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«  Quel homme était Joseph ? Un être dur, inflexible, dénué de tendresse ? Un médiocre aigri, séducteur misogyne, comme certains de ses actes le laissent supposer, ou un reclus, exilé, écorché vif, sensible et désabusé ? Un lâche ou un héros intrépide et aventurier ? Un engagé politique ou un anarchiste convaincu ? A-t-il retourné sa veste, est-il devenu agent double  comme certains le prétendent ? Qu’a représenté pour lui l’utopie de l’Union Soviétique, la révolution, puis l’immense désillusion ? Il n’y a plus personne pour répondre à mes questions, je ne peux qu’inventer les réponses et faire de sa vie un roman. » 

Tout commence à la fin du XIXème siècle dans un village de Géorgie, aux confins de la Russie tsariste. L’histoire de la révolution russe, les prémices d’une Union Soviétique, la naissance d’hommes, de ce futur homme dictateur prolétarien, de ceux qui contribueront à anéantir dans ses entrailles l’Empire Russe, de combattre avec foi et force toute personne qui n’obtempéra pas à la cause révolutionnaire, le bolchevisme.
Tout commence sur les berges de la Mer Noire, à proximité des montagnes du Caucase, arméniennes, là où la géographie, la tectonique des plaques bousculent les nationalités, fait de l’Etat de Géorgie, un état à part de la Russie de la fin de ce siècle.  
Tout commence sur les trottoirs de Gori, ce village où est né en 1878 Joseph Djougachvili, dit Staline, surnommé Sosso dans les premières années de sa vie et à quelques années d’intervalles celui sur qui repose le roman, Joseph Davrichachvili ou Davrichewy suivant les identités retrouvées, l’autre Joseph, l’arrière grand père de Kéthévane Davrichewy. 

A la fin de ce XIXème siècle, Gori ressemble à une sous-province, un village aux ruelles tortueuses où les bandes d’enfants s’éparpillent dans les rues, les genoux écorchés et la morve coulant du nez. L’hiver est terriblement froid, saisissant ; l’été  est suffoquant, quasi asphyxiant. 
Vivre en Géorgie c’est être un homme aguerri, refusant de se soumettre aux lois, monopolisant toute son énergie en sa foi, son pays, sa croyance rouge sang. Etre géorgien, c’est dévaler les sentiers escarpés, se quereller, montrer un caractère fort, entier, batailleur, à la limite du banditisme. Etre géorgien c’est ne pas céder aux volontés russes, ne pas se soumettre à leurs lois, leurs cadres de vie, leur religion. Etre géorgien c’est être fier de ses racines, de ses origines, de la mythologie caucasienne, de ses contes qui uniront les hommes.  

Kéthévane Davrichewy voulait, à l’origine, écrire un roman sur la destinée incroyable et historique de ce Joseph, son  arrière grand père (un des tous premiers aviateurs, agent secret français, révolutionnaire géorgien de la première heure). Un mythe familial mystérieux, sur qui rien ne se savait, un secret de famille, un non-dit générationnel. Mais c’était sans compter sur la présence de celui qui a bouleversé l’histoire de l’Union Soviétique, ce pays renommé URSS à la suite de la révolution rouge. C’était sans compter sur cet enfant appelé Sosso, gamin perdu, battu par un père ivrogne et recueilli par le père de Joseph, l’arrière arrière grand père de Kéthévane. Lourd héritage bâtit sur les révolutions géorgiennes, russes, sur les goulags sibériens, les défaites, les trahisons, l’exclusion, les départs précipités, les fuites, les guerres et les meurtres commis pour ne pas trahir sa foi, son pays, les croyances de son pays : la Géorgie. 

« L’héroisme se transforme en crime, et le crime en héroïsme selon la comédie que jouent les hommes […]. Une seule chose reste intacte, c’est la valeur de l’homme qui se bat pour un idéal. » 

Un vrai roman digne des grands périples russes, un destin incroyable balayé par un homme d’une rage de vivre et de révolte encore plus grande. Un idéaliste, un combattant épique qui croise la grande histoire. Et puis l’enquête, le fil conducteur qui alimente l’écriture de Kéthévane Davrichewy : qui était cet arrière grand père paternel dont tout le monde parle mais sur qui rien ne se sait. Un mystère qui se cogne au romanesque de la Russie d’avant Lénine, aux balbutiements des révolutions anarchistes, guérillas de rue puis d’Etat.  
Un roman sur la transmission familiale, les non- dits, les sentiments d’abandon, les contradictions, les communautés exilées. On ne sait plus si l’auteur nous parle de la vraie histoire de Joseph, son arrière grand père, ou si ce roman n’est qu’en fait une romance. L’ambigüité du personnage rejoignant l’écriture de Kéthévane Davrichewy.

Un roman sur les origines qui échappent, les hommages que l’on arrivera jamais à trouver, les repères qui ne sont que des fils qui s’entrelacent, se perdent, s’emmêlent.

Un roman sur l’autre Joseph qui recoupe les zones d’ombres de l’histoire familiale, les fondations, les transmissions héritées pour arriver à l’hommage paternel, celui qui a tenté de vivre avec le passé légué par ce grand père mythique.

 « On ne laisse pas une jeunesse se faire, on fait la jeunesse »

  

L’autre Joseph
Kéthévane Davrichewy
Sabine Wespieser Editeur