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« Mariko Sakamoto était son nom. Moi, je l’appelai Obaasan. Cela veut dire grand-mère en japonais.
Obaasan était mon amie.
Je l’avais rencontrée lorsque nous avions emménagé près de la rivière Kamo. Elle habitait une machiya tout à côté de notre maison. Dès que je le pouvais, j’allais lui rendre visite.

A l’époque, Obaasan avait soixante-dix ans et moi, tout juste huit ! »

 

Certains livres sont de belles rencontres, des instants uniques, des émotions qui se mélangent et rendent la lecture belle, douce, lumineuse. Certains livres sont vecteurs d’échange, de partage, de résonnance en soi et en l’autre. Certains livres sont ces choses précieuses que l’on nomme ami. L’ami d’un instant, l’ami d’un moment, l’ami de toujours.
Et puis il y a des livres qui relient, lient, sont des liens qui unissent celui qui l’offre à celui qui reçoit, celui qui écrit à celui qui lit, celui qui donne à celui qui prend. Et ce fil qui devient lien, rend le geste d’une beauté généreuse et simple, d’une tendresse aussi précieuse qu’une danse de lucioles, qu’une poupée de chiffon confectionnait avec délicatesse, ou une cigogne origami pliée avec bonté.

« Les petits sentiers d’Obaasan » de Delphine Roux et Pascale Monteki sont ce petit supplément de bonheur que l’on offre dans la simplicité des gestes et de bonté.

Tout commence avec une chanson traditionnelle japonaise qui annonce le printemps. Les cerisiers sont en fleurs, le parfum du soleil et de la floraison réveille les sens et la beauté de cet instant. Sur les collines, les pétales blancs recouvrent le sol. Est-ce le brouillard ou les nuages qui ondulent l’air, rend cette matinée douce et inspirante ?

« Sakura Saukura noyama mo sato mo mi-watasu kagiri ».

Yuki, jeune demoiselle de 8 ans, nous raconte l’histoire d’Obaasan, grand-mère à la robe de lin bleu indigo ou à la salopette grise à motifs étoilés et aux doigts délicats. Chez elle, le simple point de couture devenait grain de riz et les chiffons, poupées ou carpes colorées, tout etait douceur, chaleur, générosité, modestie.
Son monde était grand comme un mouchoir de poche mais dedans recélait toute la richesse et la bonté du monde : le charme des détails, les choses simples de la vie qui sont aussi précieuses qu’une danse de lucioles, la gourmandise d’un déjeuner partagé, la délicatesse du partage d’une simple plante de son potager.

« Obaasan disait souvent qu’on recevait à donner. »

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Cette grand-mère avait peu voyagée. Elle n’en avait pas besoin, se contentant de son univers, de son carnet de voyage au gout de lavande, de crêpes au sucre, de souvenirs qui faisaient tant rêver. La cigogne porte bonheur était sa façon à elle de partir à l’autre bout du monde,  de souhaiter bonheur et longévité, de vivre pleinement le présent.
Obaasan n’était ni mère, ni grand-mère mais à sa façon elle était l’aïeule générationnelle, la tendre personne vers laquelle on aime se tourner. Elle était la lumière, la douceur des choses simples, précieuses que la vie nous offre, donne.

Ce petit livre jeunesse est tout en délicatesse, générosité, tendresse. Ecrit par Delphine Roux (que j’avais connu par le sublime [Kokoro], lors de la première édition des 68 premières fois), « Les petits sentiers d’Obaasan » est une pure merveille.
Le livre dégage une douceur infinie, ce petit truc en plus des instants partagés, des moments rares et d’une beauté simple. On y sent l’amour, la transmission des valeurs saines et importantes, des sentiments, de l’humilité et l’émotion.
On reconnait la griffe, l’écriture de Delphine Roux, ses phrases courtes, poétiques, l’art d’inventer un monde de partage, de liens, de relier les êtres et les générations entre elles,  le soin apporté, la précision, l’art des haïkus à la française.
En tendant notre regard, on pourrait presque pénétrer dans la poésie de Sôseki, Yoko Ogawa, l’incarnation de la nature mère, de l’instant présent et la force de la bienveillance, de l’amour envers autrui.

Les illustrations sont signées Pascale Moteki qui a tracé de son humour et sa patte, les livres de Madame Mo (si vous tombez dessus, précipitez-vous, saveur, gourmandise, générosité et rires à foison. Succulent).
On retrouve son univers avec cependant une pointe accentuée sur les couleurs pastelles, les contours adoucis créant une atmosphère onirique, nostalgique, douce et poétique. Sa force est de faire de ce personnage qui pourrait sembler candide, un tantinet vieux, une grand-mère rieuse, gaie, simple, moderne. Une Obaasa comme on aimerait retrouver, avoir de nouveau près de soi, celle qui transmet l’amour, la générosité, la bonté et beauté des choses simples, sans valeur sauf celle de le vie et de ses instants partagés.

Un beau cadeau que ces « Petits sentiers d’Obaasan » de Dephine Roux et Pascale Moteki. Un beau cadeau-partage qui relie, crée des liens, fait des rencontres qui correspondent à ce que fait la lecture et ce qu’en font les lecteurs : un moment de bonheur.

 

« Va où va ta joie, ma Yuki et n’oublies pas les petits sentiers… »

 

 

Les petits sentiers d’Obaasan
Dephine Roux – Pascale Moteki
Editions Philippe Picquier

Japanese Folk Song #9: Cherry Blossoms (さくらさくら/Sakura Sakura)