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« Pipi, les dents et au lit.
Le bruit de la chasse d’eau
Et de leurs pas
Qui courent dans l’escalier
Un câlin qui serre fort
Et douze petits bisous dans le cou
Y’a école demain ? » 

Ce livre, je le dévorais des yeux depuis un bout de temps. Je tournais autour. Une envie de le toucher, de le lire. Une couverture superbe. Un format mystérieux. Du vert à l’intérieur. Et surtout un titre qui me titillait, à la limite du réducteur, du régressif à souhait. Etait-ce un livre pour enfant, une ode à ce que nous avions été, ce que nous sommes ? Et puis une maison d’édition d’extrême qualité littéraire poétique. Mystère enchanteur. 
« Pipi, les dents et au lit ». On pourrait croire à une histoire que l’on raconte le soir à son enfant, celle qui va l’aider à s’endormir. Et là est la belle surprise !Là est le truc qui fait que lorsque j’ai entre-ouvert ce livret, je me suis ruée dessus et je n’ai pas arrêté ma lecture.

« Pipi, les dents et au lit » est un petit bijou de douceur, de lumière, de tendresse, de colère, de fatigue quotidienne, d’amour, de vie, surtout. De vie tout court. C’est toi, moi, nous, vous, eux.  

C’est la beauté d’être femme, l’envie qui nous plonge d’être mère, la misère qui se lit sur nos visages les jours de fatigue, le besoin d’amour, l’amour tout court que l’on éprouve dans les bras de son homme, son compagnon de chemin tortueux. C’est le quotidien lorsque notre fille sourit à nos larmes, pleurs à nos sourires. Lorsque notre fils se carapate le soir dans les escaliers à la recherche de bras affectueux pour faire  un câlin.   

«  Un dernier petit tour
Avant d’aller se coucher
Leurs bouches ouvertes
Le désordre de leurs lits
Un pied qui dépasse
Des mèches sur l’oreiller
Une loupe dans sa main
Et une girafe à son chevet
Je ne touche à rien
Et chaque chose me touche. »

 

 

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Ce sont les petites misères et les grands bonheurs, les petits riens et les immenses instants.
C’est bon, chaud, doux comme une caresse les jours de bourdon, les jours où la pluie ruisselle sur les carreaux, quand la fatigue surgit et qu’on ne trouve pas comment arrêter les larmes, le cerveau. C’est sublime de tendresse, de poésie burlesque, drôle, sincère. 

« Je pense aux absents
Quelques morts
Mais surtout
A beaucoup d’absents vivants
Qui me manquent » 

Comme un tableau, une composition, Laetitia Cuvelier a dressé un portrait poétique de nos humeurs de mère, de femme, les doutes, les peurs, les joies, les chagrins, les envies, les besoins, les ras le bol, la moitié accompagnante, les enfants qui envahissent mais que pour rien a monde on n’échangerait contre une boite de Playmobil, de Légo ou un robot nec plus ultra, les bonheurs.
Ce sont aussi les absences longues, terribles, le manque d’amour, la solitude, l’ingratitude, la violence de la fragilité soudaine lorsqu’elle s’abat, la sensibilité qui l’accompagne sans crier gare, les émotions incontrôlables. 

On sent la neige qui tombe derrière les fenêtres, le silence gagner, la nuit se poser, les lectures qui se font à la lueur d’une lampe de chevet. Les yeux grands ouverts au son de notre voix, ils s’endorment. La main amoureuse caresse nos cheveux, le cou, les bras qui se referment sur nous pour nous aimer davantage les jours de fatigue Et au matin, les sourires des enfants viennent nous chercher et nous dire « je t’aime maman ». La vie à profusion, celle qui nous fait tenir sans rien dire en illuminant notre quotidien. 

C’est tout simplement beau. Universel. Emouvant. Ecrit avec grâce. Touchant. Fragile. C’est beau oui.

 

«  Tu m’as montré l’étoile du berger
Ta préférée
J’ai fermé les volets
Tu m’as dit
C’était bien la vie aujourd’hui
Et j’ai embrassé tes paupières
Et tes cils. » 

 

Pipi, les dents et au lit
Laetitia Cuvelier

Cheyne Editeur

 

Amélie les crayons - "Ta p'tite flamme"