Nee%20de%20la%20pluie%20et%20de%20la%20terre

« Dans la vie d’un Innu
Il y a deux chemins se défilant devant lui. 

Le premier est tracé
Par des pas d’hommes qui ont passé avant lui,
Ce chemin est lourd car il est profond et en peines et en joies aussi.
Il prendra ce chemin pour évoluer dans l’environnement où il vit. 

L’autre chemin est invisible.
Il est tracé par la lumière de la vie.
Il peut y accéder par la force de son Mishapeu,
Ces deux chemins sont reliés quelques part dans le monde où nous vivons
Et dans le monde des esprits où nous voyageons par nos rêves. 

Quand les deux chemins se rejoindront, à ce moment-là
L’Innu se retrouva lui-même. »

Je ne sais pas comment je vais pouvoir vous parler, vous décrire les pures émotions que je viens d’avoir à la lecture de ce recueil de poésies Innues. Rita Mestokosho est une grande poétesse, une magnifique conteuse chamanique qui nous relie à l’élément même, l’essence de la Terre, le sol de nos ancêtres. Chez elle, aucun mot de superflu. Tout est là. La beauté, la respiration, l’air, l’eau, les hommes et femmes qui entourent de leur bras, la nature. Rien ne semble immuable et pourtant, on ressent la transpiration de nos colères, la perturbation de nos âmes pétries de suprématies supérieures, la perte des repères, le besoin de retrouver nos ancêtres, ceux qui ont gravi de leurs peines et leurs joies les montagnes du sacré, traversé les cours d’eau, les lacs de la vie.

Comme le décrit, écrit Le Clezio en préface, la poésie de Rita Mestokosho « s’adresse à nous tous ». Issue du peuple Innue, elle compose ses textes en cette langue amérindienne faite d’eau, d’air, de forêt, de faune et de flore, d’éléments reliés à la terre même.
La nature n’est pas un décor de cartes postales pour touristes en mal d’oxygène, elle est réalité, vraie. Pays âpre, rugueux, froids et persécuté par les hommes, Rita décrit une contrée sauvage, chaleureuse, amoureuse de ces hommes et femmes, de ces terres où chaque pas est une incantation à la vie, à l’amour de la vie et de l’autre.

 

« Née de la pluie et de la terre » nous invite à nous recentrer sur nos valeurs, celles que nos pas foulent dans la verte prairie où naissent nos enfants. La puissance féminine nous donne la beauté d’oublier le passé sans pour autant omettre d’en faire notre foi. Rita Mestokosho nous parle du présent et nous montre un chemin, futur de nos vies, relié à ce que nous sommes, ce qui nous fait. C’est puissamment bon, magnifique, solaire, évocateur.
Elle nous parle de la difficile rédemption de concilier le passé et le futur, de continuer à relier nos pères-mères-grands pères-grands-mères à nos nous et nos enfants. Elle nous amène à nous poser la question de survie, de croyances en d’autres rites, rythmes. La lire est frissonner de désir de vie, de célébrer invariablement la beauté de cette terre, de croire en chaque parcelle d’oxygène qui nous ramène à la simplicité même de ce qui nous entoure. 

« Née de la pluie et de la terre » est une incantation, une méditation, des mantras qui ne sont que purs joyaux, beauté d’un monde essentiel, un monde qui nous paraît si loin mais qu’il ne tient qu’à nous d’en faire  le notre, de nous relier à nos éléments mères-pères, de nous retrouver loin de toutes agitations frénétiques et de revenir à la source de notre existence.

 

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L’ouvrage est agrémenté de photographies de Patricia Lefebvre qui sont comme une intense réflexion imagée de ce peuple Innu. Elles sont de pures beauté, des visages vrais, sans fioritures ni retouches dont nous sommes tant friands. Elles sont natures, respirations, beautés célestes et simples. Elles sont vraies, réalités comme les mots, la poésie Innue de Rita Mestokosho.

Il ne tient qu’à nous d’aimer, de faire de cet amour, notre chemin de vie, d’oublier haines et victoires acquises sur l’autre. Il n’en tient qu’à nous de faire de la joie, de l’écoute, de nos rires et pleurs, nos partages, nos écrins de ce que nous sommes réellement : des humains issus de la Terre, planète bleue et verte.
Un ouvrage a posséder en soi, avec soi, à transporter dans nos corps ambulants, nos sacs faits de tissus de misère mais qui transportent toute la beauté de notre monde. Un ouvrage tout simplement beau, vibrant d’amour, de croyance simple et nécessaire, de nature au-delà du mot même. Un ouvrage comme un pont entre nous et la Terre. "Née de la pluie et de la terre ", poésie nomade, poésie du vent et de l'air, de la pluie et de la terre.  

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« Cultive l’amour

Cultive l’amour et non la haine
La haine est comme une épine malsaine
Qui transperce ton besoin d’aimer
Et fausse ton besoin d’être aimé.

 Lorsque la haine piétine ton esprit
Avec les rythmes de ton cœur meurtri
N’oublies pas que la haine est ton ennemie
N’oublie pas que l’amour est ton ami. 

L’amour attend à la porte de ton cœur
Tandis que la haine s’infiltre avec rancœur
Laisse seulement une petite ouverture
Tu verras que l’amour sème et dure. » 

 Et relire le très bel ouvrage de Joséphine Bacon, Un thé dans la Toundra

 

Née de la pluie et de la Terre
Rita Mestokosho

Editions Bruno Doucey

 

Rita Mestokosho lit un extrait de "Née de la pluie et de la terre"