Inquietude" Maintenant encore il est ce petit fantôme orphelin qui a peur de la nuit, qui ne sera jamais tranquille, un vieil enfant inquiet."

Un homme adulte-enfant ou enfant-adulte, un homme qui n'a jamais pu devenir homme, grandir, devenir lui. Une femme, Barbara, qui ne s'appelle pas Barbara mais qui lui ressemble tant. Un aigle noir, une travailleuse de la nuit.
Un père absent, parti loin, très loin. Une mère qui s'est perdue dans les couloirs d'un hôtel.
Et ces pas au plafond qui lui rappellent qu'il est seul, homme, enfant, homme. Ces pas au plafond qui lui rappellent ses pas à lui, ses pas dans un Paris de nuit, qui le ramènent au bar où travaille Barbara, son aigle noir. 
 

Un roman très très court dans la veine des polars américains des années 50. Une atmosphère d'angoisse, noire, très noire, glauque, où l'on peine à respirer, à trouver un rythme tellement l'inquiétude est présente à chaque page, chaque mot. Incisif, déconcertant, diabolique. Inquiétant, au bord du souffle court, angoissant comme peuvent l'être les ténèbres, le soir qui tombe, la nuit, les idées et les souvenirs.

Des illustrations d'Ugo BIenvenu qui rappellent les pires cauchemars croisés chez Murukami dans son récit "sommeil". Des personnages au bord du précipice, juste avant de tomber. Le vertige des abimes, des abysses, les profondeurs, le noir.
 On frôle la paranoïa, on entre dans une transe, un miroir entre mots et dessins, entre texte et crayonné.

Et toujours l'écriture de Michèle Lesbre qui me prend là. Concis, court, dans un souffle. Dans la noirceur d’une nuit obscure.  Des mots emprunts ce cette nostalgie, de cette concision. Une écriture qui déroute, embarque dans des méandres.
Pour qui connait l'écriture de Michèle Lesbre, Inquiétude nous surprend, nous pertube,
incroyablement déroutant . Je ne sais que penser... Interrogatif, dérangeant, perturbant. Et pourtant il y a une grande douceur, une grande émotion, une générosité de l'humain. En peu de pages, elle réussit à nous emmener dans son histoire, à nous prendre par la main et ne plus la lâcher. On lit le silence opaque, la solitude, la monstruosité qui habite les souvenirs.
Et c'est peut être cela qui est inouie, remarquable, réussi. Michèle Lesbre a réussi à nous amener dans cette obscurité, cette noirceur, cette intrigue, elle qui sait si bien écrire sur la lumière, la fragilité des êtres. Halentant et poignant. Riche et perturbant.

Belle prouesse artistique de Michèle Lesbre et Ugo Bienvenu. Une parution chez les Editions du Chemin de Fer qui nous embarquent dans des textes courts, originaux et d'une poésie sensuelle, émotionnelle à la limite d'un cabinet de curiosité et des livres rares.

A retrouver les premiers mots, les premières lignes : https://www.franceculture.fr/emissions/les-bonnes-feuilles/michele-lesbre-inquietude

  

Inquiétude
Michèle Lesbre - Ugo Bienvenu
Editions du Chemin de Fer