131849_couverture_Hres_0

 

« … Chaque année, des personnes portant les prénoms, Masako, Naoko, Mariko, Noriko, Fumiko et je ne sais quoi encore disparaissent sans laisser la moindre trace. Et puis que voulez-vous faire de simples présomptions ? L’indice est ténu. Vous le savez bien, ce pays nous donne du fil à retordre, et ce n’est pas près de s’arrêter. La CIA est persuadée que le régime n’en a plus que pour quelques mois, quelques années au plus. Je me garderai bien d’être aussi affirmatif. Ce pays a su dans le passé faire le dos rond et vivre longtemps en vase clos. Comme nous, n’est-ce pas ? »

 

Des années 60 au début des années 80, des dizaines et dizaines de personnes de tous milieux et niveaux sociaux, disparaissent au large des côtes japonaises et coréennes. Tels les fameux « évaporés », ces êtres qui, du jour au lendemain s’effacent de la circulation, des jeunes hommes et femmes se volatilisent, se dissolvent  dans les brumes d’un empire du soleil levant perdu aux confins d’une junte nord-coréenne.

Ainsi dès 1966, un GI en mission dans la zone démilitarisée entre La Corée du Nord et du Sud, s’évapore lors d’une patrouille. A la fin des années 70, une collégienne qui revenait de son cours de badminton, une jeune femme et sa mère qui voulaient manger une glace, un archéologue qui terminait tout juste sa thèse et s’apprêtait à la poster, sont kidnappés par des hommes et jetés au fond d’une cale d’un bateau en partance vers le large, vers la Corée du Nord.
Ils ne reverront, que pour certains, leurs terres natales que vingt ou trente ans plus tard lorsqu’un, journaliste mettra à jour une relation entre l’explosion en plein vol d’un avion de la Korean Air  et un prénom qui revient en boucle, un prénom finissant par « ko ». Qui est cette femme qui revient sans cesse dans la bouche de cette terroriste arrêtée ? Quelle est son action ? D’où vient-elle ? Quel est son pouvoir ? Et pourquoi n’arrive-ton pas à retrouver sa trace ?

« C’est une pièce de théâtre cruelle et tragique. Le monde qui commence au-delà des clôtures de ce pays n’a rien à voir avec ce que nous vivons. »

Ce roman n’est peut-être pas le meilleur d’Eric Faye qui, a écrit le site beau et puissant Nagasaki, pourtant il a l’art de savoir nous emmener vers une histoire que je n’aurais jamais cru si secrète.
Tel un roman d’espionnage, on entre de plain-pied dans une guerre souterraine entre la Corée du Nord, patrie du communisme obscure d’un empereur dictateur et du Japon, empire d’un Occident Orient source du mal. Entre les deux, des dizaines et dizaines d’hommes et de femmes de tous âges et conditions deviendront les enjeux d’une bataille économique, politique, sociétale dans un conflit impénétrable telles les frontières obscures de régimes totalitaires.

Un très beau roman qui commence comme un polar, décline des personnages fictionnels auxquels on s’attache, cherche à comprendre leurs rôles, le pourquoi et qui se termine dans la terreur d’un roman d’espionnage maitrisé et incroyable.
Lorsque l’homme n’est que monnaie d’échange de maigre qualité et où les puissances dictatoriales utilisent à but politicienne et d’endormissement des masses populaires, des êtres, les emprisonnent dans des demeures d’or et leurs inculquent à coups de peurs et de terreurs, les idées d’un pays à la grandeur d’âme obscure.
Froid, calculateur, effroyable et pourtant si juste. Une très grande page d’histoire sur un épisode méconnu et caché d’un Japon Occidentalisé et d’une Corée du Nord jouant sur la guerre des nerfs avec les pays Occidentaux, une manipulation d’hommes et de femmes à but politico-économico-dictatorial.

 

« Un Etat a ses raisons, qui n’ont rien à voir avec celles du tout-venant »
« Il ne faudrait jamais se demander pourquoi. Ici, d’ailleurs, c’est un mot que l’on n’entend jamais. »

 

Eclipses japonaises
Eric Faye
Seuil

__Takashi_Arai_1024x786