœurs qui se découvrent le temps d’un festin. Une petite poésie qui fait un bien fou à lire.

Quand aux illustrations de Delphine Renon, il faut se pencher avec douceur et délectation dessus, prendre son temps de laisser divaguer son regard, d’admirer de pages en pages, la lente éclosion du cœur, ce cœur de citronnette qui devient citronnier. Il faut prendre ce temps pour apercevoir chaque pièce du puzzle qui devient vie, se couvre de feuilles, d’herbes, de fleurs qui  éclosent et d’un chat au sourire facétieux. Une ode au bonheur.

Un petit ouvrage jeunesse, un album illustré où il faut  se laisser dorer par le soleil d’un matin un peu foufou, ouvrir grandes les fenêtres, laisser entrer l’air frais et faire de son jardin sauvage, un petit jardin extraordinaire, délicat, où les mots n’ont pas besoin de se dire pour s’entendre rire, s’aimer, partager.
Un ouvrage qui donne envie de porter un joli chapeau citronné, de confectionner un repas champêtre, une multitude de tartes, des tonnes de boulettes à la sauce tomate et des frites à manger avec les doigts, boire des litres de citronnade jusqu’à plus soif.

Un vrai coup de cœur. Un vrai coup au cœur. Une ode à la simplicité et au partage. Une ode à l’amitié, aux biscottos, aux frites, à la cuisine et surtout aux bonheurs des jardins extraordinaires, aux jardins de petits riens qui sentent bon l’herbe mouillée. Devenir « légère et sucrée ». Un petit livre jeunesse au goût citron, au goût passion, au goût tendresse, au goût de vie citronnée, au goût exquis.

 

 

Le festin de Citronnette
Angélique Villeneuve – Delphine Renon

Sarbacane

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