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Paul a le bégin. Paul est amoureux et c’est la première  fois que cela lui arrive. Fichu truc. Comment faire quand on a 15 ans et que l’on ne sait pas s’y prendre avec les filles. Comment faire quand on est en pleine crise d’adolescence et que les parents sont juste là pour poser des questions à la noix, obliger à faire des trucs débiles et sans aucun sens, demandent de l’aide alors que l’on a juste qu’une seule envie, se barrer de la maison qui n’en finit pas se construire, partir à l’aventure avec son poteau, découvrir le Nord en compagnie de sa blonde et surtout regarder les jeux olympiques de Montréal à la télévision. 

Tout commence à l’orée de l’année 1976. 

« Pas mal de chose ont bougé cette année… En ville, nous avons quitté Rosemont pour Saint Léonard, un quartier où je ne connais personne. Je déteste. Maman est heureuse. Papa a enfin consenti à s’éloigner de sa mère […] Ma sœur Kathy en a profité pour partir de son côté en appartement avec Yvan, son nouvel amoureux. […] Maman  est retournée sur le marché du travail [..]. Papa travaille très fort […]. L’an dernier il a acheté un terrain, ici à Saint Sauveur. […] De mon coté, j’attends le début de l’année scolaire en travaillant la semaine avec mon oncle Raynald {…] Je caresse le rêve de m’acheter une moto l’an prochain lorsque j’aurais seize ans. » 

Dehors s’activent les dernières préparations ponctuées de grèves et de vandalismes de la construction des sites qui abriteront les Jeux Olympiques de Montréal, la fierté du Québec. Dans sa chambre sous les toits, notre Paul s’exerce à la guitare et tente tant bien que mal de chantonner «  le chant de l’alouette ». Dehors la veille Ford Mustang de l’oncle Raynald crache son « Do a little dance make a little love down tonight ». 
L’oncle c’est un peu le contraire de ses parents. Il fume et offre des cigarettes. Il boit des bières et pour déniaiser notre Paul, il se propose de l’emmener, après une tonde de pelouse et un gavage hamburger/frites, dans un endroit où notre ado n’a encore jamais mis les pieds : le paradis du sexe, chez Line.
Et voilà notre ado boutonneux embarquait dans les prémices de l’adolescence amoureuse, les premiers émois, les premiers titillements des premiers bourgeons. Les yeux se perdent, les sueurs se perlent, les joues rosissent et le bégaiement se joue de lui. Crénom de crise. Alors quand en plus les parents se mettent à poser des questions auxquelles il n’a pas envie de répondre, Paul décide avec son ami Ti’Marc (aussi petit que Paul est grand) de partir en pouce vers le Nord pour rejoindre une choum.

 

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Encore une fois Michel Rabagliati nous emmène à revisiter son histoire et nous plonge ce coup-ci dans sa pire période, celle de son adolescence. Celle des boutons noirs sur le visage, cette acné que l’on s’empresse d’écraser de nos doigts et de nous faire d’énormes cicatrices purulentes sur le nez ou la joue alors que c’est le jour crucial de la rentrée dans un nouveau bahut. Cette période néfaste où l’on n’hésite à chanter les vieilles musiques traditionnelles des scouts et celle qui passent dans les transistors, incitant à la révolte. Cette période où la voix mue et nous fait passer de rossignol à corbeau sans qu’il soit possible d’en mesurer la portée musicale. La loose totale. Cette période que l’on traverse dans une crise éternelle entre le monde de l’enfance, celle des cabanes au fond des bois et celle des adultes où il faut travailler, tondre des immenses hectares de pelouses pour gagner six sous et pouvoir enfin s’acheter la fameuse moto de ses rêves. 

C’est encore une fois tendre, rieur, un poil nostalgique, bon, doux, rêveur. C’est encore une fois des souvenirs qui viennent nous effleurer, se rappeler à nous et nous faire sourire, rire, se moquer de nous. Et c’est bon. Tendrement bon.
C’est vrai ce n’est peut être pas le meilleur de la série des « Paul » mais ce que j’aime chez Michel Rabagliati c’est cette douceur, cette naïveté, cette foi, cette tendresse qu’il met dans ses personnages, cette part de lumière qu’il fait transiter, ces petits instants - tranches de vie qui sont nous. C’est ce que j’aime chez Paul, ce lui qui est nous. Ce lui à tout âge de sa vie qui est en fait notre propre miroir.

Et puis lire Paul c’est prendre un aller simple pour Montréal, le Québec. C’est parler avec cet accent irrésistible dans les oreilles, se vautrer avec allégresse dans des costumes de Davy Crockett, rêver, oser, pinailler sur nous ou la société qui  nous entoure tout en gardant cette part d’innocence, cette tendresse pour la vie et l’humain.

 Paul c’est tout cela. La douceur, la tendresse, la générosité, un petit morceau de nous que l’on garde bien fort dans son cœur.

 

 A lire chez mon pilier de bulles, ma conteuse d'illustration Mo

 

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Paul dans le Nord
Michel Rabagliati
La Pastèque

 

Volo - Montréal

Beau Dommage La complainte du phoque en Alaska 1975