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Chère Kriss,

 

Cela fait longtemps que je ne t’ai pas écrit, lu. Cela fait longtemps que ton livre est près de moi avec cette impossibilité de l’ouvrir, ce manque de tes mots déjà venant se graver dès que tu m’as fait parvenir le tome 3 de tes voyageurs des miroirs, « Les enfants des géants ». Tu m’avais prévenue dès le début : il marquerait la fin de ta trilogie. Et de cela, j’en étais chagrinée d’avance.  

Comment allais-je pouvoir te lire, te découvrir de nouveau alors qu’Andy, ce preux chevalier héroïque, Rose, cette jeune fille perspicace ivre de liberté, Droopy, ce matou pas félin, mais vrai chafouin, rempli de noblesse de cœur et Ochrotomys (mon amoureux), noble prince au sang de fée partiraient à la fin de ma lecture, que le mot fin serait ancré ?
Tu me provoquais déjà en moi un manque terrible. Celui de ne plus te retrouver, de ne plus lire tes mots, ta douceur, ta volonté, tes insoumissions à un monde de privations de liberté et de fraternité, ton humaniste, ta foi en l’homme. Toujours et encore. 

Kriss… J’ai mis plus d’un an et demi à te lire. Oui. Je l’avoue. Tu es restée à mes côtés sans que je puisse ouvrir ce tome. Un an et demi.
Je t’ai emmenée pourtant dans de multiples balades : tu t’es glissée dans mes bagages en Bretagne, ta terre de prédilection. Tu m’as accompagnée sur des chemins de halage ligérien, une terre connue. Tu as grimpé plus d’une colline, montagne et traversé de multiples miroirs en trains. Mais je n’arrivais pas. Je ne pouvais pas.  

Et puis j’ai ouvert, par un beau jour de printemps, ton livre.  

Pour cela seul un rossignol pouvait m’accompagner. Nymou, le rossignol livresque, une amitié qui est née grâce à toi Kriss. Une amitié reliant deux continents qui se sont déclarés, à coups de religions, de croyances, de fanatismes et de frontières fermées, une guerre politique. Une amitié au-delà de la volonté de ceux qui désirent briser les idées, les volontés, les envies de libertés et d’amour en la vie et l’être humain (et des chats aussi). Une vraie et belle amitié née grâce à toi Kriss. Oui. Grâce à toi.
Et cette lecture ne pouvait se faire qu’ensemble, chacune de part et d’autre de la Méditerranée, éloignée géographiquement mais si proche en pensées.
C'est grâce à toi tout cela. Et oui… tu es une fée, il faut bien le reconnaitre (dans ton dos il n’y aurait pas des ailes cachées par hasard ?).

Alors oui, Nymou et moi avons ouvert ton livre ensemble, avons lu les mêmes chapitres,  bu tes  mots. Nous t’avons reconnue tout de suite. Ta douceur, ta bonté étaient là et c’était bon de te lire de nouveau. Bon et chaud.

Mais il faut le dire… « Les enfants des géants » est le plus sombre de ta trilogie. Le plus poignant aussi. Ce monde féérique (et tu le sais que ces lectures qualifiées de fantastique » ne sont pas mes livres de chevet) est diablement troublant, dur, inquisiteur. Tu nous renvoies à nos époques les plus sombres, troublantes, à l’esclavage, aux camps de travaux forcés et à la place des enfants dans un monde qui se charge de leur éducation mentale et professionnelle. Mais là je vais trop vite dans ma narration.

"Les voyageurs des miroirs" est d’abord une histoire qui nous fait passer de monde en monde, à la découverte de nouveaux passages humanistes, aux frontières de monde étranges et incroyables,  d’autres « terres ».
Je t’ai souvent comparée à Barjavel et à sa nuit des temps, mais aussi à Hugo pour ses Contemplations ou son refus de se conformer à un monde d’interdiction et de privation. Il y a aussi maintenant je peux aussi l’affirmer du Dickens chez toi, du Orwell et sa vision du monde.
Tu es diablement douée, une fée des écritoires et des plumes voyageuses. Tu nous envoutes dans des passages de miroirs qui sont à chaque fois le début d’une aventure humaine incroyable. Tu es douée Kriss, n’en doute jamais. Tu as des capacités littéraires et d’écritures qui sont là, bien là. Encrée, ancrée dans, sur ta feuille, ta main, en toi.  

Mais tu vas me dire que je ne parle pas de tes enfants des géants… ! (je te vois venir avec ta potion remplie de soupe aux mille délices, aux repas qui m’ont fait pourlécher les babines) 

Je les ai aimés comme ceux qui traversent les pires aventures de leurs vies. Je les ai aimés comme on découvre ce que l’on refuse de croire, de voir. Je les ai aimés pour leur rage de connaitre autres choses que les destins que l’on souhaite briser à coup de liens, de territoires annexés, de camps, de passages de frontières entre la vie et la mort. Je les ai aimés pour leur sagesse, leur folie de rire, de vivre, leur beauté de cœur et d’âme, leur sourire, leur sincérité d’enfants et d’adulte à venir, leur soif de connaitre, leur envie de bouleverser les codes établis et d’émerveillement. Je les aimés pour leur repas gargantuesquement bon, leur ivresse passagère, leurs dialogues croustillants et savoureux.

Je les ai aimés pour tout ce que j’ai reconnu en toi : l’espièglerie, l’humour, la connivence, l’amitié, l’amour, la bonté, la générosité, l’absolu foi en l'être humain, la liberté… et Manu Tchao (je rajoute pour ma part la complainte du partisan reprise par Emily Loizeau qui s’est incrustée dans ma lecture) 

Voilà Kriss. Je n’en dirai pas plus. Ta trilogie se termine sur ce dernier roman. Tu m’as de nouveau laissée orpheline. Je n’ai plus qu’à me faire une recette féerique et tenter de me trouver un miroir pour te retrouver dans tes prochaines aventures.

Tu me laisses entendre dire que tu écris actuellement un roman policier. Mais où vas-tu m’amener cette fois ci ? Tu es véritablement incroyable. Tu nous passes d’un monde d’enfance, un monde fantastique, à un monde d’adulte fait d’enquêtes, de crimes (je suppose) et de mystères… Aucun doute n'est permis… tu es une sacrée écrit-veine, les mots toujours à fleurs de peau, de feuilles. Tu vas encore une fois (et je le parie) réussir à m’emmener dans des lectures qui, à l’origine, ne sont pas mes cup of tea. But not is impossible comme dirait Elliot Stiff. Isn't it !

Kriss save the Queen ! (et Ochrotomys) 

 

Je t’embrasse et à très vite dans tes prochains romans. A très vite.

 

A retrouver : Les voyageurs des miroirs (tome 1), Les chats d’Argent (tome 2) et un extrait du Les enfants des géants (tome 3)

(ps : si jamais une maison d’édition lit ce billet et aurai l’idée gigantesquement bonne de vouloir réimprimer les Voyageurs des Miroirs, je lui sauterai au cou immédiatement, foi de carré jaune)

(Petit aparté : durant cette lecture une petite étoile a vu le jour, une enfant des miroirs  remplie de sourires et de regards neufs sur la vie. Juste un vrai bonheur de vie, un petit plus, cette petite vie qui réchauffe les cœurs et permet de croire en l’humain. Un lien. Bienvenue au monde Anya. Pour cela merci. Cezill Andy, Rose et Droopy. Cezill Kriss. Tumoll Anya)

 

 

Les enfants des géants
Les voyageurs des miroirs
Kriss FGardaz
Les Editions du Préau

 

 

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