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« En te voyant, j’ai pensé que tu étais revenu pour moi, pis que tu avais vieilli. Je me trompais. Déjà tu souhaitais repartir. Et ce n’était pas tant que tu avais vieilli, tu étais transformé – défiguré, allais-je dire – par la brûlure d’une foi neuve. » 

Ecrire ce billet un soir de vote est déjà quelque chose d’éminemment politique. Ecrire sur ce roman est quelque part déjà un geste revendicatif, universel, intemporel, citoyen.
Car « 
Celui est mon frère » de Marie BARTHELET ne peut laisser indifférent dans ce monde où la notion d’Etat, de Royaume, de Dictature est fortement chahuté, mis en balance, où la montée de groupes crépusculaires, de notion d’un peuple qui se galvaude, de replis identitaires, de misères sociales, de guerres, de révoltes, de stratégies politiciennes, lire ce roman est oui une notion qui résonne dans nos âmes et corps bien emmitouflés derrière des idéaux et des bandeaux brandis aux frontons des palais.
Mais ne prenons pas non plus ce roman pour un message socio-historico-politique. Non. Marie Barthelet a écrit ce quelque chose qui vient nous chercher, nos interroger sur notre histoire, nos consciences. 

Un royaume, une dynastie qu’on pourrait penser être dans un orient lointain, une terre inconnue dirigée par un monarque, mais que nous pourrions tout aussi bien identifier à notre occident tant l’histoire, l’état, ces hommes de pouvoir ressemblent à nos démocraties actuelles.

Deux hommes, deux frères pas de sang, mais de lait. Deux hommes élevés, éduqués ensemble, unis comme les doigts d’une main, comme cette entaille qui strie la paume et rappelle ce sang mêlé à la vie à la mort. Deux hommes qui se retrouvent après la disparation de l’un d’eux suite à l’assassinat d’un homme de l’ombre de celui qu’ils appelaient Père. Deux hommes que tout pourrait rassembler mais au contraire vont se déchirer, se secouer, amener ce royaume au bord d’une guerre fratricide, une révolte de ceux qui n’ont plus rien contre ceux qui possèdent.

« Nous ne sommes responsables de rien. Tu es le seul à blâmer. C’est ton pays que tu as laissé pourrir. Tu peux museler les médias, assommer les consciences à coups de bêtes slogans et de publicités mensongères, comme les empereurs d’autrefois gaver les panses de pain, organiser des fêtes et des courses à l’hippodrome, en bref jeter de la poudre aux yeux, tu le peux bien sûr, tu peux tout. Mais voici la vérité : tu es l’assassin de ton peuple. Les maux qui te frappent sont autant de messages que tu n’arrives pas à décrypter. Tu ne sais plus lire. » 

L’un est monarque, un jeune roi qui trône sur ce pays imaginaire quand l’autre est l’opposant principal, le leader d’un mouvement épris de justices, de libertés, de révoltes. Il est l’étranger parmi ces étrangers qui peuplent ce pays mais qui n’accèdent pas à l’identité, la reconnaissance nationale, la citoyenneté. L’un doute, l’autre pas. L’un se cherche, l’autre s’est trouvé. L’un a le pouvoir, l’autre le voudrait.
Dans un contexte de crises sociales, politiques, sanitaires, le frère monarque va prendre la parole, nous faire part de ces pensées, de ces peurs et doutes mais aussi de son rôle de chef d’Etat, celui qui tient dans sa main un royaume, une nation. Et c’est là que le roman prend tout son sens, toute sa dimension.
 

« C’est vrai, je suis  un personnage important. Je dirige une nation. Je suis garant de la satisfaction du peuple. Ceux qui, à défaut de m’y avoir porté, me maintiennent au pouvoir attendent légitiment que j’agisse, c’est-à-dire que j’élabore des plans, redresse les torts, tranche des nœuds gordiens, imagine des solutions, qu’au moins je propose des alternatives. J’ai le devoir de contrôler la situation. Même si c’est impossible. Rien ne doit être impossible. Ne suis-je pas l’Elu ? L’idée est de paraître rassurant. L’amarre du navire balloté par la tempête. Si j’hésite, si je trébuche, si je tombe, aussitôt pointent vers moi des millions de doigts. »

Ce qui pourrait être un roman de retrouvailles, d’affrontement entre deux frères issus de mouvements politiques opposés, va se révéler être un roman sur la quête irraisonnée, les questions d’un frère pour un autre, de ce lien unissant les hommes au-delà de leur sang.

On pourrait penser aux 7 plaies de l’Egypte, aux diverses guerres fratricides qui ont secoué les régimes et royaumes politiques, les légendes, les récits mythologies ou bibliques qui peuplent nos manuels, les grandes pensées philosophiques et théologiques.
On pourrait réécrire ce roman dans l’Histoire tant il est contemporain, universel, intemporel, un conte digne d’une veillée nocturne qui prend en compte notre actualité, notre histoire.
Marie Barthelet a écrit un roman nous interrogeant sur notre notion de révoltes, d’opprimés, de manœuvres politiques, d’Etat, sur la fraternité, les différences de  culture, d’unité, d’égalité.
D’une langue travaillée, juste, poétique, elle est  dans la recherche des mots, du mot, d’une écriture ciselée saisissante et bouleversante, interrogeant nos fondements, remettant à plat nos convictions, nos croyances. 

Ce premier roman est passé quasi-inaperçu dans cette rentrée littéraire de septembre et c’est fort dommage tant l’écriture est belle, forte et que l’histoire nous interroge dans ces temps où nous ne savons plus à qui confier les clés d’un pays, d’un royaume, en ces temps où les chimères battent les rappels idéologiques à foison et où les hommes et femmes politiques gouvernent sans connaitre le mot gouverner, les notions de liberté, égalité, fraternité, citoyenneté, laïcité, en ces temps où les opprimés n'ont jamais autant souffert.  

 

A retrouver chez Geneviève qui, comme moi, a été hypnotisée et émue, Dominique , Martine, Joelle,  Merlieux, envoutée par ce récit qui fait écho à la douleur actuelle, Henri Charles, Laure, Virginie, Amélie qui elle n’a pas adhéré à cette quête intemporelle mais qui reconnait les talents de Marie Bathelet…

Un billet écrit dans le cadre de l'opération menée par l'Insatiable Charlotte et des 68 premières fois

 

Celui-là est mon frère
Marie Barthelet

Buchet-Chastel

68 premières fois

 

68 PREMIERES FOIS EDITION 2016