Couve-Wa-Zo-big

« Lou
Wa
Zo
Kong
Hékong »

Mais qui est cet Wa Zo Kong  qui court de branches en branches, tente de gazouiller mais ne sort aucun son de sa bouche ? Qu’est que ce long oiseau aux ailes démembrées, au bec immense tel un héron mais beaucoup moins haut perché (quoiqu’il est quand même bien perché cet Wa Zo Kong) ? Quel est ce drôle de piaf au regard vide, aux pattes à trois ergots qui tient on ne sait comment sur une branche légèrement feuillue. Qu’est ce donc que cet Wo Zo Kong.

Il faut dire qu’il est… pardon « kiyé kong », Wa Zo Kong. Oui il est vraiment kong, Wa Zo Kong. Tellement  « kong » qu’il ne vole pas. Et s’« Yih vo lpah » c’est parce qu’ « y kou », y kou pah rtou… ». Il court entre les branches, au sol, les pattes fragiles sous son long ventre fin. Il court tellement  qu’il va de gauche à droite, de droite à gauche, sans jamais s’essouffler, sans jamais s’arrêter. Il est kong Wa Zo Kong.

« Ykoua
Go
Cheh »
« Ykoua
Dou
Wa
Teh ».

Mais si seulement il s’arrêtait là. Il s’arrêtait d’aller de gauche à droite, de faire le pendule, d’asticoter le vent, ça irait. Mais non ! Il est vraiment trop kong, Wa Zo Kong ! Le voici, partit en-dessous, au-dessus tentant d’échapper à je ne sais qui- je ne sais quoi. Il détale, grimpe aux arbres en bourgeons, file sous la terre. Une flèche ne serait pas si rapide et Lucky Luke à côté, il tirerait bien moins vite que son ombre. 

« Y
Yèk
Kong
Paske
Ltchai
Yihvo
Lpamei… »

Je ne vous livrerai pas la suite de cette histoire, l’histoire de Wa Zo Kong car elle n’est pas qu’une simple histoire banale d’un oiseau qui ne sait pas voler, qui passe son temps à courir de droite à gauche et de bas en haut et qui rencontre un autre animal beaucoup moins plumé que lui mais beaucoup plus rusé.

Wa Zo Kong, c’est autre chose.
C’est tout un univers.
C’est de l’oralité, des rires qui se greffent lorsqu’une petite voix vous raconte l’aventure. 

Car oui, pour s’imprégner de l’univers de Beno Wa Zak, plus connu sous le nom de Benoît Jacques, il faut être passablement éméché ou laisser place à l’imagination, à l’univers des mots, aux onomatopées, à la phonétique et surtout au graphique empreint d’une poésie burlesque, d’un trait quasi enfantin qui nous fait plonger avec délectation dans ce monde ingénieux, inventif, tendre, drôle. 

Wa zo Kong est à lire à voix haute lors d’une soirée, à offrir à des amis qui ne comprendront pas votre geste, vos mots,  l’écriture et une fois entendu se tiendront les côtes, piafferont d’ingéniosité et de tendresse envers Wa Zo kong. Ils adoreront eux aussi raconter son histoire, voir leurs amis, leurs enfants rirent aux éclats devant cet étrange volatile au long bec et aux pattes décharnées.

Et une fois que vous l’aurez lu vous comprendrez vous aussi pourquoi je voue à Wa Zo Kong, une tendresse infinie, un rire espiègle et des souvenirs d’une soirée Bulloise et crème de gruyère à foison. Un merci rempli d’amitié à cette  Romandie que j’aime, à celle qui m’a faite découvrir un jour de mars 2016, Wa Zo Kong et Beno Wa Zak. A noter aussi la qualité de l'ouvrage, l'odeur de l'encre d'imprimerie, les feuilles granitées et doublées... Toute une poésie rien que dans l'objet lui même.

Un billet, une petite poésie illustrée, un grain de jeunesse rempli de tendresses, de souvenirs, de rires, une bouffée de fraîcheur et de bonne humeur que je garde précieusement à côté de moi.  Merci Mélanie.

" Si ye kong lou wa so ! "

 

Wa Zo Kong
Beno Wa Zak
Benoît Jacques Books

 

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