Dans les allées du jardin des plantes, j’enfile mon costume et mon regard, mon appareil photo. Je laisse aller mes émotions,  mes yeux s’emparer de mes pas, mes mains se perdre dans la nature, le vol des feuilles, le chant de l’alouette, les ailes de la libellule. Je m’assois, je navigue entre herbes et eaux. J’attache, je lie, relie ma respiration à ce que mon œil voit. Je retiens mon souffle de peur que  s’envole l’air.  

Dans les allées du jardin des plantes, je rencontre Claude, souvent. Je me reconnais en lui. Il me parle, je l’écoute. J’entends sa souffrance, je comprends sa solitude. Deux rescapés non pas d’un attentat, d’une prise d’otages mais d’un meurtre que l’on aurait commis à petit feu, un kidnapping de nos corps et âmes. Sans parole, dans le silence, lui et moi, jeu de miroirs. 

Dans les allées du jardin des plantes, on reprend pieds. On s’appuie sur des béquilles, des bâtons de pèlerins. On reprend goût à l’existence, se connaitre, se reconnaitre, accepter, s’accepter. On marche. Lui compte les pas, les clics, moi je conte le vent, la feuille, l’air, l’eau, les éléments essentiels. L’appareil en bandoulière. L’image dans la rétine. Se prendre au jeu de l’émotion, fragile fil de vie salutaire. 

Dans les allées du jardin des plantes, on voit, revoit, ravie de savoir qu’ils sont là ceux qui nous voit. On perd ceux qui s’absentent, fuient. On les cherche.
Et puis il y a ceux, celles qui ont tout vu, tout compris. Il y a celle qui a jeté son regard dans le notre, nous a fait cracher les mots douloureux, mis à nu notre souffrance sans la moindre violence, tout en douceur et tendresse, ce difficile instant des mots. Terreur de se dénuder, de dévider la pelote d’émotions et de fragilités, les maux trop longtemps confinés, emmurés.

 

Goutte-à-goutte d’incertitudes. Piqure de rappel de notre gouffre.

 

Dans les allées du jardin des plantes, il y a la vie. Celle qui est essentielle, qui nous rappelle à chaque bourrasque de vent, que nous sommes nous, juste nous, des êtres humains, fragiles certes, mais vivants, libres. Marchant sur le fil, on réapprend l’équilibre, se passe au fur et à mesure des béquilles. Reste celle qui a jeté on regard dans le notre. Reste celle qui nous a redonné goût aux rêves, aux possibles, aux désirs.  

Dans les allées du jardin des plantes, il y a la douceur du regard, la vérité de ce que l’on voit, la beauté de ce que l’on ressent. Il y a l’air, l’eau, le feu, la terre. Il y a la vie. Et il y a celles et ceux qui vous ouvrent leurs bras, leur cœur et vous disent tout simplement « viens, je suis là. Il ne t’arrivera rien ». Il y a celles et ceux qui vous disent qu’ils vous aiment. Juste ce mot : aime. Aimer. Fort. Et vous vous appuyez dessus, renaissez, souriez.

 

Dans les allées du jardin des plantes, il y a les mots de Sophie Lemp qui cognent à votre cœur parce qu’ils sont vous, nous, moi. Ils sont beaux, tendres, généreux, forts et bâtisseurs de vie, d’espoir, d’envie. Dans les allées du jardin des plantes, il y a le regard de Nathalie Margrez, cette rencontre dentelle qui nous redonne foi en nos yeux, notre regard, en ces instants volés et polarisés dans un carnet. Dans les allées du jardin des plantes, il y a celle qui a tendu la main, croisé vos pas et votre regard. Il y a son sourire et ses yeux, verts, bleus, perliers.

 

Dans les allées du jardin des plantes, il y a vous, nous, moi et la vie qui cogne, qui afflue le sang, irrigue notre cœur. Les larmes coulent … Qu’importe, elles sont de joie, de vie, de rires qui inondent de soleil les allées du jardin des plantes.

 

Dans les allées du jardin des plantes
Sophie Lemp - Nathalie Magrez - Charlotte Milandri
L'été sera chaud
Le blog du petit carré jaune

 

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