le-retour-de-la-bondree-tome-1-retour-de-la-bondree-le-one-shot« Toute leur vie, ils allaient être rongés par le remords : « pourquoi a-t-on fait ça… ? Et puis aussi « Que se serait-il passé si… ? » » 

Nous avons toutes et tous en nous des souvenirs d’enfance douloureux, ceux qui nous empêchent d’avancer, ceux que nous tentons tant bien que mal de masquer, d’oublier, traumatismes d’un âge ingrat,  cauchemars de nos nuits d’adulte, silence enfuis dans nos cicatrices invisibles.
Ces moments douloureux ressurgissent dans les pires moments. Imprimés dans notre corps et notre cerveau, ils dorment pour mieux se réveiller un jour de désespoir profond. Ils sont là, comme une arme au dessus de nos têtes, un pistolet construit avec nos doigts. On presse sa gâchette et bang-bang, on crève de peur, on meurt dans les pages noires de notre enfance.  

« Tu connais la bondrée apivore ? C’est un oiseau très rare qui survit en recommençant à zéro » 

Tout commence par une première page terrifiante. Vaste page blanche où se dessine un rapace, une brondée apivore, à l’œil globuleux et au regard acéré. Juché sur un pieu, vieux poteau d’un champ entouré de barbelés, elle se dresse sur ses ergots et seules quelques plumes d’une blancheur absolue créent un mouvement dans cette page à l’inertie inquiétante. L’atmosphère est plantée.  

Tout en noir et blanc, crayon à la plume fine, encre de chine et graphisme somptueux, Aimée de Jongh nous amène à la rencontre de Simon qui a hérité de la librairie de son père. Enfant il n’aurait jamais imaginé un tel destin. Lui qui ne rêvait que d’oiseaux, de vols, de chants, le choix s’est imposé et il doit maintenant faire face aux géants des livres et autres sites numériques. Les affaires sont d’ailleurs dures et contraignent Simon et sa femme à vendre la librairie aux plus offrants des profiteurs véreux. Simon si refuse catégoriquement. Autant lui passer sur le corps que de donner, même pour une somme alléchante, ce que lui a légué son père. Autant vendra à perte sa librairie et les trésors qu’elle recèle que de capituler face aux géants du « tout culture ».

 

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Un soir où il part se réapprovisionner en livres dans une vieille cabane au fond d’un bois, Simon croise sur sa route une femme qui se donne volontairement la mort sous ses yeux au passage d’un train. Et c’est pour Simon le début d’une lente chute qui le ramènera à son enfance, à ses traumatismes enfouis, les silences et les non-dits dissimulés. C’est la suite d’une culpabilité qui le ronge depuis longtemps, lui fait rejaillir un accident passé, un autre geste dû à sa non-intervention, à son immobiliste, ses regrets et sa colère, sa peur qui sont restés en lui ce jour là.
A la suite de cet « accident de personne », la vie de Simon devient un cauchemar à répétition, une lente résurgence, traumatisme de son enfance. L’intervention d’une jeune adolescente croisée par hasard sera sa seule soupape de sécurité, son espace de souffle, sa respiration. Mais jusqu’à quand… 

 

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Une somptueuse bande dessinée d’une petite que l’on pourrait qualifier de grande artiste. Un trait absolument incroyable tant par le graphisme que la mise en « couleurs ». Un style à la fois épuré, pointilleux et à la fois généreux, utilisant les pleins, les grands espaces pour noircir et rendre la page d’une tension palpable.
On y reconnait le crayon de Christophe Chabouté (le banc, tout seul…) ou de Manu Larcenet (Blast ou le rapport Bordeck). Une vraie descente aux enfers magistralement orchestrée. Un scénario qui ne lâche rien et nous mène dans un vrai roman graphique noir, très noir. Absolument dantesque, génial. Une intrigue qui côtoie le présent et l’enfance sans laisser le moindre soupçon sur la page suivante. On tourne fébrilement les planches et on plonge dans ce noir et blanc dramatique.

Sincérité, tendresse, poésie sont pourtant là au rendez-vous. C’est ce qui fait la force de « la retour de la bondrée » et d’Aimée de Jongh.

 «  C’est tellement agréable d’être au milieu des livres. Je sais, ce ne sont que des objets. Mais plus ces armoires se vident, plus je comprends qu’un nouveau chapitre va s’ouvrir. Un chapitre plein d’incertitudes ».

 «  Parfois il faut recommencer à zéro pour survivre ».

 

( A retrouver chez Noukette, Mo)

 

Le retour de la bondrée
Aimée de Jongh
Dargaud