16507987_1734995263481769_7622135280400442384_n

« Louise a grandi dans les bras d’une rivière. Sa famille vivait dans une grande maison, au bord de l’eau qui sinuait comme un fil à travers toute chose. Le limon de la rivière nourrissait un jardin où Louise et sa famille cultivaient des géraniums, des pivoines, des asperges et des cerisiers ; des pommes et des poires, des tamaris violets, des aubépines roses et du chèvrefeuille au parfum si doux. Le long des berges, son père plantait des peupliers. » 

Quoi de plus émouvant d’ouvrir tout doucement ce bel ouvrage illustré par Isabelle Arsenault. Quoi de plus beau et doux que de lire la poésie tissée d’Amy Novesky et isabelle Arsenault, une trame, un fil, des fils, un tissage, un métier à tisser recréant une vie, un canevas, l’atelier familial qui renforce les âges, les bouts de laine tapisseries souvenirs de vie.  

Louise Bourgeois est une artiste mondialement connue pour ses sculptures et créations artistiques géantes d’araignées au titre matriarcal castrateur, évocateur et protecteur : maman. Sa façon de concevoir ses immenses arachnides prend naissance dans les souvenirs d’enfance de l’artiste, les cauchemars, les traumatismes mais aussi le rôle essentiel de celle qui tissait les fils, croisait et rapiéçait les étoffes, réparer les déchirures : la famille, la mère.  

«  Dans l’atelier familial, la mère de Louise, comme sa mère avant elle, réparait les tissus élimés par le temps. Elle aimait travailler dans la tiédeur du soleil, son aiguille se soulevant et retombant à la cadence de la rivière, sous des toiles d’araignées parfaites et délicates où scintillaient, captives, des gouttes d’eau. » 

Une berceuse en chiffon reprend cet itinéraire jeunesse, l’enfance de Louise Bourgeois, ses souvenirs sous la nuit étoilée et scintillante, bercée aux airs de Verdi et de l’eau qui murmurait sa complainte sinueuse et sauvage. Dans l’atelier familial, les bobines, les aiguilles, les fils s’entrelaçaient dans les tissus, réparaient, suturaient, rapiéçaient, tissaient. Les dessins fleurissaient sur les tapisseries et Louise apprenait le métier, récréait des tableaux qui s’effaçaient telle une araignée retissant une toile. Sa mère était sa meilleure amie et lui enseignait la patiente, la réflexion, l’apaisement, toutes ces qualités aussi utile qu’une araignée se doit de posséder pour tisser sa toile. 

capture-d---e--cran-2016-04-27-a---12-11-54-990x640

Amy Novesky se penche avec tendresse, douceur et poésie sur le métier à tisser méconnu de Louise Bourgeois. D’une écriture intime, discrète, riche d’un langage aquatique, couturier, textile, floral, dentellier, elle  nous invite dans un conte. On entend les clapotis de l’eau, le silence du fil qui passe de trame en trame, la musique de la bobine qui se dévide. On sent au détour des pages, l’odeur des roses, des géraniums, des bleus à l’âme qui deviennent couleurs, étoffes.
Les illustrations d’Isabelle Arsenault(Jeanne,  le renard et moi / Louis et les spectres) vient à nouveau nous caresser, nous procurer la poésie de sa palette bleu et rouge. Tout est en poésie, en ondulations et trames, hachures et rayures, rondeurs. On entre dans les lignes qui confectionnent un tissu, le rentrayage et compose un dessin, une illustration qui devient maternelle, douce, pastelle. Tout en détail et en points, en traits, Isabelle Arsenault ourle, travaille et donne à cet album l’hommage, la beauté et la noblesse des souvenirs. 

Tout en émotion et en fragilité, on tourne les pages, se berce telle l’arachnide sur son fil et confectionne la tapisserie de la vie, cherchant sa toile, se perdant dans les dédales de sa toile, devenant à son tour réparatrice de choses brisées, mailleuse de livre sur l’oubli, confectionneuse de berceuse en chiffons. 

 

Une berceuse en chiffons
La vie tissée de Louise Bourgeois
Amy Novesky et Isabelle Arsenault
La Pastèque

Spread2