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« On dit qu'au delà des mers
Là-bas sous le ciel clair
Il existe une cité
Au séjour enchanté
Et sous les grands arbres noirs
Chaque soir
Vers elle s'en va tout mon espoir.
J'ai deux amours
Mon pays et Paris
Par eux toujours
Mon cœur est ravi
Ma savane est belle
Mais à quoi bon le nier
Ce qui m'ensorcelle
C'est Paris, Paris tout entier
Le voir un jour
C'est mon rêve joli
J'ai deux amours
Mon pays et Paris »

 

Joséphine Baker. Qui n’a pas entendu ce nom une fois dans sa vie, qui n’a pas fredonné ce « J’ai deux amours », «  la Petite Tonkinoise »… Qui n’a pas rêvé d’un Paris d’avant et d’après guerre Music Hall ? Qui n’a pas eu envie de descendre les escaliers des Folies Bergères ou se rappeler le charleston de cette grande dame aux jambes longues élastiques à la ceinture-bananes ?

 

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Née Freda Joséphine Mac Donald (du nom de sa mère) et surnommée dès son plus âge Tumpie (à cause de sa ressemblance avec Humpty Dumpty) en 1906, Joséphine Baker a connu dès ses premiers pas, ses premiers rires, la scène et le besoin de danser dans les rues ou sur le sol battu de Saint Louis dans le Missouri. Une enfance entre ségrégation et esclavage aboli, entre rixes et révoltes, entre rires et pleurs, Cendrillon et le Roi de Salomon, entre une Grande Mère qui lui apprendra qu’il existe plusieurs couleurs de peau, d’âme et une mère qui lui inculquera une éducation, un enseignement afin de lui donner les rudiments nécessaires pour sortir de cette existence de misère. De cela, Freda gardera au fond d’elle, cette cause qui lui chevillera au corps et à l’esprit toute sa vie : la cause des noirs, l’amour des enfants, de l’enfance, l’humanité et la grandeur de cœur et de volonté, d’humanité.
Celle qui n’était que Freda, qui dansait en louchant devant les cages aux singes au zoo de St louis, chantait, remplissant les plus grandes salles, les plus prestigieux cabarets de France, d’Europe, du monde demeurera toute sa vie une battante pour accéder par la grande porte aux scènes américaines où le puritanisme restera de mise jusque dans les années soixante.
Freda qui n’était rien, trois rien, enfant de la boue, enfant à la couleur ébène, celle qui ne pouvait s’empêcher de chanter, gesticuler sur les trottoirs, deviendra la première icône noire internationale, celle qui fera pousser des ailes à Nina Simone, Aretha Franklin, celle qui permettra à ces dernières d’accéder elle aussi, aux scènes internationales et de défendre la cause noire.
Tumpie qui deviendra Joséphine, La Grand Joséphine, La Baker, la vedette du Music hall, la Star des années folles, celle qui aura côtoyé les plus grands noms, personnalités de ces mêmes années, les musiciens, acteurs à la gloire montante, les grands noms des lettrés, peintres et artistes de renom, les ministres, présidents, militaires, « simples » gens qui deviendront plus tard des rois ou reines d’un pays, territoires.

Joséphine Baker qui aura combattu auprès des forces armées libres lors de la seconde guerre mondiale, transporté des informations capitales, secrètes dans ses valises, aura été décorée de médailles et croix de Lorraine, celle qui fera le tour du monde afin de rassembler et adopter une tribu arc-en-ciel, enfants de pays et de confessions différentes élevés dans l’amour des uns et des autres dans son domaine du Périgord, le Chateau des Milandres.
Joséphine qui donnera tout par amour à ces hommes qui l’auront aimé un jour, une nuit ou une vie ;  à son pays natal, les Etats Unis et celui de son cœur la France, Paris. Un Paris qui l’adulera, l’aimera, l’ovationnera et la délaissera à l’aube des années 70 lorsque le Music hall passera de mode, lorsque couverte de dettes, elle sera obligée de fuir son ilot de paradis vert de Dordogne et s’installer, grâce à Grâce Kelly devenue reine de Monaco, sur le piton rocheux et de mettre ses enfants en internat alors qu’elle rêvait d’une tribu.
Joséphine qui mourra sans jamais pouvoir être véritablement reconnue dans son pays d’origine, d’être toujours considérée comme la négresse, celle à la robe-ceinture de bananes dansant nue sur les scènes des cabarets en louchant et gesticulant tels les singes qui sévissent dans les zoos. Cette négresse qui ne pourra jamais rentrer par la grande porte au même titre que la grande Marlène ou d’autres divas à la blanche couleur.  

 

Joséphine qui restera malgré tout dans les cœurs, les esprits, la grande, l’immense Joséphine, une Dame de caractère, une Dame de cœur, celle qui a marqué, marque et marquera à tout jamais une époque, l’histoire, la grande épopée d’un vingtième siècle entre guerre et paix, entre sang et amour.  

Joséphine et ses deux amours son « Pays et Paris ».

 

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Une superbe, sublime bande dessinée signée Catel et Bocquet. Après le facétieux Kiki de Montparnasse, la gloire aux années folles et à l’émancipation des femmes, le féministe Olympe de Gouges qui retraçait l’extraordinaire épopée de celle qui élabora les droits de la femme et de la citoyenne, il fallait bien que ces deux gaillards nous présentent la plus grande des plus grandes, celle qui demeura l’icône d’un Paris, d’une époque, la première qui se battra pour la cause raciale, les noirs, qui défendra sa couleur et accueillera en son sein, sa tribu arc-en-ciel. Celle qui d’une nuit à St Louis où elle aura connu la violence deviendra celle qui enchantera les plus grandes salles sans jamais oublier sa patrie de cœur et son pays d’origine, et toutes celles et ceux qui auront jalonné son parcours. 

Une sublime biographie, un coup de crayon fin, géométrique et à la fois toute en volupté, folie, une épaisseur donnée volontairement afin d’épicer, de renforcer son caractère, sa cause, des traits de génie qui nous font plonger dans ce Paris des années folles et d’après guerre, de libération. Un scénario où rien n’est laissé à coté, à des hypothèses ou légendes, des interrogations sur Joséphine, ses élans du cœur, de caractère, ses  amours et amants, sur sa générosité, ses pertes et fracas.  

Une sublime bande dessinée qui comme les deux autres est entrée illico-presto dans ma bibliothèque des indispensables. Un sublime récit d’une grande Dame du Music Hall, d’une Grande Dame du cœur et de l’Histoire avec un grand H.

 

 « Est-une danseuse, une comédienne ? Ni l’une, ni l’autre, et tout ensemble. Elle rit surtout, d’un rire qui n’appartient qu’à elle seule, d’un rire sain, exubérant, qui force la gaieté de la plus grave des salles. »

 

Joséphine Baker
Catel et Bocquet

Casterman

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Joséphine Baker "J'ai deux amours" (live officiel) | Archive INA