9782260022121

« Il y a tant d’errances dans une vie, tant de chemins rebroussés, tant de routes abandonnées et d’autres prises par hasard, par accident dirait-on mais justement les accidents mes amis, les échappés, les embardées qui font virer de bord et prendre des chemins de traverse qui se révèlent être des routes, il y a tant de moments d’égarements dans une vie qui ne sont pas des faiblesses non mais des respirations, des ponctuations. »

Des romans sur l’amitié, nous pouvons en trouver par dizaines dans les bibliothèques, les tiroirs. Mais des romans qui en parlent aussi bien, avec autant de douceur, de tendresse, de délicatesse sans tomber dans les clichés, peu. Très peu. Et cela est bien connu : les histoires d’amitié sont comme les histoires d’amour. Elles peuvent revêtir ce long fleuve apaisant, cette douce rivière ou ce torrent qui emporte tout.
Elles ont souvent cette part de reflet qui est en nous, ce miroir que l’autre nous tend, un baume. C’est bon oui même si il arrive que ces amitiés nous égratignent, nous ouvrent des plaies, nous ramènent dans les cordes d’un ring, nous maltraitent et nous ré-ouvrent des cicatrices. Celles là demeurent de terribles déconvenues, des moments où la confiance bascule dans la peur, l’inconstance du moment.
Cependant elles demeurent un voyage au long court ou un simple aller sans retour mais toujours elles nous apportent profondément ce quelque chose. Ne serait-ce que ce furtif moment où l’on accepte de faire confiance à cette personne, cette rencontre qui nous aide à faire de notre chemin, un sentier serein.

Les mijaurées sont cette histoire. Une histoire entre Clara et Lucille, deux jeunes filles qui se rencontrent sur les bancs du collège, en classe de quatrième. Deux jeunes filles aux tempéraments différents mais complémentaires. Avec elle, on replonge dans les années 80-90, les années top 50 et autres florilèges musicaux et sociétaux qui fleurissaient à ce moment là. On s’y reconnait. On reconnait nos premiers amours, nos premiers chagrins, nos rires de jeunes filles qui voulaient paraitre un peu plus âgées. On sourit à nos failles, nos tendres émotions, nos premiers interdits bravés, nos  voyages escapades. Inlassablement les mijaurées sont nous. Et inlassablement, elles sont comme un baume, une tendresse, un reflet que nous gardons bien au chaud, même si une douleur peut surgir. On garde la lumière. On s’emmitoufle dans la tendresse de ces moments et on grandit avec. Ces amitiés nous font nous.

Elsa Flageul a écrit un roman où ses deux héroïnes sont profondément et universellement nous. On est tour à tour Clara ou Lucille ou chacune des deux en même temps. On est ces deux jeunes filles qui se disent oui sur un banc de collège et qui partent affronter la vie, durement, sans cadeau, sans répit, mais avec ce bonheur de savoir que l’autre croit en soi, l’autre demeure là, pas loin, juste à quelques encablures de pensées, de mains.
Les Mijaurées sont cela. Une œuvre qui se construit pas à pas. Un chemin lumineux qui serpente, nous fait rencontrer des personnes à des moments de nos vies, des personnes qui nous accompagnent sur nos sentiers pour de longs kilomètres ou une simple balade. Un roman qui nous procure des moments d’émotions, un lâcher-prise à celle que nous sommes.

On reconnait la générosité de l’auteure, son regard, ses silences et son écoute sur la vie et sur les gens. On y sent l’empreinte de ces femmes qui ont traversé des chemins pour se rencontrer et se trouver, trouver leur place. Et c’est bon. Tendrement et subliment bon. Une écriture qui illumine de l’intérieur ces êtres de chair et de sang, qui réveille nos souvenirs, nos émotions, nos fragiles instants de vie et nous rend beaucoup plus présent, nous invite à les aimer peut-être encore plus.
Une écriture qui nous donne à parler, à dire des « je t’aime », des « mercis » à ces personnes que l’on rencontre. Un magnifique roman qui m’a procurée un bien-être absolu et cette envie de me rappeler toutes ces personnes qui jalonnent ma vie, qui font celle que je suis.

 

Un petit clin d’œil à mon amie d’enfance« Lucille a tout de suite compris que nous serions inséparables […], non comme une prédiction hasardeuse, non comme une décision, comme un choix, elle a décidé que je serai sa meilleure amie, c’est ainsi que l’on s’appelle à cet âge là, c’est ainsi que l’on s’appelle toujours, même quand on a plus l’âge mais qu’on s’est connu à cet âge »
Un autre à celle qui m’a faite rencontrer, un jour de juin, l’auteur et qui nous a réunies un après midi de décembre, un jour "entre gris clair et gris foncé", où la tendresse, la simplicité du moment se sont glissées entre deux rayons de soleil. Une personne que j’apprends à connaitre de plus en plus et qui me découvre de mieux en mieux «  Vous avez indéniablement quelque chose. Il faut continuer ? Ne faites pas d’écriture : écrivez ».
A  celle qui m’a laissée des cicatrices : « Les blessures de l’enfance ne s’impriment pas en vous, elles vous corrigent, elles modifient votre trajectoire »
Et puis à celle qui est une main sur mon épaule, celle que j’apprends à rencontrer, à marcher avec, celle qui  n’est jamais loin dans mes silences et avec qui je pourrais randonner des heures durant juste pour entendre nos rires et nos pas se perdre sur les chemins sans jamais redouter d’avoir peur ou de connaitre les écueils de la vie. « Nous sommes toujours là »

  

A retrouver sur le blog de l'insatiable Charlotte, l'interview d'Elsa Flageul et son coup de coeur.

 

Les Mijaurées
Elsa Flageul
Julliard

 

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