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« Qu’est-ce qu’on nous a fait ?
Combien de mains nous a-t-on coupées ?
Comment a-t-on pu se résigner ?
Qu’est-ce que c’est que cette absence de nous en nous, que nous faisons tourner entre nos doigts comme une tasse vide ? » 

« Ne prenez pas vos désirs pour des banalités. » 
 

J’ai ouvert ce recueil comme on ouvre la poésie chantante de Brigitte Fontaine : avec fougue et ivresse, avec cette tendresse et ces mots, cette personnalité étrange qui nous bousculent, nous troublent, nous amènent à jouer avec les sons et les mots.
J’ai ouvert ce recueil graphique comme on ouvre grand ces oreilles lorsqu’on se love dans une chanson de Brigitte Fontaine : avec onctuosité et sensibilité. Avec rire aussi. Rire de ne pas se prendre au sérieux, de savoir faire un pied de nez à notre mélancolie, nos questions, nos peurs et nos atermoiements, nos petites résignations quotidiennes.  

Alors oui. J’ai attendu sagement, comme une copine de troquet pas résignée du tout, que ma libraire sorte de ses cartons ce petit livre graphique d’à peine plus grand que mon sac à main et à la couverture piaffante.
J’ai attendu, planquée dans le sous-sol au rayon bandes dessinées, en mode commando poétique, tique-tique.

Brigitte me grattait le ventre, m’enroulait de ses phrases auxquelles je ne comprenais pas toujours le sens mais qui me faisaient l’aimer encore plus lorsqu’elle s’en prenait aux  intellectuels qui n’y sont pas, à ceux qui se regardent, s’écoutent mais ne vivent pas.

« Ils savent tout, ils ne se doutent de rien.
Ils sont bavards, ils n’ont pas la parole.
Gros sabres, matons, bulldozers, curés.
Maitres, chiens.
Ils ne sauront jamais rien
parce qu’ils savent tout. »

 

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Elle me grattait le ventre, l’oreille, me retournait le cervelet comme un sms destiné rien qu’à moi et dans lequel m’était envoyé des bouts de pensées, quelques mots, des petits cœurs indispensables faisant écho, rebondissant dans mon corps et ma caboche. 

« Néanmoins, je ne vous cache pas que tout ceci est déconcertant pour un grand public. » 

Alors oui, j’ai ouvert ce « Boulevard des sms » de Brigitte Fontaine et Alfred
J’ai ouvert la cage, la cage à cet oiseau rouge à l’œil ironique et perçant qui ornait la couverture.
J’ai ouvert la cage et j’ai regardé s’envoler les mots.
C’était beau.
Une tendresse absolue, une poésie de rien qui fait beaucoup plus que qu’une poésie de beaucoup qui ne fait rien.

 

« Quand je dis non,
c’est peut-être.
Quand je dis oui,
ça m’étonnerait.
Quand je dis peut-être,
c’est peut-être peut-être. »

 

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Il y avait la mélancolie des longues journées pluvieuses où l’envie de se lover dans sa caverne est plus forte que tout. Il y avait les questions qui ensoleillent la minute, l’heure, l’instant précieux, la vie. Il y avait la lourdeur des jours de tristesse, la folie passagère et merveilleuse des jours soleil. Il y avait ce petit coin de sa tête qui rejoignait la mienne, l’émotion qui devenait palpable et douce.

Il y avait cette femme qu’on a juste envie d’entendre nous dire que la vie c’est autre chose que ce bordel ambiant, que cette brume dans laquelle on évolue, on rumine.

J’avais juste envie oui, de la voir, fumer sa cigarette et nous dire « eh oh et puis merde quoi, ne soyez pas sérieux. » « Oublie d’avoir raison et tu comprendras tout. » et puis de toute façon « Quand on ne croit plus rien au moins on ne peut plus douter. »

Alors j’ai lu ce boulevard. Je m’en suis délectée jusqu’aux osselets de mes pieds. J’ai bu. J’ai souri souvent. J’ai lâché des soupirs d’émotions tout le temps. J’ai baigné à poil, déshabillé, nu dans ses mots. J’ai eu envie de serrer dans mes bras ceux et celles qui me sont proches. Et c’était bon. Un vrai bonheur mélancolique et rieur. Un vrai bain de jouvence à nos errances passagères.

 

Et puis comme par bonheur, j’ai remonté le fil rouge du dessin d’Alfred. J’ai retrouvé Ariane, m’y suis accrochée et ai dénoué les sonorités des phrases lues, l’absurdité de la question et de sa réponse, me sui amusée de ses jeux, de ses devinettes entre textes et images. J’ai trouvé que cette petite passe de deux entre Brigitte et Alfred était comme un bonus aux mots. Une belle manière de les mettre en graphisme, de dénouer les nœuds.  

Bref, j’avais juste envie de lire ce boulevard des sms, de me retrouver dans les mots de Brigitte Fontaine et les dessins d’Alfred et de leur tirer ma révérence, de leur dire un merci, un joyeux rire et de continuer à mettre dans notre quotidien de la poésie chantante, branlante, changeante, bouleversante, « dessinante », dansante et de continuer à essayer de prendre la vie pour ce quelle est. « Si je meurs, ce sera de joie »

 

« Foutez-vous un peu la paix.
Il y a déjà assez des autres. »
 
« Je ne lui pardonne rien
mais je l’aime toujours. »

« L’amour n’existe pas.
C’est pour ça qu’il faut le faire. »

« Quand serons-nous en nous-mêmes comme le soleil dans le ciel ? »

 

Boulevard des SMS
Brigitte Fontaine et Alfred

Casterman