La-part-des-nuages-de-Vinau

Monsieur Thomas Vinau, 

 

Permettez-moi de vous appeler Monsieur.  Thomas est trop intime. Vinau trop court, trop sec, dur, intransigeant.  

Je viens de finir votre roman, « La part des nuages ». Il trainait dans ma bibliothèque depuis quelques temps, attendant son tour, rangé entre un Thoreau et sa vie sauvage et « Et, néanmoins » de Philippe Jaccottet, déniché dans une brocante. Il trainait là, attendant une météo plus clémente, le moment propice où les nuages s’entrecroiseraient et pousseraient ma main à s’emparer de cette part qui perce en moi, en chacun de nous. Il me fallait une hibernation, un hiver fragile, comme on peut aussi trouver propice la langueur estivale du temps. Il me fallait une pause dans mon horloge intime pour venir jusqu’à vous, m’étendre moi aussi sur le sol, trouver l’endroit propice où mes yeux rencontreraient vos mots et faire de cette rencontre une farandole de petites victoires. Pas les grandes non, elles sont bien trop immenses à gravir, non celles qui sont petites mais toute aussi importantes, voire même capitales tellement elles sont remplies de joies. 

Alors bien sûr, tout a été dit sur « La part des nuages ». Depuis sa sortie en 2014, vous avez dû entrevoir et entendre de multiples louanges et vérités sur ce petit ouvrage, pépite mélancolique de nos états d’âme plus qu’humaines. Je ne vous ferai pas l’affront de vous dire que j’ai aimé. Cela serait peu et pauvre comparé à cette caresse que vous m’avez donné, ce baiser chaste que vous avez déposé sur mes peines et lourdeurs du temps.  

Vous avez cet art, Monsieur Thomas (tiens j’aime bien Monsieur Thomas… cela pourrait s’apparenter à une forme d’intimité respectueuse). Donc oui, vous avez cet art, Monsieur Thomas,  de transplanter nos petits quotidiens grisâtres, poussiéreux, poussifs en lendemains tremblotants dans la lueur perçante du jour. Vous avez cette grâce de sublimer nos vitres sales, nos papiers jaunis, nos pas hésitants en ivresses joyeuses et bucoliques, en petites victoires sur les misères du temps.  

J’aime votre mélancolie poétique, vos bourrasques de saisons, vos larmes qui reflètent les lumières de la vie. J’aime vos rires tonitruants et pourtant silencieux, vos regards posés tendrement sur les cicatrices de la vie, vos soifs de découvrir un autre monde, une autre voie. Vous décrivez la joie comme peu savent le faire : les joies simples, vraies, réelles, sincères. Celles qui d’un coup de sourire légèrement posé sur les lèvres, enlèvent les soucis, les cafards et autres insectes rampants dans nos âmes souterraines. Vous avez cette grâce de décrotter nos pieds de cette terre boueuse qui s’amasse et nous colle, nous englue.
Avec vous la météo pluvieuse devient pleine de grâce, allongeant les gouttes comme s’allongent nos larmes. De bourrasques, elles deviennent bienveillantes, douces, tendres, nécessaires. Elles nous lavent, nous rendent belles, beaux, nobles, gai(e)s. Elles nous poussent à regarder, allonger sur le sol, les nuages filer au galop dans le ciel délavé. Elles nous tendent à voir au-delà des amas cotonneux, cette part lumineuse qui est en nous, là juste à côté de nos cœurs et nos joyeusetés égayées.  

On vous l’a déjà dit, mais vous êtes un poète Monsieur Thomas. Et un grand. De ceux de la veine des apprentis du temps, des apprentis de la vie, qui ne se contentent pas de poser des mots mais qui recherchent à bâtir une simple cabane, un mas ensoleillé, un tipi au milieu d’une forêt. Vous avez l’art des mots sauvages et simples, silencieux et gouailleurs, décortiquant la boue et traversant les nuits lumineuses. Vous avez la bonté d’essuyer les orages et de glorifier les instants de bonheurs fragiles. Avec vous les arbres prennent racines et déploient leur feuillage, le vent joue à caresser nos tourments, la pluie rince, le soleil peaufine notre épiderme et vos mots nous réchauffent le cœur.  

En fait vous êtes un météorologue. Oui c’est cela même, vous êtes le météorologue de nos âmes perdues, de nos rires ensorceleurs, de nos yeux qui cherchent entre deux percées à entrevoir la lumière, à s’en rendre aveugle et silencieux devant tant de beautés simples et précieuses. Vous êtes notre météorologue du cœur, celui qui d’une phrase déposée, vient nous prendre par la main et nous sortir du pétrin, de cette grisâtre dans lequel on semble vouloir s'enliser. 
Et c’est cela que j’aime en vous, Monsieur Thomas. Votre simplicité à faire de nous des vagabonds des étoiles, des bienheureux d’un jour, d’une nuit, un chercheur de simplicité, un décrotteur d’instants de gloires et de petites victoires. Vous êtes le D’Artagnan de la prose qui touche, le pourvoyeur d’or de nos âmes, notre bienheureux vaillant et fragile. Vous êtes un astre filant sur une planète bleue. Et c’est bon de vous avoir à nos côtés, dans nos bibliothèques étoilées.  

Merci Monsieur Thomas Vinau. Et si jamais un jour vous décidez de vous "recycler", n’hésitez pas à vous reconvertir en présentateur d’un journal télévisé. Cela nous ferait du bien de voir entre deux pages d’informations grisâtres, une part de nuages bleutées, lumineuses, gaies.  

 

La part des nuages
Thomas Vinau

Alma Editeur

 

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