chère brigande

Chère Michèle Lesbre, 
Chère Marion Du Faouët

 

Je ne sais comment commencer cette lettre, je ne sais comment vous adresser mon admiration face à votre écriture, à cette façon que vous avez de nous emmener dans vos mots, cette mélancolie que vous savez si bien écrire, ces hivers que vous nous faites traverser et qui sont des vrais silences dans lesquels j’aime me retrouver.
Votre écriture a le don de m’amener à traverser des chemins logeant La Loire (Chemins), à m’asseoir sur des plages aux sables imparfaits (Sur le sable), à trouver un refuge dans lesquels j’aime rencontrer vos personnages solitaires, lumineux, fragiles, cassés et pourtant si profondément forts, imparfaits, humains (Ecoute la pluie).  

Je ne sais comment commencer cette lettre, vous qui avez écrit à Marion du Faouët, cette brigande de chemins bretons du 18ème siècle, vous qui avez su si bien mettre les mots sur cette femme, sur vos questions face à cette société dont je ne comprends plus grand-chose certains jours.
Vous avez su entendre en moi cette forme de désarroi qui me prend lorsque j’entrevois cette misère humaine, ce manque d’humanisme, cette absence de gentillesse, de gracilité, la disparition des rapports sincères et bienveillants.
Vous qui avez su faire de cette lettre, une réponse à mes interrogations, mes questions, mon insoumission, ce refus de baisser la tête, de garder la foi aux brigands qui sommeille en nous.
Vous avez su me réveiller, sans révolte, sans tempête, possédant cette capacité de croire à des Robins des bois, à ces hommes et femmes de caractères, de volonté, de bonté, de générosité, à cs personnes qui ne sont pas des anges mais comme vous le dites vous mêmes "où sont les anges ? ". 

Difficile oui de dire combien j’aime ce dernier ouvrage, cette lettre à Marion Du Faouët, cette chère brigande. Difficile de vous dire combien j’ai aimé pénétrer dans votre volonté de défendre une cause qui est mienne, de croire aux lendemains que construisent nos enfants. J’ai aimé votre désespoir, votre insoumission quand vous écrivez la détresse humaine, vos questionnements face à la misère et la perte de notre humanité, face à l'isolement, la violence, le déracinement, l'honneur, la fierté de ceux qui n'ont plus rien. « La misère toujours encombrante pour le pouvoir, se banalise. » 

J’ai aimé retrouver vos mots adressés à Marion, flamboyante femme d’un siècle passé, forte et si amoureuse de la vie. Dans chaque page, chaque mot, son ombre s’est glissée. Marion et son Faouët, Marion et cet air breton qui secoue, ravive, résiste, est tantôt tempête, tantôt douceur, toujours clément et sincère, droit, généreux. Marion et ce tempérament vaillant, amoureux, impétueux, généreux, humain, fougueux. Marion et son amour de la vie, de la droiture, de l’égalité des richesses et du partage. Marion, la brigande, l'emprisonnée, la dénudée, la soi disant sorcière, Marion l'insoumise, la volontaire.

J’ai aimé votre regard sur elle, cette marche à ses côtés, cette éducation libertaire que vous nous donner, cette observation perspicace de sa société et de la notre. J’ai aimé que vous m’enrôliez dans son armée de brigands au grand cœur, auprès de ces filles et fils qui n’ont nulle sépulture mais qui demeure dans nos carnets de légendes comme de grands femmes et hommes, comme des Olympe de Gouge avant l’heure, avant les Lumières et les ténèbres. J’ai aimé que vous écriviez à Manon pour ne pas enterrer ce monde sur lequel nous vivons, celui qui fait naitre une tristesse profonde, vaine parce que loin de mon idéologie. « Il faut sans cesse veiller sur nos conquêtes, elles sont fragiles. » 


J’ai aimé oui que vos mots, votre plume rejoigne ce que je vois et ressens, me secoue, me réveille, m’oblige à redresser la tête et prendre mes armes, mon sourire, mes gestes, ma bravoure. Car je suis comme vous « Je crois en la mémoire des lieux, même quand le temps ou les modes s’acharnent à les défigurer », même quand les hommes sont de moins bonnes volontés et s’entêtent à modifier notre monde, notre société.  
Je crois en des valeurs, je crois au silence, je crois en la douceur, en l’ouverture, en la briganderie lorsqu’elle s’avère nécessaire. Je crois aux passeurs, à ceux qui résistent dans leur quotidien, dans le quotidien des jours bancals, tordus, mais qui sont là, précieux, incroyablement présents, humbles, silencieux
. Je crois en vos mots, en Marion Le Faouët, en cette volonté farouche d’aimer la vie, de la partager, de l’offrir, de faire de ces lieux et gens rencontrés, des êtres uniques, beaux, valeureux.

« Chaque époque a ses tortionnaires, ses pouvoirs usurpés et criminels, ses sacrifiés, ses espoirs évanouis et, heureusement ses rebelles. » 

Et je crois en ces rebelles. Je crois en un monde où chacun d’entre nous peut y apporter sa pierre, sa main, son sourire et ses lendemains.  

« J’ai d’autres frontières, une autre patrie, celle des belles utopies auxquelles je n’ai pas renoncé et qui excluent le racisme, la xénophobie, la violence, l’irrespect de tout être humain. Je n’ai aucun goût pour les chants guerriers, je ne chante pas la Marseillaise. […] « La foi, c’est croire que quelque chose qui ne peut être vrai est vrai. La réalité est impuissante devant la foi. Quand le moi et la société n’ont plus de signification idéologique plausible ni pratique, même pour un âne bâté, la foi se change en fanatisme. » » 

Dormez tranquille chère Michèle, chère Marion du Faouët, vous m’avez « sauvée pendant quelques jours de notre démocratie malade, des grands voleurs qui, eux, ne sont presque jamais punis parce qu’ils sont puissants, de ce monde en péril. » Vous n’êtes pas des "anges, mais les anges n’existent pas"

(A découvrir Les Inousmises de Célia Lévi)

 

Chère brigande
Lettre à Marion du Faouët
Michèle Lesbre
Sabine Wespieser Editeur

 

Michèle Lesbre - Chère brigande : lettre à Marion du Faouët