sans-titre

© Vincent Héquet 

 

Dans mes oreilles circule cette musique. Inlassablement je l’écoute, la réécoute, la laisse s’infuser en moi. Elle est une partie de ma vie. Elle coule dans mes veines, passe dans mon sang. Elle est liée à mon histoire, mon passé, mon présent, mon futur, ces lieux qui m'accompagnent et font ressurgir des instants.

Je ne peux m’empêcher de revoir la scène, d’entendre ce vent d'hiver qui me pliait ce soir là. Je ne peux oublier les larmes qui coulaient, le désespoir, l’obscurité, la route qui serpentait alors qu’elle était droite.
A la radio passait une musique. Je l’avais chopée sur une station. Je ne sais plus laquelle. Je roulais. Meurtrie. Cette avenue que je traversais, était encombrée d’immeubles aux façades décrépies, un souvenir des années soixante laissé pour compte. Plus rien ne comptait vraiment d’ailleurs. Je roulais et pourtant je n’arrivais plus à avancer. Immobile mobilité d’un monde déraciné.
Sur cette longue rue si droite, à l’atmosphère si pesante, j’ai entendu une voix, du cristal, une corde fragile au dessus de l’abime, la cassure du verre, la brisure du vent, une tempête de notes, une sensibilité poussée à l’extrême, la beauté des mots. Chair de poule. Frissons. Kidnappée par une voix diaphane, un son cristallin, des phrases qui se bousculaient.  Tripes en vrac, gorge nouée. J’étais là et ailleurs.  

" Le vent l'emportera, tout disparaitra, le vent nous portera."

Tétanisée par la voix qui me transportait, me parlait, je coupais le contact. La musique me pénétrait, les plaies me tiraillaient, le vent emportait tout. Je volais au dessus de mes cicatrices, relief de mon corps. La souffrance se consumait au son d'une voix, d'un l'instrument. Vivante. J'étais vent, poussière de vous, de moi, trajectoire d’une course, instantané de velours, temps, route, messages à la grande ourse, marée qui montte, méandres au creux des reins, caresse et mitraille, palais d'autres jours, tapis volant « Tout disparaitra, le vent l’emportera ».

Trois minutes cinquante sept où je muais. Trois minutes cinquante sept qui me transportaient, me relevaient, me lavaient, me soufflaient. Trois minutes cinquante sept d’une renaissance à jamais graver.  

Aujourd’hui encore, j’emprunte cette longue avenue. Aujourd’hui encore, lorsque j’entends cette musique, je pense immanquablement à cette soirée, aux frissons tatoués sur ma peau. Le vent a soufflé et a emporté au loin les rivages menaçants. Je souris. Je souris car je sais que sous ces barres d’immeuble se cache une renaissance, ma vie, mes sens, une partie de mon existence, quelques poussières de moi.
Inlassablement, cette musique circule. Elle est mon flux, m
on acte de résistance, ma foi. Elle est le parfum de mes années mortes, mon futur qui frappe à ma porte, ma grande ourse. Elle est mon histoire, mon hier, mon demain, l'infinité de mon destin. Le vent nous portera.  

 

Quelques mots pour l'Atelier d'écriture de Leilonna Bricabook avec une musique dans mes oreilles.


Une photo quelques mots
Leilonna Bricabook

Le blog du Petit Carré Jaune

 

Sophie Hunger - Le Vent nous portera