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«  Trouver
Invisible
l’empreinte d’une main
où poser la tienne
d’un pas
où mettre le tien
Tu apprends
lentement
la confiance
dans les traces de ceux
qui
ont
disparu. »

Jeanne Benameur, comme une évidence aux silences, ce souffle, la fragilité des jours qui passent. Comme un signe, une continuité à ses voyages accessibles en pensées, en écrits, en émotions, la rencontre, l’osmose qui assemblent le mot et le bronze, la littérature et la sculpture, la pensée et le matériel, la finesse de l’écriture et la force de statue. Comme une évidence. 

Jeanne Benameur a rencontré Rémi Polack grâce à une exposition. De cette union artistique est né ce travail, une poésie où se répondent mots et bronze. De cette rencontre est né ce recueil de mots, cette place aux rêves, cette trêve envoutante. 

Du fond d’un hangar où la matière devient, Jeanne Benameur prend le poids et la puissance du minéral, du bruit de la matière, de la chaleur et le feu qui attirent, donnent la dimension et la fragilité aux mots, la sensibilité à la phrase, la ligne, l’ouvrage, l’homme à la matière. L’empreinte de la main qui se pose et donne la vie, la fragilité, la grâce et l’affrontement, les émotions qui bousculent, donnent la profondeur, entaillent.
Besoin de revenir dans les pas, retrouver le souffle de l’existence, mesurer la dimension des silences, éprouver la joie inattendue, marcher dans les traces des autres, de cet homme, la partage des différences, de la différence. Errer dans les rues, les villes, la ville. Rien ne se passe, rien ne te/nous différencie et pourtant.

« De la fenêtre de ton appartement tu vois la rue, tu entends, tu entends la rumeur de la ville et tu aimes que tant d’autres vies soient-là, tout près, juste de l’autre côté. […] Pourtant, dans ta poitrine bat sourdement un autre lieu. Il t’habite depuis longtemps.
Au fond de toi une autre ville.
Une ville où chaque pas compte.
La Ville.
Tu n’en as jamais parlé à personne. »
 

Le bronze répond à la fragilité de tes pas. Tu entres dans la matière. Tu entrevois la chaleur, le souffle, l’éphémère. « Tu sens le temps, filer à toute vitesse comme le sable qui s’éboule quand tu descends de la dune. […] Tu ne luttes pas. Entre les deux pavés vient de surgir La Femme qui chevauche le temps. »

Et on entre dans le voyage. On part à la rencontre du temps, de nos peurs, doutes, monstres. Un étrange bonheur nous envahit. Marche et bonheur. Marche et lenteur. Rien n’échappe à la ville qui nous entoure, aux bronzes qui coulent. Tu te perds. Le paradoxe de la force, la fluidité et de l’envol, la fragilité. Tu vas vers le jour, là où porte le regard de la Vulcane et le pouls de La Femme Peuplier, étranges créatures qui se fondent dans notre déambulation. 

« Tu te dresses et l’air te tire. 
Tout en toi se heurte à la limite et ton désir est immense. Rien jamais ne comblera.
Tu as besoin de la terre encore pour tenir, vertical. L’horizon a glissé sous tes pieds.
 […]
Tu cherches des traces pour border ta vie
Une empreinte de main pour poser ta main
une empreinte de pas où mettre le tien
Il faudrait apprendre la confiance
lentement
dans les traces de ceux qui ont disparu
Toute une vie pour ça. »
 

« Tant de gens t’ont dit que la joie n’existe pas, que celui qui a été blessé un jour garde sa blessure pour toujours. Savent-ils qu’une caresse de La Femme Peuplier peut rendre à la joie du monde ? Elle te conduit. Comme toi elle a La Ville dans le cœur. »

Envoutement et hypnotisant. Les mots de Jeanne Benameur nous emmènent à traverser une Ville hypothétique, rêverie d’un souffle nouveau, autre. En résonnance aux sculptures de Rémi Polack, elle trace un fil, les émotions jaillissent, la force de la narration nous emmène à reconstruire la Ville, la Vie. Comme un souffle on entre dans les cœurs, la matière de ces femmes mi monstres, mi déesses. On marche dans les pas de l’homme tranquille. Les mains se posent, les têtes se portent sur l’épaule. Les corps se trouvent, marchent ensemble, se frôlent, tiennent en équilibre pour devenir siamois. 

La force de Jeanne Benameur est de nous faire ressentir cette longue rêverie, cette balade sensible,  onirique. C’est cette sensualité qui nous pousse à nous revêtir de nos émotions, à avoir le souffle coupé par la prose, la poésie et les gravures sculptures bronze de Rémi Polack. Envoutement sublime, fragilité infinie. 

 

« Elle cherche à donner
et donner encore
plus
mais elle n’a qu’un seul cœur 

 

alors
le corps sans limite donné
et donné encore
plus
mais elle n’a que deux seins

 

ce ne sera jamais assez
il faudrait multiplier cette chair tenue aux limites
d’un corps de femme
il faudrait partager et partager encore
le don
jusqu’à ne plus pouvoir donner
que l’infime étincelle
d’amour
contenue
dans chaque poussière de lait
ou d’océan. »

 

 

De bronze et de souffle, nos cœurs
Jeanne Benameur
Rémi Polack
Collections Passage des Arts
Editions Bruno Doucey

 

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