9782203098213« Un homard et une étoile de mer étaient amoureux l’un de l’autre, ce qui rendait leur vie compliquée. Un jour, un pêcheur mit fin à leur tourments. Il les pêcha tous deux, offrit l’étoile de mer à sa fille et mangea le homard.
Il y avait aussi un vieil homme si savant parait-il, que le volume de son cerveau l’obligeait à marcher sur la tête.
Il était une fois un pirate et sa cupidité avait volé tant et tant de trésors qu’un jour, sous leur poids, son bateau en coula et le pirate avec lui.
On raconte qu’au cœur de la forêt de Plumpelüge vivait un géant qui ne répondait même pas au nom d’Ark-egr. Et pourtant c’était son nom.
Tout ça est peut-être vrai mais là-bas, dans le désert, il y avait sans doute un village oublié de tout le monde et un garçon nommé Saïd »

 

Il était une fois un jeune garçon prénommé Saïd qui n’avait que pour unique et seule passion d’observer les fourmis. Au lieu d’aller à l’école, comme tous les enfants de son âge, Saïd remontait le cortège de ses insectes rampants en se demandant où elles pouvaient bien se rendre ainsi à la queue-leu-leu. Patiemment, petit à petit, chaque jour, il les suivait jusqu’à la fontaine du village, ultime rempart avant les portes du désert.
Lorsqu’un beau jour, les yeux rivés au sol en train d’observer la marche des fourmis, il se cogna à un homme ressemblant à un djinn barbu et sourcils broussailleux, babouches aux pieds, à la mine un rien patibulaire. Sans demander son reste, ce dernier lui ordonna de le suivre en silence (car Saïd était encore plus assommant qu’une chèvre, ce qui n’est pas le plus simple à imaginer) jusqu’aux confins des palmiers et des rochers, plus loin que là où vont les fourmis,  plus loin que là où ses pieds ont l’habitude d’aller.

« Est-ce important de savoir où vont les fourmis ?
Bien sûr puisqu’elles vont ailleurs !
Ailleurs et c’est là que tu voudrais être n’est ce pas ?
N’importe où sauf ici !
Pourquoi ? Que crois tu qu’il y ait de plus ailleurs ?
Mais tout ! TOUT ! Il le faut bien puisqu’ici il n’y a rien !
Rien ? En est tu sûr jeune Saïd ? »

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Il y a des bandes dessinées où le mot conte prend tout son sens, où lire une telle splendeur vous invite à la philosophie et la poilade de la vie.  

« Tu te demandes où est ton bonheur et dans ton aveuglement, tu ne te poses pas la bonne, la seule vraie question : quel est ton bonheur ? »

« Là où vont les fourmis » est une magnifique histoire qui pourrait être destinée, si on ne s’y attardait pas, aux enfants. Et pourtant, elle ne s’est jamais autant adressée à nous adultes. Il y a toute la tendresse, l’innocence,  la curiosité, les rêves, les rires et surtout la philosophie, l’esprit des lumières et de la vie, la quête, l’initiation, l’aventure, la magie et surtout la poésie.

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On entre dans ce conte par la porte d’histoires sans suite logique où les écrits et univers sont dépourvus de sens. Puis petit à petit, on part à la découverte de Saïd et de son monde, le monde des fourmis, le monde d’une chèvre dotée de la parole, d’un cousin pas futé pour deux roupies roi de la mobylette, d’un gérant de cirque voleur enturbanné aux pouvoirs magiques, d’un désert magnifié,  d’une lampe d’Aladin qui n’émet aucun vœu, une Shéhérazade modèle petit format dont on tombe amoureux(se) et d’un homme-sage-pirate-étoile gardien de phare, de nuits philosophiques étoilées allongé sur le seul arbre parasol en forme de champignon hallucinogène. 
On découvre page après page toute la beauté et le découpage du graphisme de Michel Plessix, le crayonné subtil, la mise en page. La palette des couleurs, comme celle en noirs et blancs, est extraordinaire de réaliste et de précision. On est envoutée non seulement par l’histoire qui nous mène tout droit aux mille et une nuits version Le Gall mais aussi par la délicatesse du crayon de Plessix. C’est un vrai chef d’œuvre où le regard se pose sur chaque case et chaque mot à la recherche du moindre détail, de la moindre fourmi, fil narratif de ce conte. 

Il y a la poésie du langage, la philosophie orientale, l’humour simple et farceur. Il y a le bonheur à chaque coin de page, la douceur de l’aventure dans toutes les lignes, cases lues, les rires qui fusent grâce à une chèvre un brin casse-pieds et pourvu d’un esprit digne d’un Shreck Aladin. C’est vraiment beau et bon. Tellement bon qu’on s’empresse de la  relire sitôt terminée et qu’on décide dès le lendemain de se l’offrir ou l’offrir version collector ou colorée.

Une douceur orientale qui nous fait dire qu’il est bon de rêver, de poursuivre notre quête et de chercher à vouloir savoir là où vont les fourmis.   

« Les fourmis, elles, nous emmènent partout où nous rêvons d’aller. »

« Les rêves sont des histoires que nous murmure notre esprit la nuit. Nous les inventons nous-mêmes, et pourtant, nous ne les connaissons pas. »

Découvrez les premières pages et partez à la découverte de "Là où vont les fourmis"

 

Là où vont les fourmis
Michel Plessix – Franck Le Gall

Casterman

 

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