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Des fois il vous arrive de trouver une bande dessinée, un roman ou tout autre d’ailleurs, qui fait que quelque chose vous attire, vous frappe l’œil, le cœur, les petites gribouilles dans le ventre. Vous vous laissez guider par ce sentiment, cette espèce de tentation et vous vous saisissez de la « chose ».  

« Charlotte et moi ». Quel énigmatique titre et couverture où on voit de dos, deux personnages marcher dans un paysage bucolique au soleil et nuages couchants. Rien de très bavard, cela serait même presque minimaliste s’il n’y avait ces deux personnages qui avancent vers un destin armés de sac à dos, de leur seul corps et volonté. Deux personnages aussi dissemblables que l’un à côté de l’autre, marchant en cadence mais pas forcement du même pas. Deux personnages opposés par leur taille et leur corpulence, leur âge. Et ce décor…
Un sacré mystère pour une couverture qui donne envie de poursuivre ce voyage, de s’aventurer vers ce chemin où rien n’indique un balisage.
Et dès la première planche on se laisse griser, prendre par la main. On devine que rien ne sera facile, que la peur sera le partenaire, que l’inconnu sera à affronter et que l’avenir ne s’annonce pas dans les roses bonbons ni dans l’allégresse d’un matin d’été.

Je pourrais vous raconter l’histoire de « Charlotte et moi », vous dire qu’il est de belles histoires d’amitié ou des mains se croisent, prennent appui l’une sur l’autre pour avancer sur un même chemin, faire d’une impasse, d’un cul de sac, un grand axe, une autoroute et se retrouver plonger dans l’inconnu mais ensemble.
Deux grands solitaires, deux grands cœurs qui n’ont jamais été autant présents, l’un à côté de l’autre que dans ces pas franchis, dans les obstacles à affronter. Et puis il y a ces seconds personnages qui donnent une touche de plus dans l’aventure, ce road-movie. C’est chaud comme une couverture sous laquelle on s’abrite, tendre comme un grand bol d’air frais qui vous saisit et vous donne l’énergie d’avancer.

Tout en douceur et tendresse, en clins d’œil et ricochets, on avance page à page, case à case à la rencontre de ces deux solitaires qui décident par la force des choses, de s’apprivoiser, se faire confiance et avancer ensemble.
Touchant, le dessin possède ce côté frais et rond, doux, coloré. Il fait preuve d’une scénographique cherchant à nous surprendre, nous envelopper et nous amener à poursuivre notre lecture. On lit comme un travelling, une suite de case où le regard est fixe mais continue sa lecture en passant d’une case à l’autre.
Quand aux dialogues, ils sont justes, silencieux, sincères. Il n’y a pas besoin de beaucoup de mots pour savoir que ces deux là se sont trouvés, qu’ils ont fait de leur solitude une paravent d’amitié, des mains qui se posent sur l’épaule amie, se trouvent et se glissent l’une dans l’autre. On devine que malgré les épreuves de la vie, les craintes, les coups de fatigue ou de désillusions, la vie a fait rapprocher deux êtres qui se craignaient autant que la vie pouvait les apeurer et les autres les laisser sur le bas côté. 

« Charlotte et moi » est juste cette petite douceur qui vous rappelle que malgré les lourdeurs, les solitudes qui pèsent, il y a toujours quelqu’un qui marche à vos côtés et vous aide à trouver un chemin, vous amène à vous dépasser et à faire confiance à l’inconnu. Une belle leçon d’humilité et un beau sourire, coup de cœur à partager.

  

Charlotte et moi
tome 1

Olivier Clert

Makaka

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