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«  Nous rencontrons Gila et Mila. Ils forment un couple uni comme nous n’en croiserons plus ensuite.
Un jour, j’ai voulu faire l’amour. J’étais vraiment prête à prendre ce risque. Mais Mila m’a retenue. Pourtant c’est surtout toi qui te serais mise en danger.
C’est justement pour me protéger qu’il m’a arrêtée. Il m’a dit « si je meurs, tu fais quoi ? C’est beaucoup trop dangereux pour toi. Depuis je l’aime encore plus. […]
C’est notre destin. Le bonheur est interdit en Iran. Spécialement pour les jeunes.» 

Jane Deuxard est un duo de journalistes indépendants qui se rend régulièrement de manière clandestine en Iran, pays qui par définition n’aime pas trop que le monde journaliste enquête sur les dessous de la présidence de Mahmoud Ahmadinejad.  Vrai couple dans la vie, ils ont à cœur de faire dévoiler la vérité, de raconter la vie quotidienne et de donner une voix aux Iraniens en recueillant leur témoignages, leurs paroles. 

Et quoi de plus vivant que l’amour. Quoi de plus fort que d’aimer à en perdre la raison, à n’en savoir que vivre, pour tracer un chemin, forcer le destin, pour parler aux canons. Quoi de plus beau, de plus merveilleux que l’amour pour continuer à vivre dans un régime où le mot amour est lui-même interdit, où s’aimer représente un véritable danger. Quoi de plus bon et magique que de pouvoir embrasser son/sa partenaire, compagnon en pleine rue sans avoir à se cacher de Pierre, Paul, Jack, Ashem, Omar, Zeinab ou d’autres encore. Quoi de plus fort que de découvrir l’amour dans l’amour même de ce moment sans avoir à éviter les centres villes, les parcs, les jeux de cache-cache, les coutumes et traditions familiales ou natales. Quoi de plus fort que de pouvoir s’aimer en plein jour, en pleine nuit, de toucher l’autre, de l’aimer tout simplement. 

Mais cela est possible dans des pays autres que l’Iran, ce pays où l’amour n’est pas autorisé, ce pays où un simple flirt est puni soit par les coups de fouets, l’emprisonnement ou pire encore le bannissement à vie aux yeux de la famille, du pays et du régime des Mollahs. Ce pays où parler de politique est interdit, où trouver un travail revient à œuvrer pour les ministères religieux.
Comment se rencontrer lorsque l’on a 20 – 30 ans et que l’on ne rêve que de cela, que l’on ne pense qu’à cela ? Comment vivre l’amour sans parler de politique, de se qui préoccupe ces hommes et femmes de ces âges. ? Comment aimer lorsque pour le faire on doit braver la religion, les idéologies, les croyances, les traditions, le régime dictatorial des Mollahs ? Comment aimer quand celui qui est à la tête du pays est annoncé comme réformateur par la communauté internationale, reçu en grandes tenues d’apparat dans des diners somptueux présidentiels, monarchiques, et sous couvert d’une charia, bannit dans la violence et les morts, l’idée même d’une vie autre, différente où la jeunesse pourrait s’ouvrir, s’aimer librement.

« La loi et les familles veillent à ce que les hommes et femmes ne se fréquentent pas dans l’espace public s’ils ne sont pas mariés ou liés par des liens de parenté. »
« Les relations sexuelles avant le mariage sont officiellement interdites. Les belles familles n’hésitent pas à réclamer un certificat de virginité si elles le souhaitent. » 

 

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Comment aimer lorsque l’homme doit apporter le travail, la force, l’argent, les voitures, un appartement et la femme un certificat de virginité. L’amour ne peut être alors que clandestins, dangereux, déconcertant.  

Ainsi ce couple de journalistes va rencontrer de manière clandestine de jeunes gens cherchant à vivre leur amour au delà des traditions et du régime de Mahmoud Ahmadinejad. Pour cela ils devront braver les patrouilles de police, de milice, les familles qui pistent les amoureux, éviter de mettre en danger les Iraniens qui acceptent de témoigner, de parler de leur vie, de politique, des mollahs et de leur système économique, sociétal, entendre les dissidences qui se taisent par peur de la mort, écouter les silences, les souffrances d’une révolution mort dans l’œuf d’un printemps arabe. Ils apprendront aussi qu’entre les quartiers riches et les quartiers pauvres, vivre une histoire d’amour ne se présente pas sous les bonheurs, les mêmes facilités. Ils compredront aussi que malgré les interdictions, la jeunesse vit l’amour, le fait, n’hésite pas à braver les interdits, à avoir des realtions sexuelles avant le mariage.
Ils font face au désespoir d’une jeunesse désœuvrée, désabusée, perdue par une révolution faite par leurs ainés et depuis enterrée.

«  Durant quelques heures, quelques jours parfois, ces Iraniens nous livrent ce qu’ils ont sur le cœur, ce qu’ils ne confient généralement à personne.
Cette confiance, et ces histoires nous bouleversent. Le plus dur, c’est ce que nous les reverrons plus. Pour leur sécurité, nous avons décidé d’un commun accord de ne jamais les contacter. Nous avons l’impression de les abandonner » 

Quand au graphisme mis en phase par Deloupy, il est d’un crayonné simple ou la couleur fuit les planches au profit de tons ternes, de traits grossiers. Et c’est cela qui fait sa richesse, sa force. Ce qui pourrait apparaitre comme un simple reportage devient quelque chose de poignant, de saisissant, d’asphyxiant.  

Une très très belle bande dessinée coups de poing documentaire sur les histoires d’amour en Iran, les love story qui d’un baiser bravent les tambours et les canons guerriers, politisés. Des témoignages glaciaux mais capitaux pour comprendre ce qu’est vivre l’amour en Iran de nos jours. (en accompagnement musical : Pink Floy ...)

 

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Love story à l’iranienne
Jane Deuxard et Delouty
Delcourt
Collection Mirages