anniversaireDeKimJong-Il

« Chez nous en Corée du Nord, on ne fête pas les anniversaires… Sauf le mien. Enfin c’est pas vraiment le mien mais comme je suis né le 16 février, comme notre cher dirigeant Kim Jong Il… j’ai toujours l’impression que c’est moi qu’on célèbre ! » 

La Corée du Nord, ce bastion à la nébuleuse dictature, ce pays où vivre est synonyme de survie et d’allégeance à un homme surnommé dirigeant, grand général, père bien-aimé de la nation. La Corée du Nord où la seule parole admise est celle qui est la vérité émise par le guide, celui qui mène vers la réalisation du miracle socialiste.
La Corée du Nord où dès l’enfance les mots à apprendre et répéter sont ceux prononcés par Kim Jong Il, le plus grand des héros, celui qui mena à la victoire contre ses fantoches d’américains lors d’une guerre qui sépara un pays en deux. Kim Jong Il l’étoile brillante du Mont Paeku, le commandant invaincu à la volonté de fer, le dirigeant mondial du XXIème siècle. La Corée du Nord, cet autre pays aux portes de la Chine et du Corée Occidentalisée. 

« Je suis un jeune de la Corée libérée. La vie me tient à cœur. L’espoir en un avenir radieux aussi. Cependant, ma vie, mon espoir, mon bonheur valent moins que la patrie. » 

Tout commence le 16 février, jour de l’anniversaire du vénérable père de la nation, seul jour de fête dans l’année, seul anniversaire ayant le droit d’être célébré. Et quelle chance a Jun Sang, jeune garçon de 8 ans et chef des jeunesses patriotiques de son quartier. C’est le jour où il est né lui aussi. Il a donc le droit de penser que cette date est aussi en son honneur. Sauf qu’au pays du soleil obscur, on ne doit parler, vénérer que de celui qui a mené le pays vers la conquête, la liberté, la splendeur d’une vie remplie d’espoir, vers une démocratie socialiste à la pensée unique.
Et comme tout homme qui est puissamment respecté, sa statue gigantesque, son portrait ornent les  rues, les usines, les écoles, les maisons. Nul ne peut résister à la vague rouge et étoilé de celui qui a apporté le bonheur au peuple.
Jun Sang vit sous ce règne. Il n’a qu’un rêve : intégrer, avec ses copains, l’armée révolutionnaire, partir combattre ces fantoches du Sud et ces chiens d’américains, ceux qui noient les enfants dans les puits, qui contaminent les terres, violent les femmes, paupérisent un peuple. Salaud d’amerloques.  

lanniversaire_dekim_jong-il_image

L’anniversaire de Kim Jong-Il est une bande dessinée puissamment politique tout en étant différente de celles qui ont évoqué ce sujet (couleur Miel, Give peace a chance…). Vu à la hauteur d’enfant ayant grandit sous le règne de Kim Jong Il, le récit nous transporte dans cette Corée du Nord où émettre la moindre désobligeance, parole ou geste peuvent être interprétés, dévoilés, contraires à la parole divine émise par le leader incontesté. Une bande dessinée d’une très grande qualité aussi bien graphique que pour l’histoire elle-même.
Sans tomber dans le misérabiliste ou la pensée contre-révolutionnaire (quoique), « l’anniversaire de Kim Jong Il » nous délivre un message et nous assomme devant le flot d’informations terribles et fortes.
Engagée, bouleversante, sur le fil narratif et les mots d’un enfant, on découvre le visage impitoyable de la Corée du Nord, celle qui est loin de ce pays à l’avenir radieux, où le mot famine n’est pas un mot vain ou dû à une mauvaise année agricole, où l’embrigadement passe par les camps de rééducations, les travaux agricoles, les déportations.
Le dessin est doux contrastant la politique dictatoriale, la terreur mise en place. Utilisant les tons rouges, les rondeurs de visage, Mélanie Allag joue sur les couleurs politiques d’un pays et de son leader pour arriver dans un univers totalement différent en fin d’ouvrage, noir, gris, anguleux. C’est fort, très fort et rejoint les propos bousculant et cauchemardesques du scénario.

Une très très belle bande dessinée qui rejoint Ô vous frères humains de Luz, Dolorès de Bruno Loth, Love story à l’iranienne de Jane Deuxard et Deloupy ou encore Coquelicot d’Irak de Findakly et Trondheim en passant par Riad Sattouf et son arabe du futur. A posséder dans sa bibliobulle de toute urgence.

 

L’anniversaire de Kim Jong Il
Ducouray – Allag

Delcourt collection Mirage