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« Jean Claude Pirotte marche toujours dans le brouillard. Jean Claude Pirotte est né dans la brume, à Namur (1939), et les densités grises ont nourri son muscle cardiaque. Jean Claude Pirotte est un poète et, comme tous les poètes, il a eu mille vies. Il connaît le lait des petites aubes traversées comme un chien féral. C’est un fugitif, un avocat, un buveur, un peintre, un érudit, un vagabond. Souvent, j’écoute sa voix. Une pivoine froissée  me sourit. Aujourd’hui il fait gris. Et c’est comme un hommage des nuages. Je le sers dans mes bras vides. La cavale a repris. Ses livres ne sauvent pas le monde, ils écopent le radeau, ils tiennent tête au stupide horizon, ils demandent pardon sans rien dire, ils boivent la pluie, ils disent merde et merci. Jean Claude Pirotte sait qu’il est minuit depuis toujours. Il « jardine sa misère » et la partage avec la main, un mégot, une phrase de Chardone, un tableau de Morandi. Il est le passeur sombre. L’ami de tous les exilés du matin. Le fils du vin et du brouillard. Il m’a fait découvrir Dhôtel. Il me manque. »

 

Traverser les champs, ressentir la poussière se coller sur ses semelles, entendre le bruit du vent dans la complainte de la lande perdue, vibrer à la goutte d’eau qui s’éternise dans le gosier et vient étancher la soif. S’enivrer d’alcool brut, vomir ses tripes jusqu’à plus verres, ne voir que les fonds, les culs de bouteilles, pisser à l’air libre, se foutre du monde car le monde est monde et la vie est vie, croire aux pouvoirs chamaniques des fumées et vapeurs.
Partir, loin. Partir toujours. Partir, encore. Ne pas revenir. Ne plus revenir. Entendre la musique, la vraie, la pure, celle qui rythme les battements du cœur et qui célèbre la voute céleste. Dormir dehors, à la belle étoile.
Parcourir les déserts américains, canadiens, le sud aride et sec, entreprendre la traversée des terres glacées. Entendre le bruit des tropiques, l’appel de la forêt. Se baigner nu(e) dans les océans, se laisser sécher au gré des vents. Sauter de trains de marchandises en trains de voyageurs, d’autocars brinquebalants en navires en fond de cale.
Visiter les asiles comme on visite les musées, être une curiosité. Dormir dans des hôtels sous catégorie, des bordels miteux et infectés. Tendre la main, se faire insulter, traiter de moins que rien, multiplier les jobs de cueilleur de pommes, castreur de maïs, docker du bout du monde.

S’en foutre, vivre de rien, vivre beaucoup. Aimer à la folie, Follement. En tomber fou. Tomber fou amoureux de la vie qui s’étiole, s’effiloche, devient misère, sueur, ivresse.

Etre cloche, clochard, vagabond, hobo, bohémien, chemineau, pouilleux, va-nu-pieds, sans logis, trimard, clodo. Avoir une trogne, un visage mangé par la barbe, des yeux sculptés par la vie, l’air, les riens lumineux et les mains remplis de sucs et d’étoiles filantes.
Rencontrer les livres, la littérature, la musique. Sortir les mots qui sont sa moelle crânienne. Former les rimes,  les vers, les rêves, écrire des poèmes avec ses armes, ses larmes, son cœur, ses tripes. Encaisser la vie comme on encaisse les coups, mordre le sable et le bitume. Se sentir prisonnier auprès des hommes, esclaves du monde. Déchainer ses chaines et rimer, chanter, écrire encore et toujours. Faire de sa roulotte, sa caravane de joie et de vie, sa liberté, son insoumission, son droit d’honneur.  

Et lire, relire Thomas Vinau et ses 76 clochards célestes. Retrouver ceux qui ont rempli nos vies de rêves, d’espoirs, d’envie de grands airs, de musiques, de vers. Retrouver Jack London, Daniel Darc, Nicolas Bouvier, Bukowski, Blaise Cendars, kobayachi Issa, Jean Claude Pirotte, Stevenson, Walt Whitman, Billie Holliday, John Muir, Robert Walser, Richard Brautigan
Lire ces « 76 clochards célestes ou presque » et se sentir hobo, vagabonde des mots, bohémienne de la vie, voleuse d’air, ivre morte va-nu-pieds, chemineau des chemins, orpailleuse des rivières lumineuses remplies de vers, de mots, de chants. Lire les notes, les mots poétiques, drôles, les phrases de Thomas Vinau jusqu’à plus soif.
Prendre son sac et partir. Loin. Regarder, entendre, souffler, sourire, se sentir vivante. Faire corps avec son âme, son cœur, ses larmes, ses rires, sa voie. Se sentir des ailes aux pieds. 

Ressentir le sauvage, l’air farouche du sang qui coule dans les veines et entendre le bruit de ses pas cheminer sur l’herbe haute des routes désertes. Faire de l’air, le sel de sa vie, le poivre de ses jours. Etre clocharde oui mais céleste !

 

« Boire directement à la mamelle du monde le vrai jus de la vie. » Thomas Vinau.

 

76 clochards célestes ou presque
Thomas Vinau

Le castor Astral.

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