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« Toi qui tient ce livre entre tes mains, je te remercie de prendre le temps de tourner les pages. Je l’ai écrit et je l’ai illustré avec beaucoup d’attention et de plaisir.
Regarde là. Juste là sur la page d’à coté, ces deux bonshommes qui discutent. Il me semble qu’ils vont partir en balade. Tu peux les suivre discrètement, peut-être ? Ecoute-les. Ils vont parler d’une histoire qui te rappellera quelque chose, je crois… »

 

Il était une fois une magicienne. Une fée du pinceau et des histoires que nous aimons raconter à nos enfants et qui nous touche particulièrement. Il était une fois une princesse au petit pois, une enchanteresse du minuscule, du vent, de l’air, du trois fois rien qui une fois déposé sur la feuille en fait un trois fois grand.  Il était une fois une charmeuse des mots qui peuplent nos souvenirs et nous font redevenir cet enfant qui n’est jamais loin de nous. Il était une fois une ensorceleuse des couleurs, du trait, de la peinture, de la beauté, de l’infiniment tendre et beau qui s’appelait Rebecca. Rebecca Dautremer.  

Et le souci des mondes enchanteurs et des magiciennes, c’est qu’ils nous plongent irrémédiablement dans un univers qui nous transporte, nous emmène loin vers le beau en risquant de ne pas suivre l’histoire qu’on nous raconte.
Nous risquons alors de nous plonger dans l’indicible et minuscule détail qui nous donne envie de regarder le grand, de tourner encore plus vite les pages et d’oublier que le silence, le temps, la délicatesse est là, à chaque trait et mot déposés.
Et seule Rebecca Dautremer a le pouvoir de nous arrêter, de nous faire comprendre que le temps est important à regarder, à se balader sur la page où les mots en disent bien moins que tout ce qui se pose sous le pinceau.  

« Le bois dormait ». Chut. Installez-vous. Laissez-vous prendre la main. Faites-vous guider par les deux personnages qui vont vous raconter cette histoire, vous emmener au pays du Bois dormait, un village où tout le monde dort, ne bouge plus, n’entend plus le murmure du vent, le bruit de la balançoire oscillant de bas en haut, les gazouillis des oiseaux qui semblent eux aussi dormir depuis mille ans.
Partez en balade avec eux. Regardez-les arriver tout doucement, au loin, prendre le temps de vous conter l’histoire, de nous montrer les détails si petits qu’ils en deviennent importants. Regardez les déambuler dans la page, eux si fins, si minimalistes et pourtant si présents.
Entrez dans ce monde endormi.
Chut.
Surtout ne faîtes pas de bruit. Laissez nos deux protagonistes, nos deux héros vous raconter l’histoire du Bois Dormait. Chut. Ouvrez-les yeux et savourer. Partez à la rencontre des personnages, des habitants du Bois Dormait.
Regardez ces boxeurs, cette vieille femme avachie sous son fagot d’osier, cette autre tombée de son vélo ou encore la fleuriste qui nous emmène, sous son foulard rose, à croire encore aux histoires de princes et de princesses, aux sorcières qui d’un coup de baguette maléfique plonge un monde dans le sommeil à tout jamais…
 Partez éveiller ce monde endormi.

 

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Entrer dans le monde de Rebecca Dautremer, c’est toucher le minimaliste, aller à la rencontre du grain de blé ondulant sous la brise du vent, se laisser capturer par la poussière qui ne fait pas de bruit lorsqu’elle rencontre la bourrasque qui pourtant agite le monde.
Lire Rebecca Dautremer, c’est entendre la respiration d’un homme sommeillant sur un cheval, la tête baissée sur sa poitrine, le grelot ornant son chapeau inerte malgré les tourbillons entrainant l’éolienne Bollée. C‘est croiser des personnages qui sont si légers, si beaux qu’ils en deviennent vivants par les petits riens qui les habillent, les vêtissent.
Savourer Rebecca Dautremer c’est revenir sur le fin, le trait, la douceur, le magnifiquement beau, la couleur, les couleurs comme si nous retrouvions la saveur de notre enfance, comme si nous embarquions dans le rêve enchanteur et dormant que nous décrit et décore l’auteure.  

Il y a du conte en elle, il y a des légendes et des personnages qui nous rappellent les histoires racontées.
Et c’est beau.

C’est tellement beau, silencieux, doux, tendre, emplit d’humour, de mélancolie, de couleurs chatoyantes, ondulantes, de petites détails que nous nous laissons emporter, prendre par cette histoire où le modernisme côtoie nos souvenirs, où les pages se tournent tout doucement comme les feuilles des arbres tournent en tombant de l’arbre, comme l’épis de blé ondule sous le vent, le papillon déploie ses ailes et s’envole dans l’allégresse, le silence, la douceur et la beauté d’un soir où nous nous endormons au pays du Bois Dormait.

 

Le Bois Dormait
Rebecca Dautremer

Sarbacane

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