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Le blog du petit carré jaune
19 février 2017

Dimanche en poésie : " S'il existe des fleurs" Cécile Guivarch

 

Cécileguivarch1

« de nos yeux nous ne pouvons voir
tout ce que le vent emporte avec lui
seul le cœur pourrait encore souffler
ce qu’il manque aux hommes » 

Au loin les canons grondent mais sur le sol, les animaux et les hommes restent. Cloués. Le jour se lève donnant le bleu, la lumière douce du jour. Dans la campagne, le nombre de morts ne se compte pas, plus.
Sous le soleil qui s’annonce, « les enfants jouent dans le sable », ils « cueillent des miettes », « n’en finissent pas de finir ». Dans le village, le silence règne. Seule l’église abrite encore quels croyants qui s’accrochent à un Dieu, une parole divine prêchant la paix, l’union, la pacification, le silence des fusils.
Dans les cours de ferme, les animaux beuglent, s’enfuient devant les hommes. Les volets se ferment, les bâtiments rendent l’âme, les armes parlent. Quelques bougies, tels des phares, des lumières d’une autre rive, restent allumées, dernier espoir à la barbarie. Des prières aux morts et à ceux qui espèrent, illusion d’un monde qui se protège, croit à des demeures où la vie bat à l’unisson de l’humanité.

Soudain de la colline des soldats dévalent, cavalcade en furie dans le silence inquiétant des oiseaux, merles moqueurs contre colombes blanches.  

« des hommes
 quantité d’hommes à terre
peut-être sont-ils endormis
des chevaux
des chevaux à terre
quantité de chevaux sur les hommes »

La terre vire au rouge, la boue saigne, les mottes cognent, les rivières sont de sang. Quelques fruits d’arbres tombent, des vivants se relèvent « des débris de ciels ». L obscurité surgit et laisse place à la pénombre, au noir, aux peurs et relents d’angoisses. « Personne ne sourit plus ». Seules les fleurs, des tiges délicates repoussent, retrouvent l’odeur de l’aube, rouvrent leurs corolles.

« la terre prend quelque chose
que nous cherchons encore
la remuer pour remonter le meilleur » 

Cécile Guivarch, c’est Renée, c’est ce cri de femme qui est venue la prendre, lui rappeler son histoire et faire d’elle ce qu’elle est maintenant, une vraie et grande poète, une de celle aussi qui donne, offre la voix, ouvre la voie à d’autres. Dans ce recueil « s’il existe des fleurs », elle nous conte la guerre, celle des tranchées, des corps jonchés sur le sol, des villages meurtris et qui se terrent dans la peur du conflit, des bombes larguées.  

Une poésie comme il ne existe peu. Une poésie désarmante, touchant droit le cœur, la peau, mince filet entre les mots et la membrane vibrante. On touche du doigt le conflit, on entre désarmé, circulant entre les corps et les gravats. On entend les hennissements, les cris des bêtes et des hommes. Et comme dans la lumière, le courage des fleurs, ces pétales qui se réveillent, se relèvent, vibrent aux bruissements d’ailes du vent, du soleil. L’existence est là parmi les débris, parmi les rivières rouges de sang mêlés. Dans cet inacceptable moment de vie, les morts « n’habitent que leurs corps ».
La vie affleure, effleure la terre, égratigne le mottes. D’autres fleurs réapparaissent, d’autres vies reviennent nous conduisant à planter dans le sol d’autres graines, d’autres possibles, de croire en une vie, en la vie, aux possibles chemins d’unions, de réunions, aux enfants qui, sous leurs ongles remplis de terre, sèment leurs cœurs, leurs rires, leurs volontés farouches de croire en un avenir.  

« entendent leurs palpitations
ils ont des choses à souffler
l’histoire continue de battre » 

Dans une violente accalmie qui rappelle Guernica mais aussi Antoine Choplin et son héron, Cécile Guivarch nous rapproche vers ces fleurs, leurs odeurs, leurs couleurs, la sève, à ce qui est invisible à l’œil nu mais qui bat sous le son des tambours, danse sous la lumière du jour, vibre sous les  mots d’amour.
Parade fragile d’une saison qui arrive. Sans masque, avançant à mains nus, elle nous offre des fleurs, un bouquet qui existera tant que les hommes existeront.  

C’est sobre, court, silencieux, vibrant, fort, rageur, sombre et pourtant sous cette chape de ruines, de ce qui fait la guerre, elle nous dresse la vie, la lumière, une poussée, un élan qui nous dresse telles des fleurs à nous redresser, à relever les têtes, à ouvrir nos mains telles des corolles, pétales et à s’illuminer sous le soleil. Pudeur persistante d’une floraison unique et d’un linceul fertilisant. 

« s’il le faut
 leur interdire de tomber
qu’ils soient droit comme les arbres
immobiles
vers le ciel »

 

S’il existe des fleurs
Cécile Guivarch

L’arbre à paroles

 

 

guernica

 

 

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