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« La loi de la pesanteur qui agit sur la poésie engage non seulement une force vers le bas, mais aussi une attraction vers le haut. » Roberto Juarroz « fragments verticaux » 

Des Falaises, Mélanie Leblanc et sentir l'oxygène, l'air, le vent, l'herbe, les embruns, l'océan, les pierres, la craie, les galets, la pluie, la brume... Manger, bouche ouverte, du tout, le tout. S'enivrer des mots-regards, se réchauffer à la lumière qui filtre par les nuages. Boire à plein vent.
Grandir le ciel, la mer, la falaise.
De tout.
Etre tout.
L'horizon, la vague, l'herbe folle, la plage. 

Se sentir forte, faible, fragile, sensible, indétrônable,affronter le dessus, le dessous, les lignes et les strates. Chercher les lignes, la ligne, les droites et perpendiculaires. Faire des parallèles et poursuivre les courbes. Vivre pleinement « à l'horizontale
                                                   et 
                                                   à 
                                                   la
                                                   verticale »
Etre aux pieds et remonter la vie en noir, en blanc, de lignes indéfinies. Etre « un trait entre le ciel et la terre »

Poursuivre la lecture, se sentir rattraper par les mots, les sons, la beauté de ce qu’ils nous donnent. De jour, de nuit, jouer avec les phrases comme on joue avec les pierres. Faire des ricochets, polyphonie de sons, de sensations, d’émotions, chants de sirènes, sirènes de navires, la pointe du silex.
Etre falaise, friable, forte et dure.
Sortir les post-it et les imprimer, attacher, lier, relier aux pages volantes dans le courant. Coller les mots à ces mots, ces phrases. Les faires éternelles, les rendre falaises, empreintes d’un temps.  « Il en faut des falaises pour tenir face au vent »

Affronter les tunnels, les gouffres, les espaces qui se dévoilent soudainement sous les yeux. S’enfoncer à la recherche de trésors perdus, miraculeux, merveilleux. S’engouffrer dans ses peurs, s’agripper à la roche, friable toujours, coupante encore, tendre souvent. Apprivoiser ce nous qui nous fuit, ce nous qui nous attend. Puiser sa force dans le rocher, ressentir les âges, la douceur et l’entêtement à poursuivre sa verticalité. Devenir léger.

« les galets nous disent
que le passé peut se détacher 

d’un coup 

du pointu coupant tranchant
pour devenir du doux
chantant. » 

Retrouver son assise, toujours aussi présente. Faire face à la mer, aux pierres, aux blockhaus qui du haut des falaises ne sont que ruines d’un passé qui se meurt et rend la vie riche, la vie blanche, la vie encore plus belle et forte des récifs morts. Garder la tête haute malgré les saignées et les artères ouvertes, retrouver la douceur et la volupté du galet.
Laisser décanter le texte, les mots, les phrases écrites sous la douceur du vent et de la bise marine. Entendre le chant de l’eau et de l’herbe folle, le tam-tam des pierres glissant  sous la mer. Jouer à la patience. Etre suspendue à la prochaine prose, à ces phrases qui n’ont ni point, ni virgule et dans lesquelles se tient la lecture, ce moment incroyablement doux, bon, salvateur, rafraichissant.
Devenir légère comme une plume, se sentir oiseau surplombant la falaise, des falaises. Vivre, revivre.

« comme elles
être forte et voir loin 

être humble
car tout s’écroule
enfin »

Etre falaise à son tour et accueillir les strates, les galets et silex, les âges tendres et dures, les fissures, le fragile, l’émouvant et le beau. Faire face au ciel.

Magnifique recueil d’une poésie de Mélanie Leblanc. 

 Je ne saurai vous dire tous ces mots, ces sensations, ces émotions qui m’ont parcourues, conquises à la naissance des falaises. Il y a eu les photographies, les galets qui roulaient sous mes pieds, le vent s’emmêlant dans mes cheveux. Les embruns venaient titiller mon odorat et finir leurs courses sur mes lèvres salées. J’ai aperçu Etretat, Falaise, celles qui sont miennes aussi. Le papier était doux au toucher et l’envie de tourner les pages se mêlait à la course du vent.
J’ai lu ce recueil sur ma plage de bord de Loire, dans un tram, chez moi, au chaud allongée sur le canapé. J’ai lu, eu envie de filer vers la Normandie, doucement, tendrement comme on  chemine sur la pierre.
C’était beau, éblouissant, tendre, fort, fragile.  

J’ai aimé les mots de Mélanie Leblanc, les relire, les relier et trouver en fin, comme un clin d’œil, celle qui m’a mise sur cette route, Cécile Guivarch.
Entre ciel et terre. Terre à ciel.
Et puis sentir Dominique A passer comme un clin d’œil, Albane Gellé lui donner des ailes.  

Ressentir toutes ses personnes et se dire que Mélanie Leblanc a tout d’une grande. Qu’une falaise est en elle. Friable, forte, douce et tendre. Emouvant. Emotion. Beauté.

  

Des falaises
Mélanie Leblanc

Cheyne Editeur

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