9782354190873_cg« Je suis partout et tu ne peux rien faire contre ça.
Je suis là, dans chaque nervure de ce tronc, dans chaque goutte de pluie.
Je suis ces lignes, ces nervures, ces gouttes, ces feuilles.
Je suis la terre que tu piétines.
Les nuages au-dessus de ta tête.
Je suis ce que tu avales, ce que tu respires, ce que tu dis, ce que tu penses.
Alors, au moins : regarde-moi » 

La belle absente. Qui est-elle ? Que veut-elle ? Un homme. Une femme. Une histoire d’amour.  

Un homme. Une femme qui n’est plus là mais qui cependant n’a jamais été aussi présente que pendant cette absence.
 Pourquoi tant de souffrances ? Pourquoi ce mal de vivre qui s’agrippe à lui, comme ce double qui lui colle à la peau le marque à vif, lui égratigne l’épiderme à en devenir rouge sang.
Que lui veut-elle ?
Cette sensation de  toujours là, sa présente comme un fil qui le relie à elle à tout jamais, une ombre rouge qui le persécute. Et pourtant il ne la voit pas, plus. Il la devine à peine. Elle est dans sa tête, dans ses mouvements. 
 Il étouffe, se noie, se perd dans un labyrinthe de vie, de rues, un dédale qui n’en finit pas, passe ses journées enfermé dans sa chambre,  les murs reflétant ses cauchemars.

A petit feu, il se crame, se tue.
Il pourrait presque la voir, il croit la voir. D’ailleurs elle lui murmure comme un leitmotiv « regarde-moi », « regarde-toi ».
Il pensait l’avoir pourtant l’avoir oubliée, gommée, effacée de sa mémoire, de ses souvenirs mais non. Elle est toujours là, à marcher dans son ombre, à lui murmurer  son absence, à lui arracher des lambeaux de peaux comme on récure une vieille casserole cramée.

« Regarde-moi », « regarde-toi »

Il a beau fuir, échapper, s’échapper au monde, à elle, partir à l’autre bout, revenir vers ceux qui le voient, l’aiment… Rien à faire. Elle est toujours là… Absente et pourtant si présente. Elle ne bouge pas, enserre ses entrailles, l’empêche de mener une vie qui pourrait sembler normale. Une si belle absente. 

Jusqu’au jour où il va rencontrer une autre femme... Mais une histoire d’amour peut-elle faire disparaitre les fantômes, les voix des absents, cette si belle absente ?   

 

Sans titre

 

Schizophrénie, folie, amour fou, dépression post traumatique, angoisse, douleurs, souffrance, dédoublement de personnalité. Tant de solitude, d’absence. Pourquoi ? L’amour toujours, l’amour encore. L’angoisse qui devient le double, l’angoisse comme un personnage, l’amour qui rend fou. L’amour à mort.  

Attention coup de cœur absolu pour ce roman graphique tout en noirceur, en questionnement, en sentiment de culpabilité et à l’émotion absolue.  

Une histoire tout en crescendo, une pression qui monte qui n’en finit pas de nous questionner même si on devine très vite que cette si belle absente est un fantôme d’une vie passée. Chaque mot devient une angoisse, un thriller d’une histoire d’amour qui a mal finie. Emma, Emma, Emma… Un prénom tatoué à vif sur les écorchures, les cicatrices d’une peau à sang.  

Une superbe narration menée tambour battant par un duo de choc composé de Séverine Vidal et Constance Joly. Un tandem pour un roman graphique qui ne nous laisse pas souffler. Tout au long de notre lecture on se demande qui est cette ombre rouge qui semble suivre, marcher dans les pas, coller à notre homme, le torture. Comme un fil d’Ariane. Une intrigue qui grimpe, devient palpable. Une écriture tout en beauté, en poésie. Chaque mot est pesé, long. Tout se met en forme pour amener notre lecture à comprendre, faire le cheminement de cette absence. Comme une enquête, on se demande au début qui est cette femme qui hante l’esprit de cet homme, qui est cette ombre rouge. Et puis vient les doutes, l’angoisse qui nous saisit. Le  puzzle fonctionne. On regroupe et la pression monte. On se détache de la narration pour se laisser saisir par la beauté de ce que l’on lit. On avance, on boit chaque mot, chaque case, chaque couleur. On rentre dans cette folie dépressive par le scénario et le graphisme fort de Barroux que j’avais déjà rencontré par l’intermédiaire de Mélanie Richoz avec qui il a composé Le Point du I (il faudra que je vous en parle de ce point, une poésie fort belle sur les femmes, les hommes, le sexe, l’amour, la beauté des choses simples…). Et le retrouver dans ses pages…  Retrouver sa force, sa puissance, sa poésie… Coup de cœur.

Un dessin qui symbolise, approfondie l’histoire, nous rend fou par son graphisme dédoublé, ce rouge sang symbolisant une vie, un quelque chose de vampirisant, ce noir absolu, dépressive, ce gris qui oscille entre le clair et le foncé, la dérive, le vertige. On se met à fixer les plafonds, à tendre notre visage à un semblant de vide, à entendre notre cœur tambouriner fortement, l’aorte devenant membrane résonante pour aboutir à une fin saisissante, angoisse absolue.  

Bref « La belle absente » est vraiment un roman graphique à découvrir et à aimer. J’ai rarement lu quelque chose d’aussi puissant aussi bien par la narration que par le dessin. Très très fort, puissant, noir et magnifiquement beau. Un coup de cœur absolu pour cette « Belle absente » (en référence à George Perec et  son homme qui dort) 

 

La belle absente
Séverine Vidal, Constance Joly, Barroux

Les Enfants Rouges

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