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« Une rose, une marguerite une tulipe », une rose, une marguerite, une tulipe et tout un village, un bistrot au bout du chemin, des habitants et Adèle. Adèle qui confectionne des bouquets qu’elle pose délicatement sur chaque table de son café perdu au pied d’une falaise crayonneuse faisant face à l‘océan. « Une rose, une marguerite, une tulipe » comme ces odeurs florales qui viennent enjoliver la vie du village et le Tablier à pois.
Tout en lissant ses cheveux et en illuminant de son sourire et sa bonne humeur les villageois, Adèle est « adorable, vive et pétillante ». Une bella donna douce, souriante, toujours présente pour répandre un peu de chaleur autour d’elle et mettre de la joie de vivre dans ce bout du monde où personne ne vient.

Il faut dire que pour arriver dans ce village, il faut oser emprunter des virages et des collines où l’herbe verte et tendre se bataille avec les vents marins, où les jours de pluie, les ornières sont telles que les camions s’embourbent et obligent les conducteurs à affronter les gouttes d’eau qui tombent indélicatement dans le cou, le dos, mouillent les visages pour qui n’est pas bien couvert.  

 

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Mais chez Adèle il n’y a que du soleil, que de la belle joie de vivre.  

C’est que son bistro « le Tablier à pois » c’est quelque chose. Il y a là les meilleurs tables, les  instants de bonheur, les cafés, les parties de scrabble, les soirées à thème, les rendez-vous ciné, les amours, l’amitié. C’est le rose de la vie.
C’est ici que tout le monde se retrouve pour échanger, rire ou pleurer, se défier ou s’esclaffer, s’aimer matin, midi et soir en toute simplicité. « Le café c’est à la fois le cœur, les poumons et les tripes de la région ». Et Adèle en est la fée, une princesse au petit pois.

 

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Une fois par semaine, Lucas, l’épicier du canton, s’installe chez Adèle et propose des « légumes et fruits frais, des produits d’épicerie pour ravitailler les habitants du coin ». Lucas, c’est le chouette gars, solide comme un roc, serviable et toujours le geste qui fait plaisir. Il sait tout faire, avec beaucoup de talent et de discrétion. C’est la gentillesse, une patte de velours dans un gant de laine. Il fait chaud auprès de lui et on aime son sourire, sa bonhommie, son caractère jovial et débonnaire.  

Bref sans Adèle et Lucas, le village serait comme ces jours de pluie qui n’en finissent pas : morose et terne, triste et humide. Il ne donnerait qu’une envie, se mettre sous sa couette et ne pas en ressortir, rester enfermée et perdre toute envie. C’est d’ailleurs ce qui arrive ces jours là à Adèle. Car Adèle n’aime absolument pas la pluie. « Quand il fait beau, elle sourit, elle sifflote, elle chante à tue-tête, elle ouvre les fenêtres et laisse la porte ouverte. […] dès qu’il pleut, adèle reste enfermée. Elle n’y peut rien, elle perd son entrain. La pluie c’est gris, froid et sombre. […] Et en plus ça lui salit son entrée. » 

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En voilà un tout joli album, livre illustré jouant sur les codes de la nostalgie sans jamais tomber dans le niaiseux à souhait. U
n album au charme désuet, au rose bonbon tendre, aux couleurs pastelles et crayonnées douces et irrésistibles, à l’histoire où il fait bon se retrouver, lire les jours de pluie et de grisailles, donne une envie irrémédiable de chausser imperméable, bottes, parapluie et de partir gambader tête au vent, dans cette belle campagne océane.
Une rose à petit pois qui donne le sourire, illumine les jours les plus gris, fait que l’on tombe amoureuse (ou amoureux) de Lucas, d’Adèle, des falaises qui tombent dans l’océan, de collines verdoyantes, d’un bout du monde où la vie coule au fil des saisons et du temps.
C’est bon, doux, chaud comme un gros matou qui vient s’allonger sur votre lit le temps d’une lecture, comme un chocolat qui coule dans votre gorge et vous réchauffe de cette pluie qui n’en finit pas et vous donne le cafard.
C’est tendre comme un sourire, celui que l’on croise et qui nous fait un bien fou parce que sans retour, innocent, serein, paisible.
C’est chaud comme un doudou que l’on a envie de serrer contre soi, comme le rire de son enfant que l’on entend au loin patauger dans les flaques d’eau en chantonnant « La gadoue ».  

Bref « rose à petit pois » est la prescription littéraire que l’on devrait lire dès que l’on sent que le moral baisse, dès que la pluie s’installe un peu trop, dès que l’hiver apporte son cortège de jours courts et de nuits longues et froides, dès que le noir supplante le jaune, l’orange, le rouge, le bleu, le vert, le rose et toutes les couleurs de l’arc en ciel.

« Rose à petit pois » est l’antidote à la morosité et comme le dit si bien Martin Page en début d’ouvrage « La pluie tombe comme nous tombons amoureux, en déjouant les prévisions. »

 

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 A retrouver sur le site de Geneviève Godbout toute la tendresse et la douceur de ses dessins, sa patte de velours crayonnée et chez Amélie Callot, la tendresse de ses histoires, son petit monde de l’imaginaire. A lire au même titre que "l'abécédaire des émotions" de Madelena Moniz


 

Rose à petit pois
Amélie Callot et Geneviève Godbout

La Pastèque

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