Parce qu’il y a des années troubles, des années où les cœurs battent à l’unisson et se désagrègent en quelques secondes. Parce qu’il y a des années où les absents sont terriblement absents, loin, partis vers d’autres chemins et malgré la douleur de la séparation, ils sont toujours aussi présents. Il y a des années où tenir la, les mains d’autres sont des remparts à nos vides, nos doutes, nos peurs, nos incontrôlables incontrôlées. Voute étoilée qui réchauffe, resplendie et redonne croyance en nos possibles. Force qui devient rempart aux peurs. Le noir n’a jamais été aussi prometteur d’éclaircies, de bouleversements sereins et possibles. L’obscurité n’a pas qu’une seule issue. Le jour, la lumière, la couleur, les couleurs, les mots, les chants, les silences, le respect, la bonté, la générosité, la création, la culture, la volonté en un monde humaniste et bienveillant, les rires, la foi en l’autre, la confiance retrouvée sont des clés, des lendemains.  

Il y a des années où on est présent pour les autres, à leurs côtés, en soutien à leurs édifices forts et beaux, surprenants et naturels. Des moments où la vie n’a jamais aussi bien porté son nom, loin des chambres stériles et autres parfums où l’amitié a depuis longtemps tracée son nom en gros caractères sur les flocons, les plages, les rires et les chemins côtoyés. Des personnes rencontrées sur des bancs-chaises de collège, de lycée ou de troncs d’arbres couchés sur le sol et qui sont là, s’installent sur les fauteuils et canapés et vous font découvrir la beauté, l’incroyable force qu’il y a dans ce mot amitié. Des bulles de nous, des bulles de plaisirs, des bulles de délires, des bulles de se serrer les coudes, de se tenir les pouces, des bulles de chaud au cœur les jours mous.

Il y a des années où on apprend à aimer celles et ceux qui nous font rire, sourire, pleurer, aimer, vibrer, ressentir, légère, inconstante, volontaire, fragile, forte. Peut être encore plus. Il y a des êtres que je n’aie croisé qu’une journée, une minute, une année ou plus et qui ont coloré, colorent la vie. Des amitiés qui me guident, me portent, où j’apprends à dire « je t’aime » avec encore plus de conviction à ceux et celles que j’aime, qui sont là, à chaque pas, chaque matin, chaque soir. « Je t’aime ».

Il y a des années «  bulles de joie », « bulles de soi », « bulles de vie », « bille de clown », « grains de malice », rencontres, expériences peu ordinaires et moments mémorables : des éléphants femme lune ensorceleuse araignée géante, des lacs aux eaux profondes et ensoleillées, des plages de sable iodé, des terres d’ouest semblant sortir de plus en plus de mes propres rêves, des pas de côtés pirouette cacahouète, d’autres franchis ou reculés mais toujours avancés, des correspondances de vie et de nouveaux aiguillages, des soirées fantastiques où les mots résonnent et les rires se gravent, des livres ouverts comme des vies entrant par la grande porte, des êtres, femmes, hommes à l’incroyable beauté, des réchauffements climatiques à portée de mains, de cœur. Un hiver à  Paris qui est devenu chaud, bienveillant, beau. Des années images, photographies, envie.

Il y a des années où l’on doute aussi, des instants où nos propres murs s’effritent, semblent plier aux quatre vents, s’engouffrer vers des lieux plus sombres, girouette à nos états d’âme mélancoliques. Le terreau des jours à venir. Celui qui fait que l’on sème des graines. Accepter de les laisser germer, grandir, sortir de ces schémas, oser, essayer, tenter même si le pas est hésitant, peureux, honteux. Les années charnières où on remet beaucoup de choses sur la table. Apprendre à s’apprivoiser. Ne plus avoir peur, enfin essayer. Confiance, avoir confiance, faire confiance. Etre soi, toujours et encore. Ne jamais oublier que l’inconnu n’est inconnu car justement non connu. Qu’il ne demande qu’à être, devenir. Et puis qui sait grandir. Laisser entrer le soleil, les regards, visage, les cœurs. Ils sont merveilleux lorsqu’ils réchauffent les vies.

 

Il y aura encore des hivers, des printemps, des étés, des automnes. La vie est une inconstance parcelle de beautés. Il suffit de trois fois rien pour le clamer et dire à celles et ceux qu’on aime, qu’on les aime, que sans eux, sans elles, sans toi… on/ je ne serait/s même pas la moitié de nous/moi-même. Il n’y a pas d’idéal, il n’y a que des possibles. Il n’y a pas de croyance, il n’y a que nos sourires. Il n’y a pas d’obstacles, il n’y a que notre volonté. Il n’y a pas de besoin, il n’y a que l’humain. La possible croyance en notre volonté de bâtir un monde, un autre monde où la vie est roi, où l’amour est loi et la joie, la religion déclarée. 

Pas de promesses, pas de juré craché, juste essayer. Juste tenter et qu’importe les gadins, les pas déséquilibrés, y croire et le vouloir. Et puis qui sait, le reste n’a que peu d’importance. Le tout est essayé d’être heureux, de contribuer à faire de nos sourires la seule valeur ajoutée à la beauté.

 

Alors juste une très belle et bonne année, un peu en avance mais qui sait… on peut commencer à y penser.

  

 

 

1991_461888980541869_1999767778_n

Illustration de Gabriella Barouch