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Ma rencontre avec Sandra Reinfelt date du début de ce blog. Je suis ses aventures multiples et rocambolesques depuis qu’elle a décidé de prendre la tangente des rayons de supermarché et autres routines quotidiennes. La trentaine rayonnante, le sourire XXL et le regard rieur, Sandra est le genre de personne que l’on rencontre et qu’on ne peut oublier. 

Après avoir commencé comme chanteuse au sein de Marine Goodmorning, Sandra a capturé un appareil photo et nous a livré son regard, ces images, portraits, morceaux d’aventures du bout du monde. Ce fut lors d’un rendez-vous à Saumur lors d’un salon où étaient alliés le vin et la littérature que je l’ai rencontré pour la première fois. Une rencontre pétillante comme une bulle de méthode champenoise ligérienne. Puis ce fut une envolée des livres à Châteauroux, un autre au Mans, un repas champêtre dans un logis à rebâtir en plein Poitou, des chansons cultes chantées dans une salle d’école et qui donnent un coup de fouet à toutes les morosités d’un hiver particulièrement long et dur, un coucou lors de la soirée des 68 premières fois, des rencontres que je garde au chaud les jours de froid.
Sandra c’est un [je t’aime maintenant] que j’affectionne particulièrement, un autre qui est un rendez-vous auprès de Prévert et des classes d’école et qui me dit que les images sont des histoires à raconter. Et un troisième qui est en fait le premier attendant sur mes étagères, comme un rendez-vous entre elle et moi, same same but differente.
Sandra, ce sont aussi et surtout des aventures aux quatre coins de l’Europe accompagnée d’Aurélie et leurs pouces qui stoppent les inconnus, les camions, les berlines, les voitures qui avalent l’asphalte, des rencontres incroyables remplies de péripéties et de coups de cœur, des petits cailloux semés aux quatre coins du continent.

Sandra est inclassable, directe, heureuse, rieuse, franche et plus tard quand je serai grande, je serai Sandra. Ou du moins je serai moi, mais un moi Sandra. Rencontrez-la et vous comprendrez pourquoi je l’affectionne, pourquoi ce « CAP », « cette routine »  est important à chanter, à crier, à vivre.

Après ces aventures, Sandra s’est penchée sur les pages blanches et a écrit son premier roman «  Ne parle pas aux inconnus ». Je l’attendais avec une impatience folle. Dès le 1er jour de sa sortie, je me suis ruée dessus, fébrile et heureuse de me dire que décidément cette femme est incroyable. Et ce que j’ai lu m’a donné envie de lui dire : « Sandra,  tu es une vraiment une sacrée fée. Ce que tu nous offres est un vrai message, une brassée de libertés, de bouffée d’air, de barrières et de peurs à abolir, les nôtres et celles que l’on nous transmet. ». Et il n’y a aucun doute, il n’y a rien de mieux que d’être soi, d’oser et même si la pente est ardue, la route cabossée, essayer est le remède à nos peurs enfouies, celle de nos mères-pères, de nous parents, de nos enfants, de l’enfant qui est nous.

« Je ne peux pas me plaindre parce qu’on vit dans une maison neuve. Une maison rien qu’à nous, avec un jardin. D’ailleurs, on ne dit pas maison mais pavillon. C’est joli comme mot pavillon. A une lettre près, ça s’envole.
Sauf que d’où je viens, on ne va nulle part. Alors il est temps que j’en sorte. Par la fenêtre ou le portail, n’importe, pourvu que tu sois de l’autre côté. »

Je pourrais bien sûr vous raconter l’histoire mais cela saurez-vous priver de son écriture qu’il faut découvrir, entendre, boire, se tatouer NPAI sur les poignets, lire cette bulle de profondeur, chantante, gaie, emplie de libertés, oser briser les schémas, les villes où l’on est né, les secrets, embarquer à bord de camions qui franchissent les frontières bosniaques, serbes, hongroises, sauter les barrières, s’assoir sur les hauteurs du Danube à Budapest, embrasser qui bon nous semble, vivre sans attendre, sans compter, vivre sans être égoïste mais vivre tout le temps. Et oser, oser s’en remettre à soi, oser faire, être, oser croire en soi, croire en soi d’ailleurs, en ces capacités qui se cachent et ne demandent qu’à être, le faire et devenir soi et cela quel que soit les secrets, les lourdeurs, les chaines qui entravent nos pas. 

« Cloitrée dans le petit jardin où l’on risque rien sauf l’ennui. Je pense aux interdits, aux peurs de ma mère, et j’essaye de clouer le bec à  la mienne. »
« Le fric. […] La bonne excuse, la fausse excuse qui évite d’expliquer, de chercher les raisons à tout ce que l’on n’ose pas. »

C’est à cela que nous convie dans son roman « Ne parle pas aux inconnus » Sandra Reinflet. C’est à ce vent et cette plume qui pourrait paraître légère mais qui est empreint de profondeur, de maitrise,  de vérité, qui est une vraie bouffée de vie, une vraie bouffée de libertés, ce quelque chose que l’on vit en sachant que cela est vrai. C’est à cet inconnu qui est en nous et auquel il faut parler, laisser le droit de s’exprimer, de vivre.

«  Moi, j’espère que devenir adulte, c’est pas forcément ne plus être une enfant. J’espère qu’on peut vieillir sans ternir, sans s’interdire tout ce qui n’est pas sérieux, sans renoncer… »

« J’ai toujours essayé de ne pas me faire remarquer, de rester à ma place, ma petite place de petite fille de petite vie. Parce qu’on m’a appris à dire merci, à dire pardon, à refuser les compliments et les invitations, à ne pas être redevable, à rester discrète et me fondre dans la foule, à m’évanouir. Alors parfois j’ai honte. Je rougis, puis finalement je ris et je m’incruste dans des paysages qui m’étaient interdits. T’avoir rencontrée, c’était gagner un pari que je n’aurais jamais osé faire. Et surtout découvrir qu’on peut espérer plus que sa mise de départ. »  

 

Un billet écrit dans le cadre de l’opération menée par l’Insatiable Charlotte et des 68 premières fois, éditions 2017. 

 

Ne parle pas aux inconnus
Sandra Reinflet

JC Lattès

 

11/07 - La routine (Sandra Reinflet/Aurélie Streiff)


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