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« Je n’ai pas remis les pieds dans le village de mon enfance depuis l’âge de 8 ans. Certains seraient sans doute émus, mais, moi je ne ressens rien. Rien de positif en tout cas, car s’il est question de sentiments en général, la colère n’est jamais loin chez moi.
Je ne suis pas née comme ça, faut pas croire. Non. Cette colère, on me l’a patiemment inculquée, savamment inoculée, lentement distillée. Je suis en colère contre le monde, contre les hommes contre moi-même » 

C’est l’histoire d’Eglantine Larticho, 28 ans, jeune parisienne remplit d’une colère qu’elle refoule depuis l’enfance. Graphiste free-lance, elle travaille pour Edouard qui la prend aussi bien pour sa salariée que pour Marie-couche-toi là.
Et en ce jour là, Eglantine en a ras le pompon que son boss se prenne pour son mec ou plutôt l’inverse. Bref elle en a marre qu’il change de d’avis sur la maquette fournie à un client, comme il change de chemise pour séduire les donzelles éplorées. Ras la casquette.
Elle s’apprête à lui dire au téléphone ses 4 vérités lorsqu’un notaire lui annonce le décès de son père et par conséquence la part d’héritage qui lui revient. Le seul truc, c’est que ce père, elle n’en a rien à faire. Il les a virées elle et sa mère durant son enfance et depuis elle n’a jamais remis les pieds dans ce petit village paumé au fin fond de la Bretagne : Klervi.

« … je suis en colère contre ce père qui, 20 ans après m’avoir rayée de sa vie, m’oblige à venir au fin fond de la Bretagne pour une signature. Difficile d’exprimer à quel point je m’en fous éperdument de son héritage. Et en plus il pleut !! »

Mais rien ne se passe comme prévu. Rien. A commencer par le notaire qui n’est autre que le descendant direct de Gustave Doré, son très arrière grand père. Alors quand vous avez en face de vous le chat botté coiffé à la « d’Artagnan », vous vous dites que vous commencez à tomber amoureuse des personnages de ce village désert.
C’est que Maitre Doré sait y faire pour raconter l’histoire de Kervi.  Un vrai orateur qui lui annonce qu’elle hérite d’un local de 205 m2 correspondant à feu la boulangerie paternelle. Que faire de cela quand on n’est pas boulangère pour deux miches et que l’on possède juste de vague notion de pâtisseries, desserts maison ?

« Un plaisir délicieux m’avait envahie, isolé sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférente, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour en me remplissant d’une excuse précieuse. Ou plutôt cette essence n’était pas moi : elle était moi ». Bref devant la boutique de mes parents, j’étais comme Marcel Proust retrouvant sa madeleine. Pas moins… » 

C’était sans compter la vieille tante Marronde (ronde comme un monde), grincheuse, muette, caractérielle qui l’attendait de pieds fermes et l’ancien amoureux transi datant de l’école primaire, toujours aussi ravi de la retrouver.

 

Je ne vous en dirai pas plus tellement j’ai succombé aux charmes de cette bande dessinée. Un vrai délice de boulangerie, une vraie farandole de pâtisserie, un bonheur de lecture.
Une vraie gourmandise. Un moelleux irrésistible. Un Paris-Brest juste ce qu’il faut pour ne pas être trop crémeux. Une madeleine à l’onctuosité parfaite. Une tuile aux amandes délicieusement bien dorée. Un vrai bijou. Une histoire où l’amour se cuit comme du bon pain, où une boulangerie devient une jolie tanière aux délices, où la pluie fait des ricochets sur les parapluies et les chats ronronnent de plaisirs. Un vrai bonheur oui.
Un scénario mené avec gourmandise par Loïc Clément et un graphisme tout en douceur et espièglerie par Anne Mortel. Des bandes dessinées comme ça, je veux bien en gouter tous les jours. Irrésistible !

(En bonus, des recettes gratinées à la sauce bretonne et citronnées qui me font dire que Lucie et ses facéties devrait adorer !)

  

Les jours sucrés
Loïc Clément et Anne Mortel

Dargaud

 

 

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