jetenousaime

« il
 lui a dit je t’aime avec tellement de conviction, elle, dans un premier temps, en a oublié de partir en courant. »
« elle
d
onc, n’en a pas fini avec ses ils, comme un millier de deuils à faire en même temps, et pour quelques-uns, les dents serrés, elle résiste. » 

Comment vous parler des œuvres poétiques d’Albane Gellé. Un mot : sublime. Poésie rare, silencieuse et vivante. Furieusement vivante. Tendrement vrai.  

Loin des  grands clichés, Albane écrit dans « je te nous aime » une vie ordinaire pétrie de mots ordinaires qui alignés les uns après les autres font la beauté de la vie.
Il n’y a rien de spirituel ou de libérateur, rien d’évocateur ; juste la souffrance d‘une rencontre amoureuse de deux êtres perdus, l’un par la mort, l’autre par la vie, l’attente, le désir, la solitude des corps, de l’âme, l’appel, la jalousie, la sensualité, la mémoire des autres corps, le souffle, le peu, le grand, le rien, le néant, le majestueux, le besoin, le il, le elle, le nous. L’apprivoisement.

« il
 a planté ses yeux dans les siens même pas bleus. Souriante, elle n’a rien dit, quand sur le sable leurs quatre mains ont tout recommencé. »

 Albane Gellé ne nous laisse pas le choix, on s’immerge avec elle dans le quotidien d’une relation qui se bâtit, de la rencontre au couple, ce nous, des phases de rendez-vous, les doutes de lui, les certitudes d’elle, les peurs, les volontés, les envies, les besoins. La mise en place du couple.
Comme un tissu posé sur une lampe, on entre dans cette histoire sur la pointe des pieds, doucement, lumière tamisée. On écoute, regarde, voit. Peu de mots, tout en silence et sujétions. Et c’est cela qui est beau. On épluche le texte comme on se déshabille, on tombe la robe, on ose se mettre à nue.

« elle
a commencé par enlever le couvercle et puis tout doucement elle est sortie de son bocal. »

Albane nous happe, nous berce, nous allonge dans ce recueil à la page blanche et aux textes ne dépassant la dizaine de lignes au sommet de chaque feuillet. Tout est dans le souffle du silence, où la traversée de ces quelques mots suggère notre imagination. Vif comme l’air, allégé, grattant comme une cicatrice qui se réveille, épuration des mots. La suspension du temps qui rend ce texte si vivant. Un jeu d’équilibre et de tension vertigineux, sensible, fragile, fort. Des poèmes comme du cristal qui pourrait se fissurer à tous vents mais qui demeurent si dur qu’il ne peut se casser.

« il
a fait un bruit de verre en elle, et elle est partie. »
« elle
maintenant, en fait quoi au juste, de sa solitude. Elle hurlait à la fenêtre que sa vie en dépendait, quelle vie ? »

Albane Gellé nous procure le vertige, la douceur, l’envie folle de tourner, lire et relire ce « je te nous aime ». On y revient, le retourne, relit les premières pages, cette envolée de mots qui nous pousse vers le haut. On trouve ça beau, magnifique, fort. Si fort que l’on ne sait que dire, quoi raconter devant un tel bijou. Tellement beau que je rêve de me constituer une collection complète des textes de cette grande Dame. Superbe et sans voix. Sublime. (Pour celles et ceux qui ont aimé le récit poétique de Loïc Demey "Je, d'un accident d'amour", ruez vous sur "Je tu nous aime", d'Albane Gellé)

 « elle
enfin accepte, que sa révolte ne soit plus seule à décider. »

 

Je Te Nous aime
Albane Gellé

Cheyne Editeur