«Il semble généralement que l’hiver ne finira jamais, qu’on est définitivement cerné par l’humidité glacée, engoncé dans des épaisseurs de laine, voué aux nuits interminables, aux journées trop courtes, à une pénible et fatale frilosité du corps et de l’âme. »  

Marcher en plein mois de janvier, la pluie ruisselant sur les cheveux, le vent soufflant comme une tempête dans les têtes. Marcher à se croire au milieu d’un safari cloaque, résidu de salissures,  tourbe de détritus. Marcher pour espérer croiser un bout de monde, arracher à la bassesse des sourires aux visages. Marcher à se brûler les poumons, à rouvrir les plaies des champs en de vastes sillons de vie. Marcher pour cicatriser les éraflures, laisser luire le soleil.
Marcher à en crever les chaussures, nos vieux godillots que l’on cache en ville de peurs de paraitre ridicule. Ego de nos fiertés mal placées. Marcher à se salir les bas de nos habits, ces jeans troués, ses vestes délavées.
Marcher et crever les nuages à grands coups de palettes de tubes de peinture et de rires. Voir au-delà des orages, la vie qui germe sous les branches des arbres rabougris. Marcher à s’en faire un tableau, une ébauche d’envie.
Marcher à ne plus baisser la tête face à la misère. Marcher et entendre les chants tsiganes, étrangers,  les chants de voyageurs des chemins, les chants de ceux qui chantent pour faire entrer le soleil dans nos cœurs. Marcher à s’en donner de la joie. Qu’importe-le temps, les temps, l’étendue. Marcher et y croire.  

 

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© Julien Ribot

 

Croire que la tourbe devient ruisseau, que de la fange nait la glaise, terreau de beauté. Changer d’axe, de direction. Ne pas faire de ce chemin, une droite. S’inviter à ne plus tourner en rond mais se fier à son envie, humeur, à ce qu’il y a au plus profond de soi, sa voie, ses sens. Jouer avec les virages, tracer des sillons et faire de l’horizon des herbes folles, les arbres la sève de nos corps. Sentir sous nos pas la boue, la transformer en alluvion, richesse de nos terres. Se rouler dans cette voie et sourire en y pensant. Se rappeler qu’au bout du chemin, la plage nous attend. Chausser les possibles et posséder comme seuls trésors un caillou ramassé et les étoiles comme compagnes de jour. Faire de ces souvenirs, des cascades d’espérances. 

Marcher et s’ouvrir au vent. Laisser la pluie faire corps. Ne plus chercher à lutter. Stopper les questions qui embourbent les esprits. Se détacher du champ, du paysage. S’imprégner. Regarder plus loin, voir le panorama. Tendre l’oreille. Suivre le mouvement de l’herbe ivre, le tourbillon des bosquets. S’enrouler dans cette vision. Se rouler dans cette croyance.
Marcher dans l’insouciance de la balade. Goûter la larme d’eau qui suinte le long de la joue. Toucher du bout des lèvres l’air et le laisser gagner l’esprit. Ramasser ces petits bonheurs. Savourer ces moments, ces instants de fragilité, ces graciles fils de soi.
Marcher et ressentir l’eau laver l’esprit. Marcher vers l’envie. Aphorisme de nos rêves. 

 

Petite marche pour l’atelier de Leilonna Bric à book sur une photo de Julien Ribot et un extrait de la diagonale du vide de Pierre Péju. Dans mes oreilles, ce matin Kent

 

2009/12 KENT - Panorama (Clip)

  

Aphorisme de nos rêves
Une photo – des mots
Atelier d’écriture de Leilonna – Bric à book